16ème édition du Festival
du Premier Roman
de Chambéry
du 14 au 17 mai 2003

 

Le premier roman fait son festival

« A Chambéry, on ne décerne pas de prix. Les auteurs ont tous également été appréciés et c’est à ce titre qu’ils sont invités pour rencontrer leurs lecteurs […] Ce sont les lecteurs et eux seuls qui, en comités ou en cercles, décident du choix des quatorze écrivains avec qui ils désirent dialoguer ». C’est de ce fonctionnement particulier que le Festival du Premier Roman de Chambéry tire toute son originalité et sa richesse. Et ce depuis 16 années. L’originalité d’un véritable jury de lecteurs, sans aucune influence des grandes maisons d’édition, des libraires ou de la presse spécialisée, mérite d’être soulignée tant, dans le monde du livre, les prix, récompenses et autres fêtes du livre sont plutôt fondés sur le principe du jury de spécialistes, que ceux-ci soient écrivains, critiques ou journalistes.

Fondé à l’initiative d’un enseignant désireux de faire partager sa passion littéraire à ces élèves, le Festival n’a pas cessé, depuis, d’accueillir des auteurs de premiers romans. Le Festival permettait alors à ces jeunes écrivains de rencontrer leurs lecteurs, d’échanger, de partager, d’être ensemble autour d’une même passion : le livre. C’était au temps où seulement 60 premiers romans sortaient par an. C’était au temps où les médias n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Pourtant, même si certains des auteurs qui viennent à Chambéry ont déjà fait l’objet de l’attention des médias (on pense par exemple à Maxence Fermine pour Neige, à Laurent Mauvignier pour Loin d’eux en 2000, ou encore Pascale Roze pour Le chasseur zéro en 1997), le Festival conserve toute sa fraîcheur et sort du conformisme littéraire ambiant.

Pourquoi ? Les quatre jours du Festival reposent en fait sur une année de lectures. Les lecteurs, rassemblés dans une trentaine de comités de lecture pour les Chambériens et une vingtaine de lieux de lecture pour les autres (Rhône-Alpes, Italie, Belgique), ont lu les 190 premiers romans parus cette année. Au sortir de cette aventure de lecture, seuls 14 premiers romans et écrivains sont élus, sans classement ni prix. Et puis l’année est ponctuée de forums de lecture où tous les comités et lieux viennent expliquer leurs faveurs, faire connaître leurs préférés. C’est un Festival de lecteurs, les élus sont ceux des lecteurs, l’association est présidée par des lecteurs, les rencontres sont celles des lecteurs. Chambéry, ce n’est ni un Festival où les auteurs sont derrière un stand à faire des dédicaces à des anonymes silencieux, ni un Festival où les écrivains se cachent derrière leur micro, n’osent se démasquer devant une salle pleine à craquer.

Ici, les rencontres ont lieux dans des collèges, des lycées, des hôpitaux, des bibliothèques, souvent le public mélange jeunes lecteurs et plus anciens. Dans la convivialité et la chaleur d’un café, les écrivains se dévoilent, les romans s’entrouvrent, le plaisir se partage, entre auteurs et lecteurs. La parole de chacun est respectée car les goûts sont pluriels mais les débats sont souvent animés et contradictoires. On discute du rythme de la narration, de l’originalité des sujets, du style choisi, des défauts d’un premier roman, ou alors du livre « coup de cœur » dont l’attrait reste inexplicable, en tout cas, on discute autour du roman, et c’est bien là la richesse de ces rencontres : faire la fête du roman, du premier roman. Il y a certainement, à Chambéry, un creuset authentique et modeste pour une nouvelle façon de discuter de la littérature aujourd’hui, loin des salons mondains.

Le Festival qui approche, c’est la fin d’une attente et d’un suspens, c’est aussi la concrétisation des lectures menées durant l’année, les écrivains seront là, différents de ce qu’on a imaginé, ils décevront ou susciteront un intérêt insoupçonné à la lecture. Mettre un visage et une parole sur un livre, c’est forcément redécouvrir le roman.

La sélection
La sélection de cette année se caractérise encore une fois par sa diversité et sa richesse, mais ce qui étonne surtout, c’est que les lecteurs ont, contrairement aux sélections passées, repoussé les premiers romans à consonance autobiographique. L’introspection psychologique, le récit d’enfance, l’initiation de l’adolescence, thèmes chers aux premiers romans, n’ont pas été choisis. Ras-le-bol des lecteurs face à une production de premiers romans toujours plus importante et souvent intimiste ? Qui sait, c’est aussi l’intérêt des rencontres de Chambéry de découvrir de jeunes auteurs pas encore reconnus, pleins de promesses et de talents.

Le cru 2003 se compose donc de 14 élus, tous quasiment issus de maisons d’édition différentes : Pascal Campin, La république selon Malik (Ed. Paris-Méditérannée), Maxime Chattam, L’âme du mal (Ed. M. Lafon), Sylvie Desilles, De deux choses l’une (Ed. Baleine), David Foenkinos, Inversion de l’idiotie (Gallimard), Valentine Goby, La note sensible (Gallimard), Anne Goscini, Le bureau des solitudes (Grasset), Catherine Laurent, Les criants (Le Seuil), Pierrick Le Noane, L’enfant du 8 mai chausse du 45 (Terre de Brume), Diane Meur, La vie de Mardochée de Löwenfels, écrite par lui-même (Ed. Sabine Wespieser), Anne Parlange, Le souffle du minotaure (Buchet-Chastel), Jérôme Pellisier, Les insensés (Joëlle Losfeld) et Ludovic Roubaudi, Les baltringues (Le Dilettante).

A ceux-ci, ajoutons Stéphane Heaume pour Le clos Lothar (Zulma) et Arezki Mellal, avec Maintenant, ils peuvent venir (Actes Sud), qui nous ont particulièrement touchés. Alors que Stéphane Heaume, jeune romancier né en 1971, plonge le lecteur dans un univers orwellien où les écrivains sont privés d’encre et les artistes mis à l’index, Arezki Mellal dépeint la tragédie de l’Algérie opprimée par les terroristes islamistes, dans une fresque marquée par la barbarie et la poésie de la méditerranée.

Cette année, le Festival s’ouvrira le mercredi 14 mai par une soirée consacrée à Philippe Claudel, parrain (celui qui guide, qui accompagne, qui fait le lien) du Festival et auteur d’un premier roman remarqué, Meuse l’oubli, en 1999. Après Martin Winckler, Yves Bichet et Kossi Efoui, tous trois élus en leur temps pour leur premier roman, Philippe Claudel donnera un nouveau ton à la 16ème édition du Festival ; à l’affiche aussi de cette première soirée, Alberto Manguel.
Les 14 auteurs choisis arriveront le jeudi 15 mai, et la soirée leur sera consacrée. C’est le lancement du Festival : tous les auteurs sont là, réunis, dans la salle du Manège de Chambéry. Dès le jeudi, des rencontres ont lieu dans toute la ville. Trois journées intégrales où l’on peut découvrir qui sont les jeunes romanciers d’aujourd’hui. Le Festival se clôture le samedi aux Charmettes, sorte de clin d’œil à Jean-Jacques Rousseau, puisque c'est dans cette maison, où il passa sa jeunesse, que l'on célèbre les heureux 14 écrivains élus au Festival du Premier Roman de Chambéry.

David Piovesan
(2 mai 2003)

Toutes les rencontres et manifestations proposées dans ce programme sont ouvertes gratuitement à tous en tous lieux.
Tél : 04 79 70 68 40

Renseignements avant le 14 mai 2003 :
Festival du premier roman, 237, Carré Curial, Chambéry
Tél : 04 79 60 04 48

Pour contacter l’association du premier roman et se procurer le programme du Festival 2003 : p.roman@mairie-chambery.fr

http://www.mairie-chambery.fr

http://www.manuscrit.com/Edito/invites/Pages/MaiRoman_Chambery01.asp