Un dîner de sanglots
Franck Quélen
Baleine noire, 2007

 

 

 

Une délicieuse angoisse

Franck Quélen possède et maîtrise l’art de l’énigme, du suspense et de la surprise ; il l’avait prouvé avec Je Tue Ils (Cylibris, 2001), il le confirme avec ce nouveau roman, « gothique » et moderne à la fois.

Tout y est réuni pour susciter une délicieuse angoisse, et les sanglots annoncés dans le titre ne sont pas loin de prendre le lecteur à la gorge. Nicolas, jeune-homme en mal d’occupations et abandonné (provisoirement ?) par une certaine Sophie qui réapparaîtra ponctuellement (définitivement ?) au cours de l’histoire, Nicolas donc tente l’aventure de se laisser embaucher par le fascinant Charles de Saint-Fust comme précepteur de son fils, non moins fascinant héritier d’une longue lignée. La famille habite une demeure ancienne aux portes closes sur les éventuels curieux venus de l’extérieur comme sur ses occupants, étrange famille à la fois soudée et minée, semble-t-il, par une cohabitation étouffante.

Le doigt est mis dans l’engrenage (c’est le cas de le dire – comprendra qui lira). Vaines explorations, couloirs et escaliers périlleux, êtres inattendus, scènes déroutantes, salles inaccessibles, traditions morbides, supplices sadiques, et les mains, ces mains qui obsèdent Nicolas…

Là-bas, dans la grande et belle maison
Tournent, tournent les escaliers en colimaçon.
Lorsque l’on y entre et que l’on s’y perd,
Qui reste seul enfin n’aura pas voulu s’y taire.

Un homme vint, sans trop savoir pourquoi,
Qui n’avait rien à perdre, quelqu’un sans choix ni foi.
Au milieu des huit, sept et un, entra
Et plus jamais la porte aucun ne franchira,


disent les premières strophes de la « Ronde » finale. Ainsi le lecteur, saisi par l’atmosphère, dérouté par le dénouement, se sera bien perdu entre les pages, et y restera durablement enfermé.

Jean-Pierre Longre
(juin 2007)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

 

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