Le premier
roman fait son festival
« A
Chambéry, on ne décerne pas de prix. Les auteurs ont
tous également été appréciés
et c’est à ce titre qu’ils sont invités
pour rencontrer leurs lecteurs […] Ce sont les lecteurs et
eux seuls qui, en comités ou en cercles, décident
du choix des quatorze écrivains avec qui ils désirent
dialoguer ». C’est de ce fonctionnement particulier
que le Festival du Premier Roman de Chambéry tire toute son
originalité et sa richesse. Et ce depuis 16 années.
L’originalité d’un véritable jury de lecteurs,
sans aucune influence des grandes maisons d’édition,
des libraires ou de la presse spécialisée, mérite
d’être soulignée tant, dans le monde du livre,
les prix, récompenses et autres fêtes du livre sont
plutôt fondés sur le principe du jury de spécialistes,
que ceux-ci soient écrivains, critiques ou journalistes.
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Fondé
à l’initiative d’un enseignant désireux
de faire partager sa passion littéraire à ces
élèves, le Festival n’a pas cessé,
depuis, d’accueillir des auteurs de premiers romans.
Le Festival permettait alors à ces jeunes écrivains
de rencontrer leurs lecteurs, d’échanger, de
partager, d’être ensemble autour d’une même
passion : le livre. C’était au temps où
seulement 60 premiers romans sortaient par an. C’était
au temps où les médias n’étaient
pas ce qu’ils sont aujourd’hui. Pourtant, même
si certains des auteurs qui viennent à Chambéry
ont déjà fait l’objet de l’attention
des médias (on pense par exemple à Maxence Fermine
pour Neige, à Laurent
Mauvignier pour Loin d’eux en 2000, ou
encore Pascale Roze pour Le chasseur zéro
en 1997), le Festival conserve toute sa fraîcheur et
sort du conformisme littéraire ambiant. |
Pourquoi ? Les
quatre jours du Festival reposent en fait sur une année de
lectures. Les lecteurs, rassemblés dans une trentaine de
comités de lecture pour les Chambériens et une vingtaine
de lieux de lecture pour les autres (Rhône-Alpes, Italie,
Belgique), ont lu les 190 premiers romans parus cette année.
Au sortir de cette aventure de lecture, seuls 14 premiers romans
et écrivains sont élus, sans classement ni prix. Et
puis l’année est ponctuée de forums de lecture
où tous les comités et lieux viennent expliquer leurs
faveurs, faire connaître leurs préférés.
C’est un Festival de lecteurs, les élus sont ceux des
lecteurs, l’association est présidée par des
lecteurs, les rencontres sont celles des lecteurs. Chambéry,
ce n’est ni un Festival où les auteurs sont derrière
un stand à faire des dédicaces à des anonymes
silencieux, ni un Festival où les écrivains se cachent
derrière leur micro, n’osent se démasquer devant
une salle pleine à craquer.
Ici, les rencontres ont lieux dans des collèges, des
lycées, des hôpitaux, des bibliothèques,
souvent le public mélange jeunes lecteurs et plus anciens.
Dans la convivialité et la chaleur d’un café,
les écrivains se dévoilent, les romans s’entrouvrent,
le plaisir se partage, entre auteurs et lecteurs. La parole
de chacun est respectée car les goûts sont pluriels
mais les débats sont souvent animés et contradictoires.
On discute du rythme de la narration, de l’originalité
des sujets, du style choisi, des défauts d’un
premier roman, ou alors du livre « coup de cœur
» dont l’attrait reste inexplicable, en tout cas,
on discute autour du roman, et c’est bien là
la richesse de ces rencontres : faire la fête du roman,
du premier roman. Il y a certainement, à Chambéry,
un creuset authentique et modeste pour une nouvelle façon
de discuter de la littérature aujourd’hui, loin
des salons mondains.
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Le Festival
qui approche, c’est la fin d’une attente et d’un
suspens, c’est aussi la concrétisation des lectures
menées durant l’année, les écrivains
seront là, différents de ce qu’on a imaginé,
ils décevront ou susciteront un intérêt insoupçonné
à la lecture. Mettre un visage et une parole sur un livre,
c’est forcément redécouvrir le roman.
La sélection
La sélection de cette année se caractérise
encore une fois par sa diversité et sa richesse, mais ce
qui étonne surtout, c’est que les lecteurs ont, contrairement
aux sélections passées, repoussé les premiers
romans à consonance autobiographique. L’introspection
psychologique, le récit d’enfance, l’initiation
de l’adolescence, thèmes chers aux premiers romans,
n’ont pas été choisis. Ras-le-bol des lecteurs
face à une production de premiers romans toujours plus importante
et souvent intimiste ? Qui sait, c’est aussi l’intérêt
des rencontres de Chambéry de découvrir de jeunes
auteurs pas encore reconnus, pleins de promesses et de talents.
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Le
cru 2003 se compose donc de 14 élus, tous quasiment
issus de maisons d’édition différentes
: Pascal Campin,
La république selon Malik (Ed. Paris-Méditérannée),
Maxime Chattam,
L’âme du mal (Ed. M. Lafon),
Sylvie Desilles, De
deux choses l’une (Ed. Baleine), David
Foenkinos, Inversion de l’idiotie
(Gallimard), Valentine Goby,
La note sensible (Gallimard), Anne
Goscini, Le bureau des solitudes
(Grasset), Catherine Laurent,
Les criants (Le Seuil), Pierrick
Le Noane, L’enfant du 8 mai chausse
du 45 (Terre de Brume), Diane
Meur, La vie de Mardochée de Löwenfels,
écrite par lui-même (Ed. Sabine Wespieser),
Anne Parlange,
Le souffle du minotaure (Buchet-Chastel),
Jérôme Pellisier,
Les insensés (Joëlle Losfeld) et Ludovic
Roubaudi, Les baltringues (Le Dilettante). |
A ceux-ci, ajoutons
Stéphane Heaume
pour Le clos Lothar (Zulma) et Arezki
Mellal, avec Maintenant, ils peuvent venir
(Actes Sud), qui nous ont particulièrement touchés.
Alors que Stéphane Heaume, jeune romancier né en 1971,
plonge le lecteur dans un univers orwellien où les écrivains
sont privés d’encre et les artistes mis à l’index,
Arezki Mellal dépeint la tragédie de l’Algérie
opprimée par les terroristes islamistes, dans une fresque
marquée par la barbarie et la poésie de la méditerranée.
Cette année,
le Festival s’ouvrira le mercredi 14 mai par une soirée
consacrée à Philippe Claudel, parrain
(celui qui guide, qui accompagne, qui fait le lien) du Festival
et auteur d’un premier roman remarqué, Meuse l’oubli,
en 1999. Après Martin Winckler, Yves Bichet et Kossi Efoui,
tous trois élus en leur temps pour leur premier roman, Philippe
Claudel donnera un nouveau ton à la 16ème édition
du Festival ; à l’affiche aussi de cette première
soirée, Alberto Manguel.
Les 14 auteurs choisis arriveront le jeudi 15 mai, et la soirée
leur sera consacrée. C’est le lancement du Festival
: tous les auteurs sont là, réunis, dans la salle
du Manège de Chambéry. Dès le jeudi, des rencontres
ont lieu dans toute la ville. Trois journées intégrales
où l’on peut découvrir qui sont les jeunes romanciers
d’aujourd’hui. Le Festival se clôture le samedi
aux Charmettes, sorte de clin d’œil à Jean-Jacques
Rousseau, puisque c'est dans cette maison, où il passa sa
jeunesse, que l'on célèbre les heureux 14 écrivains
élus au Festival du Premier Roman de Chambéry.
David
Piovesan
(2 mai 2003)

Toutes les rencontres
et manifestations proposées dans ce programme sont ouvertes
gratuitement à tous en tous lieux.
Tél : 04 79 70 68 40
Renseignements
avant le 14 mai 2003 :
Festival du premier roman, 237, Carré Curial, Chambéry
Tél : 04 79 60 04 48
Pour contacter l’association
du premier roman et se procurer le programme du Festival 2003 :
p.roman@mairie-chambery.fr
http://www.mairie-chambery.fr
http://www.manuscrit.com/Edito/invites/Pages/MaiRoman_Chambery01.asp
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