Drame lyrique en deux actes, 1814
de Ludwig van Beethoven

du 28 novembre au 12 décembre 2003
Opéra national de Lyon

Direction musicale Iván Fischer

 

Eclaire mon but, si loin soit-il, l’amour y parviendra
(Léonore : Acte I, scène 6)

En assumant une double personnalité, féminine et masculine – en devenant le jeune Fidelio –, Léonore parvient à sauver de la prison et de la mort son époux Florestan, arbitrairement incarcéré par le tyran Pizarro (trame tirée d’un fait réel sous la Révolution française). Cette femme amoureuse et opiniâtre, est une des héroïnes singulières de l’histoire de l’opéra, nées de la phénoménale libération des idéaux humanitaires qui secoue l’Europe au XIXe siècle. Les théories des Lumières cessent tout à coup d’être des jouets pour philosophes et deviennent des réalités explosives de la vie quotidienne, des émotions puissantes qui inspirent l’enthousiasme collectif. Beethoven ne conçoit pas la liberté comme un principe abstrait, mais sous la forme humaine de la bien-aimée. C’est une liberté au sens positif, non pas celle qui défait un lien, mais bien celle qui le réalise : “A travers la nuit, vers la lumière.

Livret de Joseph von Sonnleithner et Georg Friedrich Treitschke, d’après le drame de Jean-Nicolas Bouilly
Léonore ou l’Amour conjugal

En allemand, surtitré en français


Mise en scène Nikolaus Lehnhoff
Décors Raimund Bauer
Costumes Anna Eiermann
Eclairages Duane Schuler
Chef des Chœurs Alan Woodbridge
Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon
avec , Kurt Gysen, Claudio Otelli, Robert Dean Smith, Gabriele Fontana, Reinhard Hagen, Claudia Braun, Eberhard Francesco

Opéra national de Lyon
place de la comédie
69001 Lyon
location 04 72 00 45 45


Fidélio fast-track

Pour tenter de sauver son mari Florestan, illégalement emprisonné, Léonore, déguisée en homme, sert d’aide au maître-geôlier Rocco. Sous le nom de Fidélio, elle gagne sa confiance, mais aussi, embarras de parcours, l’amour de la jeune Marceline, fille de Rocco. Un vil gouverneur veut se venger de Florestan et le faire assassiner, mais Rocco refuse de commettre un tel acte. Pizzaro s’apprête à agir lui-même quand Fidélio se jette devant lui et révèle son identité. Le couple échappe à la mort grâce à l’arrivée du ministre qui reconnaît son ami Florestan et confond le traître.
Dans cette version, un choix délibéré : supprimer les dialogues parlés. Le dossier de presse nous assure qu’il s’agit d’une réponse pertinente à la crédibilité des chanteurs dans les scènes parlées. Soit, mais si radicale qu’elle en est moins pertinente en ce qui concerne la crédibilité de l’opéra. Il y a de l’information dramatique qui passe à la trappe. Ainsi, d’où vient la précipitation de Pizzaro, si l’on ne connaît pas, comme lui, l’arrivée imminente du ministre, et le risque que cela lui fait courir ?
Cependant, nous avons entendu de la belle musique, sonnant avec vigueur. Reinhard Hagen est très présent et nuancé en Rocco. Don Pizzaro a la prestance du rôle, une haine convaincante, un beau timbre de voix, quoiqu’un peu couvert dans les ensembles par défaut de projection. Bien que fort applaudie, Gabriele Fontana manque de maturité vocale pour Léonore Elle peine dans les aigus, criés, et d’une justesse aléatoire. Robert Dean Smith, chaleureux ténor romantique, est un Florestan plein d’émotion.
Tous évoluent dans une mise en scène précise, à la disposition harmonieuse, mais sans imagination, et dans un décor ennuyeux, de ce style dépouillé tout-acier, élégant, très gris, et tellement déjà vu. On se demande si c’est par économie. Comme l’absence de dialogues peut-être, pour aller plus vite. Mais non, portes coulissantes et monte-charge — qui dramatise les apparitions de Pizzaro — montrent qu’on n’a pas forcément lésiné. Les costumes banals n’apportent rien, et virent parfois au ridicule. La pauvre Marcelline (Claudia Braun), à la jolie voix, est enlaidie par une tenue peu seyante, rosâtre et au genou, rappelant la baby doll, quand elle gagnerait à se présenter en robe longue. Florestan est enchaîné dans une camisole jaune cru, dont la manche prolongée jusqu’à terre lui confère l’aisance d’un pingouin. On avait un peu d’espoir avec Léonore, mignonne en manteau et casquette militaires, hélas au final elle se déshabille sur scène pour terminer en nuisette saumon, sans goût ni grâce, vraiment cheap par rapport aux costumes austères de Don Fernando (Kurt Gysen, superbe basse) et du choeur des prisonniers. Ceux-ci, en revanche, réussissent, la tête prise dans un bas, une évocation glaçante de l’uniformité et de l’incarcération. Effet visuel accentué par leur qualité musicale — voici un chœur rigoureux, capable de rendre les pianissimi et fortissimi beethovéniens, et dont le chef a été applaudi à juste titre.

Laurence Tourniaire
(30 novembre 2003)

l'Opéra de Lyon
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