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Galerie «Vu»
La créature du Marais
Un charme culturel
bien propre à Paris, un géant croisé dans une
ruelle déserte sans même le remarquer, la galerie «
Vu » présente en son vaste sous-sol des photographies
affirmatives, très personnelles… remarquables ! Comme
un cadeau de fin d’année, en fait pour les cinq ans
de la maison, une intégrale-expérimentale offre au
regard des clichés pris et développés de main
de maître par l’auteur lui-même. Chaque épreuve
est unique ! «Uniques» donc,
l’exposition, rassemble les 43 photographes «vus »
en ces lieux du Marais depuis 1998, soit des fidèles du tout
début ou de récentes découvertes. Tous s’élèvent
au sommet de leur artisanat « savant, raffiné et
complexe », selon le directeur artistique de «
Vu », Christian Caujolle.
Un peu discrète,
l’entrée libre, au 2, rue Jules Cousin… Bien
trop discrète, en fin de compte, tant la galerie regorge
d’images aussi belles que marquées par la rencontre
inspirée entre sujets et artistes, dans le monde récent,
un, sans écran pour le couper en deux. Dans un immense espace
d’exposition, les œuvres ont la vedette et resplendissent.
Au pied de l’escalier métallique, quelque 550 m2 sont
dédiés à la photo. Ne cherchez plus la plus
grande galerie photo privée de France, c’est tout «
Vu » !
A cette superficie faramineuse découpée par des murs
blanchis et ponctuée de pylônes métalliques,
s’allie un haut volume, coiffé de conduits d’aération
apparents. « Il y a deux jours, pendant la visite d’une
classe, c’était un peu bruyant !… Ça résonne
! », sourit l’assistante Marion Gronier, visiblement
heureuse de l’expérience. En poste depuis six mois,
au sein d’une équipe de trois galeristes, la jeune
« arty » souligne combien la galerie ne vit pas uniquement
pour les collectionneurs. « Sans sectarisme »,
énonce-t-elle, les groupes scolaires sont bien accueillis
et guidés, tout comme les chercheurs, par exemple. Fraîche
dans le milieu artistique parisien, la galerie compte déjà
plus de 10 000 visiteurs par an.
Pourtant, la foule ne se bouscule pas aux portes de « Vu »
en ce samedi après-midi de mi-novembre. Quelques couples
pas encore trentenaires forment le gros du public. La faute au salon
« Paris Photo » qui mobilise amateurs, collectionneurs
et galeristes, y compris les directeurs de « Vu », Christian
Caujolle et Gilou Le Gruiec.
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Toujours,
Paris maintient sa pose de capitale mondiale de la photo.
Tous
les deux mois, aux murs de la galerie « Vu », les
œuvres changent. L’aura de la Ville lumière
persiste de la sorte, grâce à l’énergie
de quelques passionnés. Pour ses 5 ans, la galerie «
Vu » a même mis les bouchées doubles en récapitulant
son histoire et en innovant à travers l’exposition
«Uniques ». |
Des
racines dans Libération
La galerie
est née sous l’aile de l’agence « Vu »
créée en 1986 par Christian Caujolle, ancien directeur
du service photo du quotidien Libération. D’abord
établie dans les locaux du journal, l’agence déménage
dans le Marais en 1996, à l’occasion de son rachat
par une entreprise du design informatique et de l’image. Aujourd’hui,
« Vu » s’organise en une galerie au sous-sol et
une agence au rez-de-chaussée. Certains de ses photographes,
de même que certains membres de son personnel, s’illustrent
sur les deux tableaux.
«Chaque
épreuve est différente et il est essentiel d’apprendre
à en lire la subtilité pour choisir celle que l’on
adoptera, en fonction de ses goûts, de sa sensibilité,
de son projet de collection ou de son émotion immédiate.
Au moment où les technologies d’impressions numériques
apportent la possibilité de tirages parfaitement identiques,
voici une occasion de réfléchir à nouveau sur
la façon dont l’évolution des technologies influe
sur les évolutions de la photographie, jusque dans sa matérialité.»
Ces lignes introduisent « Uniques
». Effort de réflexion et de pédagogie, le cri
d’alarme de Christian Caujolle face au numérique détonne
dans le luxueux écrin ouvert grâce au soutien majeur
d’un fabricant de logiciels… Mais l’idée
éclate d’évidence dans l’art exposé.
Exposition
enthousiasmante
Un
travesti incandescent, un photographe de rue parisien de l’entre-deux-guerres
entre trois cadres, une fenêtre vivante sur Singapour en 1938,
un vent tenace des années 70 au grain si particulier…
Par ce qu’elle montre, l’exposition emporte, victoire,
l’enthousiasme ! Les œuvres irradient le visiteur d’une
lumière fortifiante souvent issue du noir et blanc, tandis
que les supports varient, non sans humour.
Une Joconde plus grande que nature mange un large mur. Représentée
sur une toile comme l’original, l’image provient, de
fait, d’un négatif de polaroïd par le Pékinois
Gao Bo ! Dans cette galerie mondiale, des «
polas » islandais de Hirohito Fujimoto côtoient
un cliché coloré du sang de l’auteur Philip
Blenkinsop, au-dessus de mannequins cousus de photos par
le sculpteur coréen Gwon O-Sang. Deux photomatons
trouvent même place, l’un reproduit avec une beauté
absurde, l’autre détourné par ses sujets, des
enfants tsiganes. Mais la meilleure démonstration de l’intérêt
de l’artisanat en photo, contre l’automatisme, s’avère
le triptyque de Sadegh Tirafkan. Trois tirages
différents d’un même négatif jouent sur
la gamme des perceptions en suivant une ligne discontinue. Un travail
« Vu », capté de manière spontanée,
peut, par la réflexion, être lu comme littérature.
« Notre
rythme de travail correspond à celui d’une galerie
en plein essor », témoigne l’assistante
Marion Gronier. « A l’avenir, il y a plus de communication
à faire et le projet de créer un réseau avec
des galeries étrangères ». Mercredi 19
novembre sur les Champs-Élysées, la fête du
premier lustre de la galerie comprenait un débat sur le tirage
numérique. Les initiatives se multiplient, si bien que le
futur proche de « Vu » ne se développe pas seulement
en chambre noire.
François
Cavaillès
(novembre 2003)
Galerie
Vu, 2,
rue Jules Cousin, Paris IVe
Exposition Uniques, jusqu’au
20 décembre 2003
du mercredi au samedi de 14 h à 19 h
01 53 01 85 81
François
Cavaillès
est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter
en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada),
il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est
et étudie le thaï à l'Institut National des Langues
et Civilisations Orientales de Paris.

www.agencevu.com
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