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Théâtre
Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30
Hall of Flame
Pour passer
de Faulkner à Hollywood Stories, ou des mouvances protestantes
les plus reculées et les plus austères, à la
sacralisation mercantile du rock, musique du diable, la
civilisation américaine a sacrifié bien des âmes
talentueuses, et généré bien des destins torturés.
Parmi ceux-ci, Jerry Lee Lewis, pianiste rocker de haute volée,
né en 1935 dans la Louisiane des fermiers bornés,
qui sombra très vite et très bas dans une déchéance
trop nourrie de morale chrétienne pour s’abandonner
pleinement au vice, comme pour y résister : alcoolique avec
mauvaise conscience. Metteur en scène et comédien
central, Yves Charreton retrace son parcours en enfer, avec pour
guide un Virgile défoncé au sermon, le romancier Nick
Toshes.
Sous une lumière crue peu réchauffée par les
subtils jeux bruitistes et musicaux, mais assombrie de temps à
autre par des séquences vidéo, toute l’enfance
et l’adolescence de Jerry Lee en Louisiane nous sont contées,
et leur religiosité malsaine (pentecôtiste, en l’occurrence),
et l’attrait des bouges de nègres où l’on
vend son âme au Malin pour un blues. Micro aidant, l’hagiographie
du voyou chanteur de Whole lotta shakin going on prend
un ton pompeux qui rappelle la messe tant par sa gravité
perverse que par la lassitude qu’il occasionne, mais Yves
Charreton conjure ce faux rythme par son jeu brillant, l’humour
allège les insultes comme les clichés manichéens
du texte, et, malgré des longueurs, les passages épiques
de la biographie (à 23 ans, après deux mariages et
aucun divorce, Jerry Lee Lewis épouse sa cousine de 13 ans)
s’ouvrent finalement à une juste saisie du personnage.
Le ton des vieux rockers usés jusqu’à la corde
n’est pas toujours très dynamique, et le destin d’auto-destruction
cathodique ne surprend guère, mais Feu d’enfer
tire son épingle du feu, de cette grosse boule de feu dont
Jim McBride a fait un film (Great balls of fire,
1989), et l’Amérique un paquet de cendres moisies pour
son Hall of Fame.
Nicolas
Cavaillès
(octobre 2007)

http://www.theatrelesateliers-lyon.com
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