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L’image
que le grand public conserve de Tristan Tzara se
réduit généralement à celle du jeune
homme à monocle qui, parti de Roumanie, fonda le mouvement
Dada à Zurich, avant de s’installer à Paris
et d’y jouer les trublions dans les péripéties
qui marquèrent la destinée et la fondation du surréalisme.
Image figée, un peu schématique, d’un homme
chez lequel l’originalité, le goût du scandale
et la discrétion forment un mélange qui, à
l’évidence, n’a pas contribué à
une notoriété qu’aurait dû lui conférer
le rôle essentiel qu’il eut, jusqu’au bout, dans
l’évolution des arts et des lettres en France et en
Europe.
La biographie
écrite par François Buot est donc salutaire. Certes,
on aurait pu espérer un peu plus de détails concernant
quelques aspects mal connus de la vie du jeune Samuel Rosenstock
(le vrai nom du futur poète) en Roumanie, concernant l’influence
qu’a pu avoir sur son activité future le bouillonnement
culturel de son pays d’origine, l’esprit de dérision
et le sens de l’absurde d’un écrivain comme Urmuz
et de jeunes gens qui avaient en tête, outre la culture française,
la libération de l’esprit... Un peu plus de détails
aussi sur la retraite studieuse de la fin de sa vie... Mais le parti
de François Buot, parfaitement justifié, est de s’en
tenir à ce qu’attestent les documents et les témoignages
nombreux qu’il a recueillis ; une vraie biographie, donc,
qui non seulement éclaire un personnage hors du commun, mais
encore représente une bonne introduction à la lecture
d’une œuvre restée trop confidentielle.
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L’homme qui inventa Dada », sous la plume
du biographe, devient un personnage attachant (voir par exemple
le beau et ultime témoignage de Madeleine Chapsal), un
personnage qui a traversé les tribulations de son siècle
en restant fidèle à lui-même et aux engagements
de sa jeunesse. Les changements de cap apparents (Dada, le surréalisme,
les querelles avec Breton, le parti communiste, la Résistance,
les luttes antifascistes, l’étude solitaire de
Villon), l’écriture poétique, les fréquentations
artistiques et politiques diverses, les amours, les amitiés,
les inimitiés, la notoriété, l’oubli
relèvent en réalité d’un but resté
le même tout au long de sa vie : la libération
de l’homme, le refus de la « pétrification
», de la gloriole personnelle et, tout bien pesé
et pour tout dire, la fidélité à l’esprit
de liberté qui le mena dès sa jeunesse de Moinesti
à Zurich, puis de Zurich à Paris. |
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Un autre mérite,
et non des moindres, de cette biographie : celui de permettre au
lecteur de considérer le foisonnement du monde artistique
et littéraire des années 1920 à 1960, dominé
par quelques figures (Breton, Aragon, Picasso etc.), mais grouillant
de personnalités sans qui l’état actuel de la
culture serait radicalement différent.
Une meilleure
connaissance de Tristan Tzara, un accès éclairant
aux événements et aux milieux littéraires,
artistiques, politiques du XXème siècle, une idée
intéressante des affinités et des déchirements
qui ont marqué l’évolution culturelle de l’Europe
contemporaine : voilà ce que nous apporte cette biographie
sérieusement documentée et clairement écrite.
Jean-Pierre
Longre
(janvier 2003)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

voir
aussi
Ecrits franco-roumains
Dada,
histoire d'une subversion
de Henri Béhar, Michel Carassou (Fayard, 2005)
http://www.edition-grasset.fr/chapitres/ch_buot2.htm
http://www.arbanet.com/arbat/artis/tzara/html/tzara.htm
http://www.enc.sorbonne.fr/th%E8ses/tzara/intro.htm
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