|
Diversité
des cultures, unicité de la langue
A Suceava, capitale
de la Bucovine, cette belle région de l’extrême
nord roumain, l’Université abrite un département
de français particulièrement dynamique ; revues francophones
(La Lettre R, Atelier de Traduction), colloques, tables
rondes et rencontres diverses sont à mettre à l’actif
d’un petit groupe d’enseignantes qui non seulement défendent
la tradition francophone de la Roumanie, mais illustrent et renouvellent
la connaissance de la littérature mondiale de langue française.
 |
A
la tête de cette équipe, Elena-Brandusa Steiciuc
poursuit avec La francophonie au féminin
une exploration de ce domaine déjà
entamée dans plusieurs ouvrages antérieurs, dont
Panorama des littératures francophones.
Roman (2001) et Horizons et identités
francophones (2006). Ici, l’étude
tourne autour d’un double axe : l’écriture
féminine (comme l’indique le titre) et la «
situation bilingue » avec le français en tant que
langue d’élection. Ainsi, comme le signale Liliana
Ramorosoa dans l’avant-propos, se construit « la
parfaite harmonie des points de vue et des voix de la «
francophonie au féminin » et mieux encore, celle
de la vision du monde qu’elle met en partage ».
|
Cette harmonie
s’assortit – sans que ce soit contradictoire –
d’une pluralité qui reflète parfaitement la
raison d’être de la littérature francophone :
la diversité des cultures et des langages dans l’unicité
de la langue. Les onze textes qui composent l’ouvrage relèvent
de deux formes, l’essai et l’entretien, et dans tous
les cas concernent des écrivaines actuelles et des œuvres
récentes. A côté d’études fouillées
sur Nancy Huston (Lignes de faille),
Brina Svit (Moreno et Un cœur de trop), Agota
Kristof (La trilogie des jumeaux), Eveline Caduc (La
maison des chacals) et Malika Mokeddem (L’interdite,
Les hommes qui marchent et Le siècle des sauterelles),
venues respectivement du Canada anglophone, de Slovénie,
de Hongrie et d’Algérie, c’est tout naturellement
la littérature d’origine roumaine qui est à
l’honneur. Oana Orlea avec Rencontres au fil du rasoir,
Rodica Iulian avec Le repentir et Cornelia Petrescu avec
Semper stare sont, chacune dans son genre (construction
formelle, récit-réflexion sur l’art, témoignage
personnel), représentatives de plusieurs aspects de cette
littérature. Et les dialogues avec Felicia Mihali (qui relate
son expérience de l’autotraduction), Irina Mavrodin
(figure emblématique de la francophonie roumaine, dont les
multiples ouvrages permettent de réfléchir à
la compatibilité de la traduction avec la création)
et Angela Furtuna (qui insiste sur la francophilie au sein de l’Europe
d’aujourd’hui) ne font que confirmer la richesse de
la littérature franco-roumaine. La
francophonie au féminin est un livre essentiel
pour qui veut approfondir la double problématique de l’écriture
féminine et de l’écriture d’expression
française. Livre essentiel qui, espérons-le, n’est
qu’une étape de plus tout au long d’un parcours
exploratoire qui doit se poursuivre.
Jean-Pierre
Longre
(avril 2008)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).
|