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La
guerre, enfance des contes
Tartagnol rêve d’être chevalier afin de combattre
aux côtés de son « bon » roi, Charlepogne,
en guerre contre le roi des Voisins, Poilenfrac… Il persuade
ses compatriotes de lui confectionner l’équipement
indispensable, part rejoindre son souverain sur le champ de bataille
et se fait promptement adouber par Charlepogne, trop content de
voir arriver ce volontaire inattendu… Précisons que
l’armée royale est en fort mauvaise posture, avec un
malheureux chevalier, Tartendur, jusqu’alors contraint d’affronter
seul les deux combattants de Poilenfrac. Les forces de chacun des
camps (les bleus d’un côté, les rouges de l’autre…)
étant à présent équilibrées,
la bataille peut reprendre dans les règles ; c’est
sans compter sur le cheval de Tartagnol qui, face à l’ennemi,
ne peut réprimer ses… miaulements. Les chevaliers sont
incapables de réprimer leur fou rire… Poilenfrac a
beau se fâcher contre cette atteinte à l’étiquette
guerrière, les deux rois ont beau se consulter, se lamenter
et partager le même désarroi, rien n’y fait :
les codes guerriers ont été irrémédiablement
bouleversés, et il va falloir se résoudre à
faire la… paix – un (gros) mot que Charlepogne redoute
tout autant que Poilenfrac... car que faire, quand on est roi, sinon
guerroyer ? Comment pourra-t-on un jour se souvenir de leur règne
s'ils ne laissent rien derrière eux ?
La vision qui
nous est donnée tranche avec des albums qui traitent des
notions de guerre et de paix sur le mode de la fable, sans pour
autant se départir d’un certain réalisme (comme
l'excellent L’histoire sans fin des
Mafous et des Ratafous de Marie Sellier et Diagne Chanel).
La voie qu'emprunte Roland Fuentès est fort différente,
mais pas moins percutante : l’auteur crée une succession
d'incidents cocasses, d'une grande fantaisie, développant
ainsi un comique de situation qui s'efforce d'atténuer l'éventuelle
gravité de la thématique (le choix de l'époque
opérant déjà une efficace distanciation), tandis
que les illustrations dynamiques d'Olivier Tallec, qui allient naïveté
et bichromie épurée, viennent renforcer le ridicule
des protagonistes et leur statut caricatural — on repense
par exemple à Sacré Graal des Monty Python
à la vue des rois juchés sur des chevaux de bois,
ou de Charlepogne, incarnation du roi fainéant, absorbé
par ses mots-croisés afin de tromper son attente...
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La
guerre, tournée en dérision de manière
très habile, est traitée sur le mode de la
comédie, et le dénouement, imprévisible,
permet au pouvoir des mots de l’emporter sur l’absurdité
des violences guerrières et d'ainsi sortir de l'impasse,
sans imposer de morale au lecteur. Tout part d’un
rire (certes déclenché par un cheval hybride
dont les motivations restent délibérément
obscures, endossant le rôle de réconciliateur)
qui désamorce les tensions et permet d’établir
le dialogue… suivi d'un pacte inespéré
– qui n'obéit certes pas à des motivations
humanistes, car dicté par des intérêts
pragmatiques. La guerre comme origine des contes et des
récits que l’on se transmet oralement d’un
village à l’autre ? Pourquoi pas… du
moment qu’elle ne fait plus de victimes...
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Blandine
Longre
(décembre 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice
et critique littéraire, elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.baronperche.com/index.php
http://rolandfuentes.hautetfort.com/
Littérature
jeunesse
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