Exposition

Uniques
jusqu’au 20 décembre 2003
du mercredi au samedi de 14h à 19h

   


Galerie «Vu»

La créature du Marais

Un charme culturel bien propre à Paris, un géant croisé dans une ruelle déserte sans même le remarquer, la galerie « Vu » présente en son vaste sous-sol des photographies affirmatives, très personnelles… remarquables ! Comme un cadeau de fin d’année, en fait pour les cinq ans de la maison, une intégrale-expérimentale offre au regard des clichés pris et développés de main de maître par l’auteur lui-même. Chaque épreuve est unique ! «Uniques» donc, l’exposition, rassemble les 43 photographes «vus » en ces lieux du Marais depuis 1998, soit des fidèles du tout début ou de récentes découvertes. Tous s’élèvent au sommet de leur artisanat « savant, raffiné et complexe », selon le directeur artistique de « Vu », Christian Caujolle.

Un peu discrète, l’entrée libre, au 2, rue Jules Cousin… Bien trop discrète, en fin de compte, tant la galerie regorge d’images aussi belles que marquées par la rencontre inspirée entre sujets et artistes, dans le monde récent, un, sans écran pour le couper en deux. Dans un immense espace d’exposition, les œuvres ont la vedette et resplendissent. Au pied de l’escalier métallique, quelque 550 m2 sont dédiés à la photo. Ne cherchez plus la plus grande galerie photo privée de France, c’est tout « Vu » !
A cette superficie faramineuse découpée par des murs blanchis et ponctuée de pylônes métalliques, s’allie un haut volume, coiffé de conduits d’aération apparents. « Il y a deux jours, pendant la visite d’une classe, c’était un peu bruyant !… Ça résonne ! », sourit l’assistante Marion Gronier, visiblement heureuse de l’expérience. En poste depuis six mois, au sein d’une équipe de trois galeristes, la jeune « arty » souligne combien la galerie ne vit pas uniquement pour les collectionneurs. « Sans sectarisme », énonce-t-elle, les groupes scolaires sont bien accueillis et guidés, tout comme les chercheurs, par exemple. Fraîche dans le milieu artistique parisien, la galerie compte déjà plus de 10 000 visiteurs par an.
Pourtant, la foule ne se bouscule pas aux portes de « Vu » en ce samedi après-midi de mi-novembre. Quelques couples pas encore trentenaires forment le gros du public. La faute au salon « Paris Photo » qui mobilise amateurs, collectionneurs et galeristes, y compris les directeurs de « Vu », Christian Caujolle et Gilou Le Gruiec.

Toujours, Paris maintient sa pose de capitale mondiale de la photo.
Tous les deux mois, aux murs de la galerie « Vu », les œuvres changent. L’aura de la Ville lumière persiste de la sorte, grâce à l’énergie de quelques passionnés. Pour ses 5 ans, la galerie « Vu » a même mis les bouchées doubles en récapitulant son histoire et en innovant à travers l’exposition «Uniques ».

Des racines dans Libération
La galerie est née sous l’aile de l’agence « Vu » créée en 1986 par Christian Caujolle, ancien directeur du service photo du quotidien Libération. D’abord établie dans les locaux du journal, l’agence déménage dans le Marais en 1996, à l’occasion de son rachat par une entreprise du design informatique et de l’image. Aujourd’hui, « Vu » s’organise en une galerie au sous-sol et une agence au rez-de-chaussée. Certains de ses photographes, de même que certains membres de son personnel, s’illustrent sur les deux tableaux.

«Chaque épreuve est différente et il est essentiel d’apprendre à en lire la subtilité pour choisir celle que l’on adoptera, en fonction de ses goûts, de sa sensibilité, de son projet de collection ou de son émotion immédiate. Au moment où les technologies d’impressions numériques apportent la possibilité de tirages parfaitement identiques, voici une occasion de réfléchir à nouveau sur la façon dont l’évolution des technologies influe sur les évolutions de la photographie, jusque dans sa matérialité.» Ces lignes introduisent « Uniques ». Effort de réflexion et de pédagogie, le cri d’alarme de Christian Caujolle face au numérique détonne dans le luxueux écrin ouvert grâce au soutien majeur d’un fabricant de logiciels… Mais l’idée éclate d’évidence dans l’art exposé.

Exposition enthousiasmante
Un travesti incandescent, un photographe de rue parisien de l’entre-deux-guerres entre trois cadres, une fenêtre vivante sur Singapour en 1938, un vent tenace des années 70 au grain si particulier… Par ce qu’elle montre, l’exposition emporte, victoire, l’enthousiasme ! Les œuvres irradient le visiteur d’une lumière fortifiante souvent issue du noir et blanc, tandis que les supports varient, non sans humour.
Une Joconde plus grande que nature mange un large mur. Représentée sur une toile comme l’original, l’image provient, de fait, d’un négatif de polaroïd par le Pékinois Gao Bo ! Dans cette galerie mondiale, des « polas » islandais de Hirohito Fujimoto côtoient un cliché coloré du sang de l’auteur Philip Blenkinsop, au-dessus de mannequins cousus de photos par le sculpteur coréen Gwon O-Sang. Deux photomatons trouvent même place, l’un reproduit avec une beauté absurde, l’autre détourné par ses sujets, des enfants tsiganes. Mais la meilleure démonstration de l’intérêt de l’artisanat en photo, contre l’automatisme, s’avère le triptyque de Sadegh Tirafkan. Trois tirages différents d’un même négatif jouent sur la gamme des perceptions en suivant une ligne discontinue. Un travail « Vu », capté de manière spontanée, peut, par la réflexion, être lu comme littérature.

« Notre rythme de travail correspond à celui d’une galerie en plein essor », témoigne l’assistante Marion Gronier. « A l’avenir, il y a plus de communication à faire et le projet de créer un réseau avec des galeries étrangères ». Mercredi 19 novembre sur les Champs-Élysées, la fête du premier lustre de la galerie comprenait un débat sur le tirage numérique. Les initiatives se multiplient, si bien que le futur proche de « Vu » ne se développe pas seulement en chambre noire.

François Cavaillès
(novembre 2003)


Galerie Vu,
2, rue Jules Cousin, Paris IVe
Exposition Uniques, jusqu’au 20 décembre 2003
du mercredi au samedi de 14 h à 19 h
01 53 01 85 81

François Cavaillès est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada), il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est et étudie le thaï à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris.

www.agencevu.com

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