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Cette
exposition sera présentée ensuite à Barcelone
au "Centro de Cultura Contemporanea" avec lequel elle
a été coproduite.
http://www.cccb.org/cat/cccb.htm
Muséum
28 boulevard des Belges
69006 LYON
04 72 69 05 00
De
l’autre côté.
Une frontière
devenue mur déshumanise ceux qu’elle départage.
Certes, une frontière quelle qu’elle soit partage.
De l’autre côté de la frontière, on voit
la situation autrement, et, en l’autre, on voit l’étranger
dans ce qu’il a de plus dérangeant et de plus menaçant.
Le regard que les frontaliers posent sur leur frontière (ironique
appartenance) est lourd d’espoir, de peurs, de désespoir.
Mais un mur a ceci de terrible qu’il fait écran. De
part et d’autre du mur, des hommes regardent donc ce mur qui
fait écran. Dans les yeux de ces hommes photographiés,
on lit le mur, on comprend que ce qu’il implique outrepasse
largement ce qu’il est, une matérielle réalité
à laquelle ses habitants se cognent. De l’autre côté
du regard des hommes braqué sur le limès de pierre
se lit donc la frontière vécue. Et le mur empêche
les hommes de part et d’autre de se voir, c’est-à-dire
de voir, dans le regard de l’autre, la commune souffrance
engendrée par cette séparation, lourde d’une
histoire conflictuelle. On comprend alors combien ce mur concrétise
et cristallise l’incompréhension, le refus, l’impossible
communication entre deux groupes.
Le travail photographique
noir et blanc d’Olivier Coret sur le mur
israélo-palestinien constitue une entrée privilégiée
dans l’exposition Frontières
proposée par le Museum de Lyon. Le photoreporter a choisi
de ne pas centrer ses clichés sur le mur (ce qui a d’ailleurs
pu lui être reproché) mais sur ses « habitants
» – ainsi pourrait-on appeler les hommes qui vivent
de part et d’autre du mur, organisant leurs activités
quotidiennes (par exemple, faire réciter ses leçons
à un enfant) sur ce non-lieu de mauvais augure, cet entre-deux
géographique étrangement délimité. «
En 2003, le mur commençait à se construire, et les
magazines publiaient des photographies de l’édifice.
C’était de belles photos, souvent panoramiques, avec
de belles couleurs. Le mur était réduit à un
jeu esthétique, cynique. Le rôle de la photographie
sur ce sujet se résumait à une illustration graphique.
J’ai décidé alors de reprendre la route vers
Jérusalem à cause de cela. Je voulais aller voir les
gens qui allaient vivre avec ce mur et pas le mur en lui-même
», explique Olivier Coret. Il choisit donc de montrer
non pas l’objet, mais le regard porté sur cet objet.
Cette habile révolution photographique où le point
de vue s’inverse rappelle les clichés d’Olivier
Culmann, Autour de Ground Zero, présentant
non pas des photographies de Ground Zero (soit le point de vue habituel)
mais des passants regardant les décombres (point de vue inversé).
Cette façon de montrer l’objet par le biais du regard
humain est expressive ; elle permet aussi de laisser une grande
part à l’imagination.
Le procédé
est donc utilisé à quelques reprises pour l’exposition
Au pied du mur : premièrement, « des
enfants regardent l’enterrement d’une victime de l’armée
israélienne ». L’événement
est vu à travers l’expression de leur visage. Ils sont
quatre, derrière une grille, en plan serré. Juste
derrière eux se trouvent des adultes dont on ne voit pas
le visage car le cadrage leur coupe la tête. Le plus grand
des enfants, sur la gauche, regarde le photographe et le spectateur.
Le troisième en partant de la droite a le visage caché
par les mains de l’adulte derrière lui qui est accoudé
à la grille. Le deuxième enfant en partant de la droite
lève la tête vers un adulte, le scrutant d’un
air inquiet. Il semble le questionner du regard, scruter sa réaction.
Le quatrième enfant sur la droite regarde un point hors du
champ de la photo ; on ne sait pas si ce point correspond à
l’enterrement ou bien si l’enfant a le regard dans le
vague. Contrairement à ce qu’énonce la légende,
ces enfants ne regardent donc pas vraiment l’enterrement.
Ce qu’on voit plutôt c’est le malaise de l’événement
qui se lit dans leurs attitudes (cette fameuse « expression
non verbale ») qui traduisent leur incompréhension.
Deuxième cliché du même ordre : «
un couple palestinien regarde les bulldozers israéliens détruire
leur jardin ». Ils assistent impuissants à une
scène que nous ne verrons pas mais dont nous voyons pourtant
l’essentiel : ses conséquences humaines.
Autre procédé habilement utilisé par Olivier
Coret : les ombres. « Un garde armé surveille le
chantier du mur ». On ne voit de lui que son ombre qui
se projette sur le mur. Sur le même cliché, jouxtant
l’ombre du garde, « Une famille profite du soleil
d’hiver tant qu’il est encore temps. » Ou
encore, « Une maison vient de se faire détruire
par l’armée israélienne. Elle abritait un couple
qui venait de se marier. Des enfants regardent la catastrophe. »
On ne voit des cinq enfants que les ombres au sol, et au loin les
décombres : retournement de la situation, c’est maintenant
l’expression des visages qu’on pourra malheureusement
deviner sans peine.
Dernier procédé
: ne pas montrer le mur, mais en montrer les dommages collatéraux,
comme ces « funérailles d’un jeune homme
palestinien mort sous les balles de Tsahal. Il manifestait contre
la construction du mur de séparation. » Cette
utilisation de la photographie contribue à démontrer
que ce medium n’est pas objectif et que rendre compte d’un
événement n’implique pas un cliché frontal,
direct et objectivant. Certains éléments (le vent,
par exemple) ne peuvent être photographiés. A l’inverse,
d’autres éléments se prêtent trop bien
à la photographie : l’aspect esthétique peut
alors primer sur d’autres considérations plus importantes.
Le photographe doit déjouer ces deux tendances contraires
: l’in-montrable et le déjà vu, les contourner
pour en proposer une nouvelle vision. C’est précisément
une nouvelle vision de cette nouvelle frontière que nous
propose Olivier Coret.
L’exposition Frontières. Images de vies entre les lignes,
c’est aussi une réflexion générale organisée
par le géographe Michel Foucher sur les frontières
mondiales et leurs nouvelles formes. Dispositifs électroniques,
thermiques : les frontières bénéficient elles
aussi des progrès techniques, au détriment des êtres,
toujours plus nombreux, qui tentent de les franchir. «
Les multiples frontières de l’Europe sont, pour une
certaine catégorie de citoyens […] parmi les plus dangereuses
du monde à traverser. L’Europe est en train de mettre
en place un système complexe et implacable pour la protection
de son territoire. » Les frontières sont l’objet
de définitions multiples et flottantes qui déchaînent
les passions et déclenchent les foudres de chaque partie
: doit-on ainsi parler du golfe persique, du golfe arabique, du
golfe arabo-persique, ou du golfe tout court ? De la mer du Japon
ou de la mer de l’Est ? Au-delà des enjeux géopolitiques
et nationaux, et des situations parfois critiques, souvent explosives,
les exemples cités par Michel Foucher peuvent susciter le
rire, comme ces vidéos prisent en Corée du Nord, et
qui sont symboliquement si loin de nous qu’elles semblent
ubuesques. Limite de l’extension et de la compréhension
des territoires et des identités, la frontière est
un lieu de frictions dont la puissance symbolique s’intensifie
à mesure que s’accroît l’écart et
l’antagonisme entre les deux entités. Nord/sud pour
la Corée, richesse/pauvreté pour la frontière
entre Etats-Unis et Mexique (Patrick Bard et son diaporama commenté),
minorité/majorité pour le massacre par les militaires
indiens du peuple du Cachemire… : en matière de frontière,
il est rarement question de demi-mesure, les positions sont tranchées
et les mesures … radicales.
Louise
Charbonnier
(octobre 2006)
Louise
Charbonnier est doctorante, allocataire de recherche
et monitrice en Sciences de l'Information et de la Communication
à l'Université Lumière Lyon 2. Ses thématiques
de prédilection sont le dispositif iconique, la photographie
et le rapport entre réel et fiction à l'oeuvre dans
les dispositifs de représentation par l'image. Elle est l'auteur
de deux travaux de recherche sur le cadre rectangulaire qui délimite
la majorité des appareils de communication visuelle qui nous
entourent.

http://www.museum-lyon.org/
Sur
le site d’Olivier Coret, les photographies de la série
Au pied du mur
http://www.oliviercoret.com/index.php?
Sur le site
du collectif Tendance Floue, les photographies d’Olivier Culmann,
Autour de Ground Zero :
http://www.tendancefloue.net/photographes/olivier
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