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Tueur
de bonheur
Cette
comédie noire, habilement construite, met en scène
trois personnages qui se débattent dans un univers
où se mêlent la banalité du quotidien
et l’absurdité d’une situation quelque
peu originale. La pièce comporte sept séquences,
pour les sept jours de la semaine et dès le lundi,
on entre dans le vif du sujet, quand Bernard, un homme sans
joie, jusqu’au-boutiste (il vit seul dans un appartement
: « une seule grande pièce aménagée
avec goût » et une salle de bain qui possède
de bien étranges propriétés.) reçoit
la visite de l’inspecteur Vaugirard : ce dernier est
chargé d’une enquête prospective saugrenue,
et annonce d’emblée à Bernard que celui-ci
sera assassiné le dimanche suivant ; l’inspecteur
vient donc à l’avance, à la recherche
d’indices potentiels, étudier le lieu du crime
à venir, repérer une arme potentielle, fouiller
la vie de Bernard, s’informer de ses occupations,
de sa profession, de sa vie amoureuse…
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« Je
répète que je ne suis pas là pour empêcher
le meurtre. Mais pour le comprendre. Maintenant, si mes découvertes
peuvent vous permettre de faire face et de modifier le cours des
choses, j’en serai ravi pour vous. » déclare
Vaugirard, introduisant ainsi les thèmes combinés
du destin et du libre arbitre. Le fatum l’emportera-t-il ici
? Bernard est-il véritablement à même de changer
ce que l’oracle – ici un policier - a annoncé
? Rien n’est moins sûr car Bernard est un homme pour
le moins étrange, capable des pires cruautés, se croyant
chargé d’une drôle de mission : « J’ai
fait profession d’exécuter les actes les plus ignominieux.
Afin que l’univers rougisse de lui-même »,
convaincu que « la seule réalité stable
est le malheur. Et le bonheur, ce concept magique, je refuse de
faire semblant d’y croire. Alors je le détruis chaque
fois qu’il pointe sa sale gueule d’imposteur. »
Une philosophie nihiliste qui le pousse à détruire
le lien amoureux qui l’unit à Jocelyne. Peu à
peu, on se dit que Bernard a peut-être mérité
de mourir bientôt, mais on se désintéresse du
meurtre à venir pour mieux se focaliser sur le désespoir
qui hante le personnage.
Ainsi, au-delà de la comédie (certes sombre), de l'irréalité
parfois grotesque qui s'empare des situations, des dialogues vifs
et rythmés, l’auteur parvient à atteindre quelques
vérités profondes, inhérentes à la nature
humaine et le monde sens dessus dessous de Bernard et Jocelyne ressemble
aussi un peu au nôtre…
Blandine
Longre
(septembre 2003)
Cette
pièce a été représentée pour
la première fois au Théa^tre de la Huchette à
Paris le 11 septembre 2002. Mise en scène de Xavier Lemaire.

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