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Eclaire
mon but, si loin soit-il, l’amour y parviendra
(Léonore : Acte I, scène 6)
En
assumant une double personnalité, féminine
et masculine – en devenant le jeune Fidelio –,
Léonore parvient à sauver de la prison et
de la mort son époux Florestan, arbitrairement incarcéré
par le tyran Pizarro (trame tirée d’un fait
réel sous la Révolution française).
Cette femme amoureuse et opiniâtre, est une des héroïnes
singulières de l’histoire de l’opéra,
nées de la phénoménale libération
des idéaux humanitaires qui secoue l’Europe
au XIXe siècle. Les théories des Lumières
cessent tout à coup d’être des jouets
pour philosophes et deviennent des réalités
explosives de la vie quotidienne, des émotions puissantes
qui inspirent l’enthousiasme collectif. Beethoven
ne conçoit pas la liberté comme un principe
abstrait, mais sous la forme humaine de la bien-aimée.
C’est une liberté au sens positif, non pas
celle qui défait un lien, mais bien celle qui le
réalise : “A travers la nuit, vers la lumière.”
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Livret
de Joseph von Sonnleithner et Georg Friedrich Treitschke,
d’après le drame de Jean-Nicolas Bouilly
Léonore ou l’Amour conjugal
En allemand, surtitré en français
Mise en scène Nikolaus Lehnhoff
Décors Raimund Bauer
Costumes Anna Eiermann
Eclairages Duane Schuler
Chef des Chœurs Alan Woodbridge
Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon
avec , Kurt Gysen, Claudio Otelli, Robert Dean Smith,
Gabriele Fontana, Reinhard Hagen, Claudia Braun, Eberhard
Francesco
Opéra
national de Lyon
place de la comédie
69001 Lyon
location 04 72 00 45 45
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Fidélio
fast-track
Pour tenter de sauver
son mari Florestan, illégalement emprisonné, Léonore,
déguisée en homme, sert d’aide au maître-geôlier
Rocco. Sous le nom de Fidélio, elle gagne sa confiance, mais
aussi, embarras de parcours, l’amour de la jeune Marceline,
fille de Rocco. Un vil gouverneur veut se venger de Florestan et
le faire assassiner, mais Rocco refuse de commettre un tel acte.
Pizzaro s’apprête à agir lui-même quand
Fidélio se jette devant lui et révèle son identité.
Le couple échappe à la mort grâce à l’arrivée
du ministre qui reconnaît son ami Florestan et confond le
traître.
Dans cette version, un choix délibéré : supprimer
les dialogues parlés. Le dossier de presse nous assure qu’il
s’agit d’une réponse pertinente à la crédibilité
des chanteurs dans les scènes parlées. Soit, mais
si radicale qu’elle en est moins pertinente en ce qui concerne
la crédibilité de l’opéra. Il y a de
l’information dramatique qui passe à la trappe. Ainsi,
d’où vient la précipitation de Pizzaro, si l’on
ne connaît pas, comme lui, l’arrivée imminente
du ministre, et le risque que cela lui fait courir ?
Cependant, nous avons entendu de la belle musique, sonnant avec
vigueur. Reinhard Hagen est très présent et nuancé
en Rocco. Don Pizzaro a la prestance du rôle, une haine convaincante,
un beau timbre de voix, quoiqu’un peu couvert dans les ensembles
par défaut de projection. Bien que fort applaudie, Gabriele
Fontana manque de maturité vocale pour Léonore Elle
peine dans les aigus, criés, et d’une justesse aléatoire.
Robert Dean Smith, chaleureux ténor romantique, est un Florestan
plein d’émotion.
Tous évoluent dans une mise en scène précise,
à la disposition harmonieuse, mais sans imagination, et dans
un décor ennuyeux, de ce style dépouillé tout-acier,
élégant, très gris, et tellement déjà
vu. On se demande si c’est par économie. Comme l’absence
de dialogues peut-être, pour aller plus vite. Mais non, portes
coulissantes et monte-charge — qui dramatise les apparitions
de Pizzaro — montrent qu’on n’a pas forcément
lésiné. Les costumes banals n’apportent rien,
et virent parfois au ridicule. La pauvre Marcelline (Claudia Braun),
à la jolie voix, est enlaidie par une tenue peu seyante,
rosâtre et au genou, rappelant la baby doll, quand elle gagnerait
à se présenter en robe longue. Florestan est enchaîné
dans une camisole jaune cru, dont la manche prolongée jusqu’à
terre lui confère l’aisance d’un pingouin. On
avait un peu d’espoir avec Léonore, mignonne en manteau
et casquette militaires, hélas au final elle se déshabille
sur scène pour terminer en nuisette saumon, sans goût
ni grâce, vraiment cheap par rapport aux costumes austères
de Don Fernando (Kurt Gysen, superbe basse) et du choeur des prisonniers.
Ceux-ci, en revanche, réussissent, la tête prise dans
un bas, une évocation glaçante de l’uniformité
et de l’incarcération. Effet visuel accentué
par leur qualité musicale — voici un chœur rigoureux,
capable de rendre les pianissimi et fortissimi
beethovéniens, et dont le chef a été applaudi
à juste titre.
Laurence
Tourniaire
(30 novembre 2003)

l'Opéra
de Lyon
http://www.opera-lyon.org
http://www.lvbeethoven.com/
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