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Scénographie
et costumes Danièle Rozier
Musique originale Robert Suhas
Avec
Véronique Balmont, Pierre Blain, Laura Desprein,
Alain Gandy, Nicole Mouton, Vincent Puysségur
Création
Théâtre des Jeunes Années/CDN
tout public à partir de 8/9 ans
durée 1h15
Théâtre
des Jeunes Années
Lyon 9°
renseignements et location
04 72 53 15 15
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Bruno
Castan et Maurice Yendt s'approprient brillamment le conte de la
"souillon des cendres".
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Cendrillon
appartient à l'inconscient et à l'imaginaire collectif
occidental : orpheline de mère, réduite en esclavage
par une marâtre affublée de deux filles cruelles
et ridicules, un père impuissant et indifférent
au sort de sa fille, un prince charmant et une bonne marraine,
fée à ses heures... Du rêve, une histoire
d'amour romantique, des méchants dont la jalousie est
bien punie et une bonne dose de mièvrerie (surtout depuis
le dessin-animé de Disney...). Et pourtant, à
partir d'un matériau qu'on peut sans mal considérer
comme rebattu, Bruno Castan a construit une parodie tour à
tour burlesque ou mélancolique, dans laquelle chaque
personnage (qu'il soit humain ou oiseau) a une fonction symbolique
et dramatique précise qui va bien au-delà des
rôles attribués par le conte ; une réinterprétation
inventive et réjouissante accentuée par la mise
en scène minimaliste de Maurice Yendt, qui ne rime cependant
pas avec ennuyeuse, bien au contraire. |
En
se réappropriant le conte, il semble que l'auteur a voulu
jouer sur deux tableaux : l'émotion, d'abord, qui fait tout
particulièrement surface dans les séquences où
"Ma Chérie" (plus tard "Cendrillon")
s'adresse à sa mère morte, ou quand le père,
qui a délégué ses responsabilités à
sa nouvelle épouse, "belle-maman" (l'ancienne gouvernante),
est étrangement troublé par sa fille, qui lui rappelle
tant sa première femme... Mais ces instants là sont
fragiles et rares et fonctionnent plutôt comme des contrepoints
aux scènes beaucoup plus cocasses qui s'enchaînent
les unes aux autres avec frénésie, de la même
façon que les chants (des oiseaux-personnages, qui forment
un choeur commentateur, sur le mode antique) évoquent des
airs de mirlitons et regorgent d'allitérations et de rimes
amusantes ; la chanson croassante des deux corbeaux (joués
par des comédiens qui cumulent les rôles à la
perfection) en est un exemple savoureux, qui mêle absurde
et poésie sonore :
-
Qui l'eût cru ?
- Tu crois ?
- Quoi ?
- Qui l'eût cru quoi ?
- Moi !
- Quoi ?
- Qui l'eût cru, Que dans sa couardise un sort quinteux
lui fît quitter si tôt sa courte vie ? (...) Qui
peut créer plus cruel quiproquo ? Pourquoi ? (...)
- ...Quoique que quiconque trop crédule croit que quitter
cette terre au ciel lui donne droit...
- Qui va là ?
et ainsi de suite... |
©
Éric Bernath |
La
mise en scène est volontairement épurée ("quelques
éléments évocateurs, parfois symboliques, susceptibles
de favoriser et de soutenir le rythme d'un spectacle qui échappe
constamment à toute pesanteur." selon le metteur
en scène) mais n'en laisse que davantage de place aux comédiens,
et à la dynamique d'un jeu que les jeunes spectateurs ne
peuvent qu'apprécier. Et malgré l'épure annoncée,
chaque objet recèle une surprise, ne serait-ce que son arrivée
sur la scène : une machine à laver fait office d'âtre
(définissant l'espace alloué à Cendrillon),
un oeuf énorme se tient dans un coin de la scène et
un canapé-nuage pivote à volonté. Plus surprenant
encore, le metteur en scène a fait le choix de supprimer
certains personnages et de les réifier, remplaçant
ainsi Pélagie et Apolline, les deux "chéries"
de belle-mère, par deux énormes cactus en pot ! Un
choix qui se discute et qui perturbe d'abord les plus jeunes des
spectateurs, mais qui sonne juste d'un point de vue symbolique,
on l'aura compris, et que l'on accepte progressivement.
Car
pour le spectateur qui découvre le texte de Bruno Castan
et/ou la mise en scène de Maurice Yendt, il est malaisé
de se laisser porter uniquement par l'histoire qui est là
sous ses yeux et de considérer cette pièce comme une
oeuvre en soi : à chaque recoin de notre esprit, réapparaissent
les images d'Epinal associées au conte des frères
Grimm, piochées dans une multiplicité de livres d'images...
Et l'auteur joue de ce phénomène : en nous forçant
à confronter nos visions à la sienne, à évaluer
ce décalage constant qui resurgit entre les deux interprétations
; nous comparons, jaugeons, et apprécions les contrastes
et les points communs : là, le prince est une véritable
andouille, un amoureux de pacotille : "pauvre sot bégayant,
au langage débile ! Vrai prince des muets !" (c'est
lui qui le dit ! ) et Cendrillon a un petit côté rebelle
et insolent qui plaît beaucoup et va à l'encontre de
sa traditionnelle soumission, tandis qu'elle rumine sa revanche
: "Petite branche, petit fouet, petite vengeance, petit
souhait" dit-elle en s'adressant à la branche de
noisetier qu'elle vient de planter sur la tombe de sa mère.
La belle-mère est toujours aussi méchante et rusée,
tandis que ses filles-cactus sont de vraies pestes ; mais pas de
marraine, pas de citrouille, seulement une tombe et le portrait
de la mère, en permanence sur la scène, le seul refuge
de Cendrillon.

© Éric
Bernath |
Les spectateurs,
jeunes et moins jeunes, trouveront là leur compte de
surprises, d'émotions et de rires, des chants et une
satire qui touche jusqu'au langage théâtral lui-même
( à travers quelques répliques qui reprennent
parfois les notes textuelles de l'auteur !) En définitive,
on se surprend à préférer cette version-là,
à y voir un conte renouvelé, débarrassé
de toute affectation et de son caractère planifié
et figé ; même si La fille aux Oiseaux
perturbe momentanément l'horizon d'attente du jeune
public, ces derniers ont tôt fait de se laisser absorber
par l'univers poétique et cocasse de Bruno Castan et
Maurice Yendt.
Blandine
Longre
(17 mars 2003) |

http://www.lansman.org/
voir aussi :
Braise
(un roman de Laura Desprein, Arléa, 2002)
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