L'amour du crime
1998, Stock
roman traduit du Japonais par Tadahiro Oku et Jean-François Laffont
(Titre original : Koi suru hanzai, 1996)

 


Sakura Ga Oka, quartier de Tokyo en pleine mutation (destruction progressive des cerisiers et des maisons anciennes, remplacées par des immeubles modernes). Des événements anodins ou criminels s'y sont succédés entre 1984 et 1987. Bien qu'apparemment sans lien logique entre eux, ils ont été scrupuleusement recensés, archivés et annotés par un jeune homme monomaniaque et énigmatique, Hanazono. Ce dernier confie ses documents (plans, coupures de journaux, notes personnelles, photographies) au narrateur qui, réticent mais intrigué, se met à décrypter cet imbroglio de données. Il se prend au jeu et après la disparition subite de Hanazono, prend l'enquête en main et revisite les lieux des "crimes" (meurtre d'une jeune femme, feux criminels, sabotage de distributeurs de boissons etc.)

Ce roman-puzzle a de quoi perturber, car on y nage entre deux eaux, deux narrateurs, fiction et réalité à la fois. L'auteur, dans de courtes digressions, analyse scientifiquement les complexités et les ressorts du crime et traite longuement des relations agresseur / victime. La lecture se fait confuse tandis que l'on se demande peu à peu qui, des deux narrateurs, est véritablement sain d'esprit, et quoi penser du comportement de Hanazono. Va-t-on verser dans le surnaturel et découvrir que Sakura Ga Oka est une zone maléfique qui inciterait au crime ?
Le ton est résolument celui d'un roman policier, mais on ne peut réduire ce roman à une simple et classique enquête. Fujiwara, décidément très habile dans sa maîtrise du suspense, renverse les situations, brouille les pistes, tend des pièges et nous offre quelques heures d'une lecture délicieuse et tendue.

B.Longre

L'auteur est aussi connu pour son roman Le conducteur de métro (prix Akutagawa)