Free and Equal
(ECM, 2003)
avec le London Brass

 

D’abord, un son, une sonorité globale particulière (dans et pour le jazz), bien caractéristique de ces ensembles britanniques de cuivres, cet effet de masse de trompettes, trombones et tuba (tel qu’on a pu le voir dans Les virtuosesBrassed Off — de Mark Herman et entendre dans le Music for Brass Ensemble and Soloists du trompettiste d'origine canadienne Kenny Wheeler — ECM 1691 — avec, notamment, le pianiste John Taylor).Cette œuvre de John Surman, qui conjugue habilement écriture et improvisation (« je suis fasciné par la façon dont l’improvisation peut transformer la structure », déclare le compositeur), fut créée sous sa première appellation « That’s Right » à la cathédrale de Norwich en octobre 2000, reprise et enregistrée pendant l’été 2001 au Queen Elisabeth Hall de la South Bank de Londres durant un concert choisi pour ouvrir le Meltdown Festival par Robert Wyatt qui en assurait alors la direction artistique.
Interrogé sur son inspiration quant à l’œuvre faisant l’objet d’une commande, John Surman, aux préoccupations politiques et sociales bien définies, prenait en compte la Déclaration universelle des droits humains publiée par l’O.N.U. en 1948 : « en lisant les cinq premiers articles, j’ai été frappé de voir à quel point ils sont encore actuels et pertinents ; alors je l’ai punaisée sur le mur de mon studio de musique et j’ai commencé à composer ».


© Roger Elliott / ECM
Dans les neuf mouvements de l’œuvre, les cuivres ont un rôle choral déterminant et les principaux solistes, John Surman (saxophone soprano et baryton, clarinette bass) et Jack DeJohnette (batterie, mais aussi au piano dans les deux premiers mouvements), progressent intuitivement tout au long de la partition avec quelques interventions/improvisations remarquables des membres/solistes du London Brass, John Barclay (trompette), Richard Bissill (bugle) et Richard Edwards (trombone) aussi à l’aise dans des répertoires différents, ceux de Bach, Gibbons et Gabrielli ou plus contemporains, de Michael Nyman ou Michael Gibbs.
Une œuvre originale dans tous les sens du terme, dont l’audition répétée dévoile les attraits malgré quelques longueurs/langueurs dans les deuxième et troisième mouvements.
A écouter donc, sans modération, pour le curieux que doit être tout amateur de musique(s).

Jacques Chesnel
(février 2003)


Jacques Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com)


http://www.ecmrecords.com

http://www.users.fast.net/~dkmjf/surman.htm