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De
la brièveté
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Les
toutes jeunes éditions Filaplomb se sont lancées
dans la publication de nouvelles et de textes courts : des
ouvrages de 24 pages à commander/commenter en ligne
(séparément ou sur abonnement), proposant
de découvrir des auteurs très différents.
Le premier à avoir été publié,
Arnaud Dudek, manie l’ironie grinçante
à la perfection, narrant, dans Copenhague
et Un couple idéal, la
routine de deux couples très quelconques, les petites
lâchetés, les rêves avortés et
les renoncements d’un univers “fendillé”,
où règne un ennui confortable et désespérant.
Une prose serrée, sans ostentation, d’une neutralité
trompeuse, épouse parfaitement l’aspect lisse
des existences étriquées qu'il décrit,
et dont nul ne semble capable de s’extirper –
à moins de pratiquer l’adultère, au
risque de retomber dans une autre routine, celle des hôtels
Formule 1...
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Le désenchantement
est aussi au rendez-vous dans Florence,
de Jean-Louis Ruffel, où il suffit d’un
coup d’oeil au protagoniste pour se sentir attiré par
une inconnue qui attend sur le trottoir d’en face. L’écriture
fine, précise, décrit le jeu des regards, puis le
ravissement romantique des premières lignes, avant de suivre
pas à pas le personnage vers la chute pathétique –
car ce qu’il imaginait vivre en aventurier de l'amour prend
bientôt une tournure sordide, avant de se faire terrifiante,
inarticulée...
La
bonne humeur sent les fleurs de Jessica Lisse
reste moins convaincant que les précédents textes,
malgré quelques trouvailles langagières assez heureuses
et la vision décalée du monde qui est ici offerte,
lors de la visite parisienne de quelques jours par deux jeunes provinciales
; tout ceci est très aérien et frivole (dans le bon
sens du terme), mais manque peut-être d’envergure narrative,
la juxtaposition de séquences ne révélant par
de réelle progression dans le récit.
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En
revanche, on apprécie davantage le texte très
abouti et maîtrisé de Barbara Souffir,
Sukuma et le boucher Armani, une fresque
décapante qui se déroule dans un troquet tout
ce qu’il y a de plus banal et de tristounet –
hormis la petite figurine en terre cuite posée derrière
le bar, Sukuma, qui semble veiller sur ce petit monde, et
la patronne dont on fera la connaissance sur la fin... Le
récit fantastique d’une revanche, lors duquel
se télescopent deux univers dissemblables –
l’un morose et abrutissant, l’autre cruel et
teinté d’exotisme, dont l’irruption dans
le réel réjouira.
Filaplomb
? Une aventure éditoriale originale, à suivre
attentivement, et qui montre, s'il en est encore besoin,
que le genre nouvellistique a de beaux jours devant lui...
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice
et critique littéraire, elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.filaplomb.fr/
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