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«
Mesdemoiselles, à vos aiguilles… »
(ou La régression en marche)
On aurait pu
s’abstenir de mentionner ce titre, il est vrai, mais il faut
aussi savoir ravaler une fierté bien mal acquise et oser
parler des ouvrages qui remettent enfin (et très explicitement)
les fillettes dans le droit chemin – il était temps
: ces dernières, comme leurs mères, tendaient en effet,
depuis quelques décennies, à brouiller sournoisement
les pistes en revendiquant une improbable émancipation. A
ce sujet, il faut citer un extrait de l’argumentaire figurant
dans le dossier de presse : « En 2005, les cours d’économie
domestique ont disparu » (ah ! le bon vieux temps ! Quand
les jeunes filles pouvaient suivre des enseignements les écartant
des matières et des métiers d’homme, et acquérir
des savoir-faire qui leur permettraient de devenir d’admirables
mères de famille et des modèles de soumission), «
mais le tricot, la couture et la broderie ne sont pas pour autant
réservés au vieilles dames. » Ce n’est
que justice … et il est justifié que ces activités
soient strictement interdites aux garçons. Si l’on
s’appuie sur de récentes découvertes scientifiques,
ces derniers sont par essence trop malhabiles pour remplir correctement
des cartes à trous et décorer un tee-shirt sans faire
de saletés ; on sait désormais que leur code génétique
les rend incapables de confectionner chaussons, écussons,
doudous monstres ou pompons. Comme le disait mon arrière-grand-tante
: « Seules les vraies demoiselles possèdent des
doigts de fées… »
Que les catalogues
de jouets si gracieusement distribués par les grandes surfaces
(en particulier à l’approche des fêtes) s’obstinent
à se faire l’instrument démagogique d’une
propagande sexiste est une chose – mais il est regrettable
que des livres (au demeurant de bonne facture) destinés à
la jeunesse d’aujourd’hui se mettent de la partie. Si
ces initiatives rétrogrades sont susceptibles de rassurer
une certaine catégorie de parents ou d’éducateurs
(affolés par la disparition des vieux codes sociaux et des
si belles valeurs d’antan… ?), elles n’en desservent
pas moins les enfants, garçons et filles confondus (les premiers
en étant écartés d’emblée et les
secondes en étant habilement recadrées) – adultes
en devenir que l’on doit encourager à avancer ensemble,
les uns avec les autres et non les uns contre les autres, en cessant
d’entretenir une binarité fondée uniquement
sur une donnée biologique aléatoire, le sexe. La plupart
des travaux dont il est question dans cet ouvrage sont malgré
tout généralement proposés dans le cadre scolaire,
où la mixité est de rigueur, n’en déplaise
à certains (dont la nostalgie pourrait toutefois devenir
envahissante).
Loin de nous
l’idée de nous acharner sur un ouvrage en particulier,
ou de remettre en cause le travail graphique de Virginie Desmoulins
(qui, drôle d’ironie, participe par ailleurs à
la rubrique Cuisine d’Astrapi, magazine qui a toujours
été soucieux de préserver la mixité
de son lectorat), mais la volonté (de l’auteur, ou
de l’éditeur ?) de cibler « les filles »
et rien qu'elles (quel garçon osera ouvrir ce livre, voire
s’en approcher ?), participe d’une dérive actuelle
qui tend à s’amplifier (collections de romans dont
les couvertures ou les titres sont sensés « accrocher
» les uns tout en se refusant aux autres, presse jeunesse
différenciée renforçant les stéréotypes
déjà véhiculés par nombre de médias
généralistes, etc.), dérive qui ralentit la
construction d’une société que l’on espère
plus égalitaire. D’aucuns verront peut-être ici
un parti pris résolument cocasse, ou un second degré
bien latent… mais dans ce cas d’un goût très
douteux…
Quand les petites
filles se voient dirigées vers des activités qui remettent
au goût du jour de vieux modèles humiliants (parce
qu’ouvertement phallocrates et parce qu’imposés
à elles seules), comment faire en sorte que la lutte pour
la reconnaissance (loin d’être achevée) des droits
de la femme et pour l’égalité des genres puisse
perdurer ? Tout comme Jocelyne Ponsgen, Libraire au Liseron (Colmar),
qui signe un article éclairant dans le dernier numéro
de Citrouille, tâchons d'être
constructifs : invitons les enfants à ouvrir des livres qui
s’adressent à tous et qui transcendent les différences
et les genres – et qu’on les laisse ensuite choisir,
sans préformater leur imaginaire, leur désirs ou leur
créativité.
B.
Longre
(décembre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice
en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone,
asiatique, orientale etc.), à la littérature pour
la jeunesse, au théâtre (texte et représentation)
et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://lsj.hautetfort.com/•_d_masculin_feminin/
«
Aussi est-il urgent aujourd'hui d'opter pour une attitude critique
face à ces ouvrages getthoïsants et d'en chercher d'autres
qui proposent des modèles positifs d'identification, où
les femmes sont valorisées pour leurs qualités, où
elles participent à la vie et à l'histoire de l'humanité.
Aussi est-il de nouveau urgent (si ça n'a jamais cessé
de l'être) de donner aux garçons et aux filles des
livres qui bouleversent les clichés, qui donnent à
réfléchir - comme il est urgent de fournir aux adultes
des instruments d'analyse et de dialogue sur ce thème. »
Citrouille,
(revue des librairies jeunesse)
http://www.mix-cite.org/
Bibliographie
jeunesse antisexiste
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