Le dernier roi d'Ecosse
2000, Editions de l'Olivier
traduit de l'Anglais par François Lasquin et Lise Dufaux
(The last king of Scotland, 1998)

Nicholas Garrigan, jeune médecin écossais, est chargé par le gouvernement britannique d'exercer son métier en Ouganda. Il arrive le jour même de l'accession au pouvoir d'Idi Amin. Nicholas tombe rapidement sous le charme, au sens premier du terme, de ce pays. D'accord, la médecine tropicale du dispensaire est peu ragoûtante, il y a pas mal de vers rampant dans les plaies, de gastro-entérites et diverses fièvres, de coupures de machette et morsures de serpent (toujours accompagnées de la bestiole, c'est mieux pour le sérum). Mais il y a l'Afrique "poussière, marécage, montagne, forêt, champs cultivés, verdoyants tapis d'arbre à thé, cotonniers broussailleux, pâturages pour les bovins", ses animaux comme le blaireau à miel qui étourdit les abeilles d'une giclée de gaz méphitique, ses habitants comme la famille Malumta. Boniface Malumta a participé au programme de triangulation permettant d'établir la carte de l'Ouganda, il connaît l'histoire de chaque nom, parfois poétique, d'autre fois pratique. Ainsi, "Kumili" vient de "petit roseau" car à cet endroit les lettres étaient transportées par un messager qui les glissait dans un morceau de roseau fendu. Nicholas, tout à son envoûtement, ne comprend pas grand-chose aux massacres qui se multiplient et lorsque Amin le prend comme médecin personnel, il ne lui vient pas à l'idée de refuser.
Giles Foden, qui a longtemps vécu en Afrique, s'appuie sur de solides faits historiques, du raid israélien sur l'aéroport d'Entebbe à la prise de Kampala par les Tanzaniens. D'Idi Amim, entre autres titres "dernier roi d'Ecosse", il donne un portrait complexe, d'un homme de guerre, non dénué d'humour, mais d'une cruauté perverse, assumée. L'auteur, à travers Nicholas, pose le problème de la fascination, de la peur, de la lâcheté, de la résistance face à un dictateur. Opposées à la relation trouble de Nicholas avec l'Afrique et Amin Dada, certaines péripéties des cent dernières pages semblent en trop, comme l'aventure chez les Pygmées ou le coup de téléphone final. On s'en consolera par la relecture d'un télégramme loufoque d'Amin à Margaret (Thatcher) espérant qu'elle reste longtemps "très charmante, heureuse, fraîche, intelligente et sûre d'(elle)".

Barbara Marmonier

Voir chronique sur le site La lubie
http://www.lalubie.com/

Critique / entrevue avec l'auteur
http://www.randomhouse.com/boldtype/1298/foden/index.html

l'Ouganda / Amin
http://www.uganda.co.ug/govern/
http://www.uganda.co.ug/millenium/amin.htm
http://www.mg.co.za/mg/news/98mar1/05mar-amin1.html

Amazon.com (des chroniques)
http://www.amazon.com/exec/obidos/ASIN/0375403604
/healthvolunteers/002-1329307-6473839

http://www.france3.fr/fr3/livre/livre463.html