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Une délicieuse angoisse
Franck Quélen
possède et maîtrise l’art de l’énigme,
du suspense et de la surprise ; il l’avait prouvé avec
Je Tue Ils (Cylibris,
2001), il le confirme avec ce nouveau roman, « gothique »
et moderne à la fois.
Tout y est réuni pour susciter une délicieuse
angoisse, et les sanglots annoncés dans le titre ne sont
pas loin de prendre le lecteur à la gorge. Nicolas, jeune-homme
en mal d’occupations et abandonné (provisoirement ?)
par une certaine Sophie qui réapparaîtra ponctuellement
(définitivement ?) au cours de l’histoire, Nicolas
donc tente l’aventure de se laisser embaucher par le fascinant
Charles de Saint-Fust comme précepteur de son fils, non moins
fascinant héritier d’une longue lignée. La famille
habite une demeure ancienne aux portes closes sur les éventuels
curieux venus de l’extérieur comme sur ses occupants,
étrange famille à la fois soudée et minée,
semble-t-il, par une cohabitation étouffante.
Le doigt est
mis dans l’engrenage (c’est le cas de le dire –
comprendra qui lira). Vaines explorations, couloirs et escaliers
périlleux, êtres inattendus, scènes déroutantes,
salles inaccessibles, traditions morbides, supplices sadiques, et
les mains, ces mains qui obsèdent Nicolas…
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Là-bas,
dans la grande et belle maison
Tournent, tournent les escaliers en colimaçon.
Lorsque l’on y entre et que l’on s’y perd,
Qui reste seul enfin n’aura pas voulu s’y taire.
Un homme vint, sans trop savoir pourquoi,
Qui n’avait rien à perdre, quelqu’un
sans choix ni foi.
Au milieu des huit, sept et un, entra
Et plus jamais la porte aucun ne franchira,
disent les premières strophes de la « Ronde
» finale. Ainsi le lecteur, saisi par l’atmosphère,
dérouté par le dénouement, se sera
bien perdu entre les pages, et y restera durablement enfermé.
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Jean-Pierre
Longre
(juin 2007)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

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