Publications théâtrales

 

L'Amicale des contrevenants
Lansman Editeur, 2003

 

Tueur de bonheur

Cette comédie noire, habilement construite, met en scène trois personnages qui se débattent dans un univers où se mêlent la banalité du quotidien et l’absurdité d’une situation quelque peu originale. La pièce comporte sept séquences, pour les sept jours de la semaine et dès le lundi, on entre dans le vif du sujet, quand Bernard, un homme sans joie, jusqu’au-boutiste (il vit seul dans un appartement : « une seule grande pièce aménagée avec goût » et une salle de bain qui possède de bien étranges propriétés.) reçoit la visite de l’inspecteur Vaugirard : ce dernier est chargé d’une enquête prospective saugrenue, et annonce d’emblée à Bernard que celui-ci sera assassiné le dimanche suivant ; l’inspecteur vient donc à l’avance, à la recherche d’indices potentiels, étudier le lieu du crime à venir, repérer une arme potentielle, fouiller la vie de Bernard, s’informer de ses occupations, de sa profession, de sa vie amoureuse…

« Je répète que je ne suis pas là pour empêcher le meurtre. Mais pour le comprendre. Maintenant, si mes découvertes peuvent vous permettre de faire face et de modifier le cours des choses, j’en serai ravi pour vous. » déclare Vaugirard, introduisant ainsi les thèmes combinés du destin et du libre arbitre. Le fatum l’emportera-t-il ici ? Bernard est-il véritablement à même de changer ce que l’oracle – ici un policier - a annoncé ? Rien n’est moins sûr car Bernard est un homme pour le moins étrange, capable des pires cruautés, se croyant chargé d’une drôle de mission : « J’ai fait profession d’exécuter les actes les plus ignominieux. Afin que l’univers rougisse de lui-même », convaincu que « la seule réalité stable est le malheur. Et le bonheur, ce concept magique, je refuse de faire semblant d’y croire. Alors je le détruis chaque fois qu’il pointe sa sale gueule d’imposteur. » Une philosophie nihiliste qui le pousse à détruire le lien amoureux qui l’unit à Jocelyne. Peu à peu, on se dit que Bernard a peut-être mérité de mourir bientôt, mais on se désintéresse du meurtre à venir pour mieux se focaliser sur le désespoir qui hante le personnage.
Ainsi, au-delà de la comédie (certes sombre), de l'irréalité parfois grotesque qui s'empare des situations, des dialogues vifs et rythmés, l’auteur parvient à atteindre quelques vérités profondes, inhérentes à la nature humaine et le monde sens dessus dessous de Bernard et Jocelyne ressemble aussi un peu au nôtre…

Blandine Longre
(septembre 2003)

Cette pièce a été représentée pour la première fois au Théa^tre de la Huchette à Paris le 11 septembre 2002. Mise en scène de Xavier Lemaire.

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