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En
Angleterre, Michael Frayn est considéré comme un touche-à-tout
brillant, en témoignent sa pièce Copenhague
qui, malgré la difficulté des thèmes abordés,
ne cesse de remporter l'adhésion du public, ou ses traductions
des pièces de Tchekhov ; philosophe, dramaturge, traducteur,
journaliste, essayiste ... Son enthousiasme d'érudit ressemble,
sur de nombreux points, à celui qui anime le personnage de
son dernier roman.
Sélectionné pour le Booker Prize en 1999, Headlong,
sous des dehors de farce, est en réalité la vertigineuse
description des affres de Martin Clay, jeune philosophe et iconologue,
historien d'art malgré lui, qui incarne les passions, les
souffrances, les tergiversations et les lâchetés humaines.
Il est l'éternel indécis, le versatile, qui, ne parvenant
pas à terminer un ouvrage qu'il s'est fixé d'écrire
(portant sur l'impact du nominalisme sur la peinture néerlandaise
du XVe siècle ...), débarque pour deux mois à
la campagne, avec sa femme et sa fille. Ils acceptent en se résignant
au pire l'invitation à dîner des bourgeois locaux,
les Churts... c'est là que le narrateur croît reconnaître
un tableau inconnu... Un Bruegel jamais réapparu depuis le
XVIe siècle.
Ne révélant rien de sa sublime intuition, même
à son épouse, iconographe de son état, il se
met à enquêter : l'auteur nous entraîne alors
dans le monde néerlandais de la fin du XVIe siècle
qui subit dans la terreur l'inquisition et la domination espagnoles,
sans pitié pour la Réforme et ses partisans. Le mystère
Bruegel s'épaissit et le narrateur perd pied, confronté
à l'incrédulité de sa femme et aux problèmes
conjugaux des voisins. Une seule obsession : récupérer
cet hypothétique chef-d'oeuvre ; obsession qui menace sa
santé mentale, son couple et qui nous réserve bien
des surprises.
Ce roman, où se mêlent habilement Histoire et modernité,
se situe entre intrigue artistique et psychologique et farce contemporaine,
et rappelle La Vierge de Pierre (The Stone Virgin
) de Barry Unsworth (auteur britannique dont les oeuvres
sont régulièrement sélectionnées pour
le Booker Prize et dont le roman Sacred Hunger gagna
le prix en 1992). Le lecteur, qu'il connaisse Bruegel ou non, se
prendra au jeu de la reconstitution historique effectuée
en bibliothèque tant l'érudition du romancier est
admirable. Un seul regret : l'éditeur devrait penser à
joindre les reproductions des tableaux du peintre, ce qui permettrait
au lecteur de davantage apprécier les démonstrations
et hypothèses du "détective" !
B.Longre
(décembre 1999)

Copenhague
http://www.albemarle-london.com/copenhagend.html
http://www.bookerprize.co.uk
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