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Le monde
impitoyable du théâtre
C’est
avec une certaine émotion que l’on entame la lecture
du dernier roman de Timothy Findley, décédé
– discrètement – en 2002. Ce sont ses amours
secrètes, le théâtre, que le grand auteur canadien
a voulu aborder ici ; peu savent, en effet, que son premier succès
est venu de la scène et plus précisément du
festival de Stratford sur Avon, Ontario, où il est apparu
aux côtés d’Alec Guiness. C’est également
dans cette ville où il a longtemps vécu – avant
de se partager avec la Provence – que se situe Les
Robes bleues.
Jane et Griffin
Kincaid qui forment un couple apparemment très uni sont l’emblème
d’une réussite personnelle et professionnelle : en
ce soir de juin 98, Jane assiste à la première de
Beaucoup de bruit pour rien, pièce de Shakespeare
où son mari, jeune acteur prometteur dont la carrière
reste à asseoir, joue l’un des premiers rôles.
La vie des Kincaid tourne autour de la scène puisque Jane
est créatrice d’accessoires pour ce même festival,
haut lieu du théâtre en Amérique du Nord. Mais
en cet été torride, leurs vies basculent à
la suite d’une maladresse : leur jardinier coupe la ligne
téléphonique d’un coup de bêche, ce qui
empêche Griffin de donner un coup de fil déterminant
pour sa carrière. Il se retrouve alors à la merci
d’un metteur en scène homosexuel à qui il devra
prodiguer ses faveurs pour obtenir les premiers rôles du prochain
festival. De son côté, Jane compense sa solitude par
les cigarettes et l’alcool tout en rêvant d’avoir
une aventure avec l’employé de Bell Telephone («
l’homme-ange »), un bellâtre à la
plastique parfaite. La séparation du couple Kincaid a également
une influence désastreuse sur leur jeune fils, Will, qui
d’enfant modèle se transforme en sale gosse grossier
et désespéré qui n’a plus de relations
qu’avec la nounou (la parfaite Mercy) et le chien. En contrepoint
de cette véritable tragédie, le récit est rythmé
par les péripéties de l’affaire Clinton/Lewinsky,
d’où le titre français Les Robes bleues,
habit taché de la semence présidentielle que la jeune
stagiaire de la Maison Blanche prétendait détenir.
D’emblée,
ce roman de Timothy Findley déçoit par son intrigue
finalement légère, qui d’une imitation d’une
tragédie classique, tourne presque à la caricature
d’une pièce de boulevard avec ses nombreux et peu crédibles
rebondissements. L’histoire des Kincaid, personnages pour
qui on aura du mal à éprouver de la sympathie, est
trop diluée dans celle du jardinier et de son frère
(qui se révèle, on ne sait pourquoi, un dangereux
psychopathe) ou dans le drame vécu par les voisins de Mercy
(l’employé de chez Bell et sa femme) et de leur bébé
malade. Ce qu’il faut retenir de l’ouvrage, c’est
plutôt la peinture précise du milieu du théâtre,
avec ses jalousies et ses faux-semblants où l’auteur
a certainement glissé quelques repères autobiographiques.
Quant à l’affaire Lewinsky, elle ne vient donner qu’une
touche indigeste de plus, Jane souhaitant offrir – telle Monica
– ses sensuels services à « l’homme-ange
». Les Robes bleues n’est
donc pas la pièce maîtresse annoncée de l’œuvre
de Timothy Findley et on se consolera plutôt de sa disparition
en relisant Le dernier des fous ou Nos
Adieux (chez le même éditeur).
Anne
Weber
(mars
2003)

Le
Serpent à Plumes
http://www.serpentaplumes.com
http://cbc.ca/news/obit/findley/
http://www.januarymagazine.com/profiles/findley.html
http://www.serpentaplumes.com/thematif.html
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