Les éditions Filaplomb

Copenhague suivi de Un couple idéal, d'Arnaud Dudek, 2007
Florence, de Jean-Louis Ruffel, 2007
La bonne humeur sent les fleurs de Jessica Lisse, 2007
Sukuma et le boucher Armani Barbara Souffir, 2007

 

 

De la brièveté

Les toutes jeunes éditions Filaplomb se sont lancées dans la publication de nouvelles et de textes courts : des ouvrages de 24 pages à commander/commenter en ligne (séparément ou sur abonnement), proposant de découvrir des auteurs très différents. Le premier à avoir été publié, Arnaud Dudek, manie l’ironie grinçante à la perfection, narrant, dans Copenhague et Un couple idéal, la routine de deux couples très quelconques, les petites lâchetés, les rêves avortés et les renoncements d’un univers “fendillé”, où règne un ennui confortable et désespérant. Une prose serrée, sans ostentation, d’une neutralité trompeuse, épouse parfaitement l’aspect lisse des existences étriquées qu'il décrit, et dont nul ne semble capable de s’extirper – à moins de pratiquer l’adultère, au risque de retomber dans une autre routine, celle des hôtels Formule 1...

Le désenchantement est aussi au rendez-vous dans Florence, de Jean-Louis Ruffel, où il suffit d’un coup d’oeil au protagoniste pour se sentir attiré par une inconnue qui attend sur le trottoir d’en face. L’écriture fine, précise, décrit le jeu des regards, puis le ravissement romantique des premières lignes, avant de suivre pas à pas le personnage vers la chute pathétique – car ce qu’il imaginait vivre en aventurier de l'amour prend bientôt une tournure sordide, avant de se faire terrifiante, inarticulée...

La bonne humeur sent les fleurs de Jessica Lisse reste moins convaincant que les précédents textes, malgré quelques trouvailles langagières assez heureuses et la vision décalée du monde qui est ici offerte, lors de la visite parisienne de quelques jours par deux jeunes provinciales ; tout ceci est très aérien et frivole (dans le bon sens du terme), mais manque peut-être d’envergure narrative, la juxtaposition de séquences ne révélant par de réelle progression dans le récit.

En revanche, on apprécie davantage le texte très abouti et maîtrisé de Barbara Souffir, Sukuma et le boucher Armani, une fresque décapante qui se déroule dans un troquet tout ce qu’il y a de plus banal et de tristounet – hormis la petite figurine en terre cuite posée derrière le bar, Sukuma, qui semble veiller sur ce petit monde, et la patronne dont on fera la connaissance sur la fin... Le récit fantastique d’une revanche, lors duquel se télescopent deux univers dissemblables – l’un morose et abrutissant, l’autre cruel et teinté d’exotisme, dont l’irruption dans le réel réjouira.
Filaplomb ? Une aventure éditoriale originale, à suivre attentivement, et qui montre, s'il en est encore besoin, que le genre nouvellistique a de beaux jours devant lui...

B. Longre
(février 2008)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.filaplomb.fr/