Feu d’enfer
D’après Hellfire de Nick Toshes

Mise en scène d’Yves Charreton
Théâtre les Ateliers, du 12 au 25 octobre 2007

 

Théâtre Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30


Hall of Flame

Pour passer de Faulkner à Hollywood Stories, ou des mouvances protestantes les plus reculées et les plus austères, à la sacralisation mercantile du rock, musique du diable, la civilisation américaine a sacrifié bien des âmes talentueuses, et généré bien des destins torturés. Parmi ceux-ci, Jerry Lee Lewis, pianiste rocker de haute volée, né en 1935 dans la Louisiane des fermiers bornés, qui sombra très vite et très bas dans une déchéance trop nourrie de morale chrétienne pour s’abandonner pleinement au vice, comme pour y résister : alcoolique avec mauvaise conscience. Metteur en scène et comédien central, Yves Charreton retrace son parcours en enfer, avec pour guide un Virgile défoncé au sermon, le romancier Nick Toshes.
Sous une lumière crue peu réchauffée par les subtils jeux bruitistes et musicaux, mais assombrie de temps à autre par des séquences vidéo, toute l’enfance et l’adolescence de Jerry Lee en Louisiane nous sont contées, et leur religiosité malsaine (pentecôtiste, en l’occurrence), et l’attrait des bouges de nègres où l’on vend son âme au Malin pour un blues. Micro aidant, l’hagiographie du voyou chanteur de Whole lotta shakin going on prend un ton pompeux qui rappelle la messe tant par sa gravité perverse que par la lassitude qu’il occasionne, mais Yves Charreton conjure ce faux rythme par son jeu brillant, l’humour allège les insultes comme les clichés manichéens du texte, et, malgré des longueurs, les passages épiques de la biographie (à 23 ans, après deux mariages et aucun divorce, Jerry Lee Lewis épouse sa cousine de 13 ans) s’ouvrent finalement à une juste saisie du personnage. Le ton des vieux rockers usés jusqu’à la corde n’est pas toujours très dynamique, et le destin d’auto-destruction cathodique ne surprend guère, mais Feu d’enfer tire son épingle du feu, de cette grosse boule de feu dont Jim McBride a fait un film (Great balls of fire, 1989), et l’Amérique un paquet de cendres moisies pour son Hall of Fame.

Nicolas Cavaillès
(octobre 2007)

http://www.theatrelesateliers-lyon.com