Enfant
espiègle et poète chevronné
Homme des canulars
téléphoniques et de Signé Furax, des
seconds rôles comiques et des sketches débridés,
complice de Pierre Dac et humoriste au énième degré,
Francis Blanche (1921-1974) est en outre (ou avant tout ?) un sacré
poète. Mon oursin et moi le prouverait
s’il en était besoin, dans la tonalité particulière
que donnent à l’ensemble les derniers vers du premier
texte en forme d’autoportrait (qui prête son titre au
recueil) :
«
ce garçon est vraiment très bien
il réussit à être drôle
avec un oursin dans la main ! »
Francis Blanche
est un mélancolique révolté (ou l’inverse),
un idéaliste déçu, un clown en rupture de modernisme,
qui rêve sa vie « les yeux grands ouverts »
et chante les pleurs que les hommes suscitent en se faisant la guerre
et en fabriquant des machines de mort, cette mort que l’on
rencontre au coin des vers et dont les joies de l’enfance
ne peuvent effacer l’obsession. Du lyrisme donc, entre chanson
et poésie savante, agrémenté de pirouettes
diverses (une belle et tendre évocation de la campagne, par
exemple, pour rappeler l’essentiel : « Mais ramène
surtout du beurre… et des œufs frais »), de
jeux sonores et verbaux, de parodies et de calembours dont certains
sont restés fameux (« Pour que l’école
dure / amis, donnez ! »), dont d’autres concilient
technique et rhétorique oratoire (« Mon Dieu qu’elle
est polie Esther ! / Mon Dieu comme il est fort Mika ! »).
Aucune concession
à la facilité dans ces textes où se côtoient
et se recoupent l’absurde et le rire, le sourire et le désespoir.
Francis Blanche n’hésite pas à se plier aux
contraintes formelles, et la force de ses vers est d’autant
plus efficace qu’elle se coule dans les formes traditionnelles
: la fable dont la moralité ne laisse jamais indifférent,
le bestiaire dont la fantaisie peut confiner au surréalisme,
parodie et hommage confondus, le sonnet virtuose, le conte en vers
et même l’acrostiche, le tout entrelardé de proverbes
détournés mêlant la densité du haïku,
le ludisme du choc verbal et la profondeur existentielle…
Quelques exemples ? « Qui rit vendredi boira quarante
jours plus tard » ; « La caravane passe…
les aigris restent »… Et si par hasard quelques
mauvais coucheurs mettaient en doute le talent littéraire
de l’auteur, ils ne pourraient nier son acuité de lecteur
: les allusions plus ou moins voilées aux grands anciens,
La Fontaine, Rutebeuf, Apollinaire, Saint John Perse, Mallarmé
et une ribambelle d’autres fondent l’écriture
sur une culture de véritable érudit. Patrice Delbourg
qui présente le volume, Armand Lanoux, Jean-Marie Blanche
et Evelyne Tran qui signent les postfaces ne s’y trompent
pas.
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Voilà
une édition sérieuse (d’ailleurs Francis
Blanche en avait lui-même choisi les textes), utilement
complétée par une biographie et une bibliographie,
pour un faux naïf et un vrai écrivain qui faisait
tout pour qu’on ne le prenne pas au sérieux,
en toute lucidité :
«
Ça ne tourne pas rond dans ma petite tête
Des fois j’ai des drôles
D’idées
C’est pas ma faute mais quand je m’embête
Faut que je fasse
Des conneries ».
Jean-Pierre
Longre
(février 2006)
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Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes
(Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).
http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Le-Castor-Astral-.html
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