Headlong
faber and faber, 1999

Tête Baissée
traduit de l'Anglais par Pierre Charras
Gallimard, 2000

Folio, janvier 2002

 

En Angleterre, Michael Frayn est considéré comme un touche-à-tout brillant, en témoignent sa pièce Copenhague qui, malgré la difficulté des thèmes abordés, ne cesse de remporter l'adhésion du public, ou ses traductions des pièces de Tchekhov ; philosophe, dramaturge, traducteur, journaliste, essayiste ... Son enthousiasme d'érudit ressemble, sur de nombreux points, à celui qui anime le personnage de son dernier roman.
Sélectionné pour le Booker Prize en 1999, Headlong, sous des dehors de farce, est en réalité la vertigineuse description des affres de Martin Clay, jeune philosophe et iconologue, historien d'art malgré lui, qui incarne les passions, les souffrances, les tergiversations et les lâchetés humaines. Il est l'éternel indécis, le versatile, qui, ne parvenant pas à terminer un ouvrage qu'il s'est fixé d'écrire (portant sur l'impact du nominalisme sur la peinture néerlandaise du XVe siècle ...), débarque pour deux mois à la campagne, avec sa femme et sa fille. Ils acceptent en se résignant au pire l'invitation à dîner des bourgeois locaux, les Churts... c'est là que le narrateur croît reconnaître un tableau inconnu... Un Bruegel jamais réapparu depuis le XVIe siècle.
Ne révélant rien de sa sublime intuition, même à son épouse, iconographe de son état, il se met à enquêter : l'auteur nous entraîne alors dans le monde néerlandais de la fin du XVIe siècle qui subit dans la terreur l'inquisition et la domination espagnoles, sans pitié pour la Réforme et ses partisans. Le mystère Bruegel s'épaissit et le narrateur perd pied, confronté à l'incrédulité de sa femme et aux problèmes conjugaux des voisins. Une seule obsession : récupérer cet hypothétique chef-d'oeuvre ; obsession qui menace sa santé mentale, son couple et qui nous réserve bien des surprises.
Ce roman, où se mêlent habilement Histoire et modernité, se situe entre intrigue artistique et psychologique et farce contemporaine, et rappelle La Vierge de Pierre (The Stone Virgin ) de Barry Unsworth (auteur britannique dont les oeuvres sont régulièrement sélectionnées pour le Booker Prize et dont le roman Sacred Hunger gagna le prix en 1992). Le lecteur, qu'il connaisse Bruegel ou non, se prendra au jeu de la reconstitution historique effectuée en bibliothèque tant l'érudition du romancier est admirable. Un seul regret : l'éditeur devrait penser à joindre les reproductions des tableaux du peintre, ce qui permettrait au lecteur de davantage apprécier les démonstrations et hypothèses du "détective" !

B.Longre
(décembre 1999)

Copenhague

http://www.albemarle-london.com/copenhagend.html

http://www.bookerprize.co.uk