Anne Parillaud dans Deadlines

Il y a tout ce que voulez / Aux Champs-Ely-sées!

Avec plus de 80 films projetés en huit jours sur les Champs-Elysées (au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit !), le festival du film de Paris a joué la carte de la grande variété, tel Joe Dassin en son temps ! A l’ombre médiatique de la Passion du Christ, dernier coup de matraque de Hollywood, les projections d’œuvres diverses, souvent en quête de distributeurs, se sont enchaînées du 29 mars au 6 avril, dans un seul mais vaste cinéma des Champs. Au programme du « cinévore », une salade composée des longs métrages issus des cinq continents, mais aussi d’une sélection de courts, de quelques séances pour enfants, d’une soirée sénégalaise et de reprises en hommage à des piliers du cinéma français (entre autres, les metteurs en scène Jean-Marie Poiré et Catherine Breillat, ainsi que le producteur Alain Sarde). Gros plan sur les principales sections du festival, à savoir la compétition officielle et le Prix du Cercle de la Presse, pour revisiter les thèmes de l’incitation au voyage et de l’esprit communautaire.

films chroniqués

Le jury sous hypnose

Au palmarès du XIXe festival du film de Paris, Hypnotic, de Nick Willing, a frappé par trois fois. Il remporte le Grand Prix (Arc d’Or) et le prix de la meilleure bande originale, tandis que son acteur principal Goran Vijsnic est désigné meilleur interprète masculin.
Hollow City, de Maria Joao Ganga, s’adjuge le Prix Spécial du Jury.
Ex æquo, Anne Parillaud, dans Deadlines, et Yu Nan, dans Jing Zhe, se partagent le Prix d’Interprétation Féminine.
Une mention spéciale du jury du Prix de la Bande Originale de Film revient à Old, New, Borrowed and Blue, de Natasha Arthy.
La Caméra de Bois, de Ntshavheni Wa Luruli, est distingué en tant que film à la meilleure photo.
Gaz Bar Blues, de Louis Bélanger, empoche le Prix du Cercle de la Presse, Pas Sages, de Lorraine Groleau, le Prix Jeunes Clap d’Or, L’Adoption, d’Alain-Paul Mallard, le Prix du Public, et Les Yeux Secs, de Narjiss Nejjar, le Prix de la Francophonie.
Enfin, le prix du roman le mieux adaptable est allé au 31 du mois d’août de Laurence Cossé (Gallimard).

Tomorrow’s Weather

«La vie n’est pas ce que l’on a vécu, mais ce que l’on en retient», observe justement un Polonais rondouillard, perplexe à la redécouverte de son pays après 17 ans cloîtré dans un monastère. Jerzy Stuhr, auteur, metteur en scène et premier rôle du brillant Tomorrow’s Weather, signe pour son cinquième long métrage une comédie populaire d’une intelligence fine et drôle. Chronique familiale décapante, état des lieux lumineux de la transition du communisme au capitalisme, le film reprend le canevas, l’émotion et la justesse du regard individuel sur la société de L’Homme sans passé, d’Aki Kaurismaki, mais en plus contemplatif et en plus léger.
La succession de scènes comiques d’un humour noir onctueux s’interrompt parfois pour suivre les promenades du brave Candide sur le noble parcours du miséreux. De l’hôpital au commissariat, puis au centre d’accueil, une balade digne et empruntée face à l’étrangeté du temps qui passe. De rires malins en sourires émus, le spectateur accompagne Jerzy Stuhr (ancien acteur pour Kieslowski), en bon compère de la traversée d’une époque.

Comédie gonflée à l’hélium

Autre voyage d’un homme simple poussé à reconstruire son petit monde dans Danny Deckchair, le délicieux premier long métrage de Jeff Balsmeyer, ou comment un ouvrier banlieusard australien quitte la morosité ambiante par la voie des airs, au moyen d’une chaise de jardin attachée à des ballons d’hélium. Aidé par ses amis, Danny (Rhys Ifans, le colocataire nigaud de Hugh Grant dans Coup de foudre à Notting Hill) décolle au milieu d’un barbecue estival typique (bières décapsulées au bord de la piscine en kit, télévision plantée dans la pelouse pour regarder du rugby national) et au nez de Trudy, sa petite amie, agente immobilière plutôt casse-pieds.

Danny Deckchair

La séquence la plus savoureuse du festival offre cette vision aussi nette qu’ahurissante d’un héros, sympa comme le «Big Lebowski» des frères Coen, volant à travers les gratte-ciel de Sydney, assis dans un rêve éveillé.Ce superbe hommage au cinéma ne contient pas tout l’intérêt d’un film garni de rebondissements et de supercheries divertissants (atterrissage au-delà du désert dans une bourgade champêtre accueillante, l’occasion de se bâtir une autre existence, plutôt fleur bleue). Du générique alerte (et un gag coulé dans le béton!) jusqu’au final largué pour la blague, nulle place à l’ennui, bien que le tout ne cultive guère les rares ambiguïtés (sentimentales) soulevées par une intrigue si gonflée.
Ainsi, le cœur de Trudy, tombée dans les bras d’un présentateur sportif dès l’assomption de la mort de Danny, se retourne vite, sans grande explication, et plus d’une fois. Les non-dits (et les textes!) ne semblent guère compter face au plaisir de suivre des personnages sans profondeur, attirés vers le haut, en quête gentillette d’affranchissement.

Au pays des chansons de Roberto Carlos

En fait de périple, Marchant sur les nuages se pose en référence. Inspirée d’une histoire vraie (comme Danny Deckchair!), cette première fiction longue du documentariste Vincente Amorim relate la longue errance d’une pauvre famille nombreuse brésilienne partie sur les routes du Nordeste… à bicyclette ! Dans des paysages somptueux, filmés sans esthétiser, cette odyssée sud-américaine séduit par sa sincérité attachante. Impossible d’oublier ni les chansons déchirantes de Roberto Carlos reprises par la belle Claudia Abreu (radieuse en mère à l’optimisme bouleversant), ni les visages endurcis mais toujours souriants de ses enfants. A travers une chronique familiale marquée par la confrontation du père avec son fils aîné, la bonté aveugle du peuple brésilien éclate entre le chômage endémique et l’espérance catholique, entre l’adolescence chaotique et la gravité de l’âge adulte. Si loin de son plein développement, le Brésil dépeint par Amorim semble rechercher ce passage vers l’âge adulte.
D’une perspective sud-africaine, l’enfance est aussi emmêlée dans le rêve de s’en sortir. La Caméra de bois, de Ntshavheni Wa Luruli, déroule une histoire classique du film pour enfants. Madiba et Sipho, deux jeunes d’un ghetto du Cap, mettent la main sur une valise abandonnée (pendue au poignet d’un cadavre!). A l’intérieur, un pistolet pour l’un, un caméscope pour l’autre, et à chacun son moyen d’évasion du dédale de tôles qui encadre sa vie. Sensible, réaliste (mais aussi attentionné envers son jeune public), le conte de Wa Luruli ne tient nulle misère pour acquis. Il responsabilise le spectateur et saisit très bien, au passage, la beauté sauvage de la cité sud-africaine. A sa décharge, le film sombre dans le manichéisme dans sa dénonciation de l’apartheid.

L’enfant est un petit homme

Oeuvre pour enfants moins infantile, Hollow City suit également l’itinéraire d’un garçon perdu dans la ville, à Luanda cette fois. Soutenu par de superbes images signées Jacques Besse, caressé par le saxo de Manu Dibango, ce magnifique premier film, très bien écrit, laisse rêveur devant des plans épurés, composés avec un soin remarquable. Ancienne assistante du grand cinéaste malien Abderrahmane Sissakho, Maria Joao Ganga a l’art de montrer l’enfant en tant que petit homme. Ainsi, au jeune N’dala, paisible orphelin échappé de la campagne angolaise, s’ouvre la vie de Luanda, de jour (l’école, le théâtre, la domesticité) comme de nuit (les danses, la prostitution, le cinéma). Seulement la capitale vit aussi au rythme du couvre-feu, «quand la ville se vide» (titre original du film). Et à ces heures perdues, N’dala le philosophe n’échappe pas au crime généralisé.


Yu Nan dans Jing Zhe
Tout aussi impitoyable, le destin d’Ermei, paysanne du Nord de la Chine, en vient, finalement, au même rêve d’émancipation (Jing Zhe). Mobile, par exemple lors d’une course à travers un marché, et précise, dans le rendu du quotidien d’une ferme, la caméra de Wang Quanan ne s’éloigne guère de Yu Nan, à grande raison. L’actrice, vedette en son pays, se donne corps et âme au film, comme Ermei se livre au combat contre la domination masculine, la pauvreté et la rudesse hivernale.

Comme un bon papier de sous les bombes!

En toute logique, Yu Nan a remporté le Prix d’Interprétation Féminine du festival (lire le palmarès en encadré), ex aequo avec Anne Parillaud. Avec ce nouveau succès dans sa ville natale, la Parisienne revient en force, 14 ans après le César indiscutable de la meilleure actrice pour Nikita, de Luc Besson… Photographe de guerre passionnée dans le trépidant Deadlines, Anne Parillaud démontre, à l’écran et tout en subtilité, le commun aux métiers de comédienne, de prostituée et de journaliste. Mis en scène par deux anciens briscards de l’info, documentariste pour la BBC pour l’un et correspondant de guerre au Liban pour l’autre, Deadlines raconte, avec un admirable souci du détail, les tribulations d’un reporter à Beyrouth, au début des années 80. Sur les traces d’Alex Randall (stoïque Stephen Moyer), se révèlent l’ambiance des grands hôtels moites, le jargon des salles de presse narquoises ou furibardes, les techniques professionnelles sur le terrain, le claquement du fil d’agence déchiré… Concis, clair et bourré de vécu, comme un bon papier de sous les bombes mais la fiction en plus ! En effet, l’histoire, simple mais efficace, démarre au quart de route, au rythme réaliste d’un jeune effronté parti couvrir le Liban sur un coup de tête, à l’audace. En plongée dans un pays du Cèdre en guerre reconstitué de manière confondante en Tunisie, le style proche du carnet de route rappelle d’abord Alan Parker. Puis le film s’enfonce un peu dans un sujet difficile, la manipulation, opposé au devoir d’indépendance des reporters. De fait, Deadlines trouve dans le jeu expert d’Anne Parillaud sa meilleure source de crédibilité. Véridique, dopé à l’adrénaline, de quoi encourager plus d’une vocation journalistique !

Bérénice Bejo, ange de la mort

Parmi les actrices les plus talentueuses, le festival a aussi confirmé le charme fou de Bérénice Bejo (Meilleur Espoir féminin, de Gérard Jugnot, en 1999), sublime ange de la mort dans Le Grand Rôle, de Steve Suissa, un film de copains chargé de mélo. Tirée du roman éponyme de Daniel Goldenberg, l’histoire ramène Stéphane Freiss à un rôle de jeune premier, dans la peau d’un comédien méconnu très amoureux de sa femme Perla (Bérénice Bejo). Régulièrement secoué par son agent (François Berléand et ses bons coups de gueule), Freiss traîne les castings avec sa bande de copains confrères, jusqu’à l’arrivée à Paris d’un prestigieux metteur en scène hollywoodien (Peter Coyote, sosie de Steven Spielberg comme en souvenir d'E.T.) à la recherche de nouvelles têtes pour sa prochaine production. Sur cette comédie de potes bien emmenée, avec l’excellent Rufus en second rôle, affleurent quelques notes de piano annonciatrices d’une bombe mélodramatique…


Le Grand Rôle
Frappé net par un coup dur de la vie, le comédien raté trouve dans le malheur son grand rôle tant attendu, imaginaire, mais effectif. Il s’agit de jouer l’acteur à succès pour sa bien-aimée afin de ne pas la décevoir. Au revoir l’univers comique juif proche de Ma femme est une actrice (d’Yvan Attal) ! Le Grand Rôle se tourne vers l’humour poignant de La Vie est Belle de Roberto Benigni. Au final, Steve Suissa gagne sur les deux tableaux, émouvant et amusant. Succès en salles prévu pour cet automne (sortie nationale le 13 octobre).

De même, un gros mensonge sous-tend la comédie dramatique ébouriffante Old, New, Borrowed and Blue. Réalisé d’après le dogme naturaliste de l’immense Lars von Trier, ce film danois suit la folle journée de Katrine, à la veille de son mariage. La visite de Thomsen, vieil ami de retour du Kenya (brillant Bjorn Kjellman) se double, pour elle, d’une terrible nouvelle, toute intériorisée. Monstrueuse de maladresse, Katrine garde en secret le malheur des autres.


Old, New, Borrowed and Blue

Autant de grenades dramatiques dégoupillées par la metteuse en scène Natasha Arthy avec un joyeux sens de la provocation (les scènes de beuverie et de trip acide sont très réussies!). Au bout du compte, les gaffes répétées de Katrine ne mettent que sa vie sens dessus dessous, sans dommages collatéraux pour les gens directement concernés. Audacieux, le film rappelle, dans l’art du chaud-froid, l’ingénieux Festen de Thomas Vinterberg.

Dans les vieux pots du fantastique, une sauce terrifiante

A la révélation nordique Bjorn Kjellman, le jury du Prix d’Interprétation Masculine a préféré une valeur sûre, adoubée par Hollywood. Goran Visjnic, le médecin séducteur remplaçant de George Clooney dans la série Urgences, promène son regard de braise et sa coiffe impeccable dans le stupéfiant Hypnotic. Dans une nouvelle mise en scène de qualité, sept ans après Forever (Photographing Fairies), l’Anglais Nick Willing cuisine une sauce terrifiante dans les vieux pots du fantastique. L’horreur surgit dans le quotidien ordinaire de Michael Strother (solide Visjnic), hypnotiseur américain exilé à Londres après avoir causé un tragique accident à un patient (convaincu de son invincibilité !). Depuis ce faux-pas, le praticien ne soigne plus que des désespérés de la cigarette. Mais son pouvoir extralucide ne le quitte pas, notamment lors d’une séance avec Janet Losey, une femme flic (jouée tant bien que mal par Shirley Henderson) lancée sur la piste d’un tueur en série et intéressée par les talents originaux de Strother pour mener à bien son enquête. Magistrales scènes d’hypnose, séquences de rêves gorgées de numérique douteux, sympathiques plongées dans l’ésotérisme de carton-pâte et en particulier dans un univers graphique calqué sur la pochette de La Dernière Tentation d’Alice Cooper, le tout est bouclé dans un joli tour de train fantôme, respectueux des règles de l’art, et tiré d’un roman Doctor Sleep (Penguin, 1991), de Madison Smartt Bell. Sortie nationale le 5 mai prochain, auréolée de l’«Arc d’Or» du festival du film de Paris, après le Méliès d’Argent 2003 du meilleur film fantastique européen.


Comment chacun se crée son monde

Sans rien enlever à Goran Visjnic, le meilleur travail d’acteur présenté à Paris se trouve plutôt chez Michael Pitt (23 ans et une carrière déjà étoilée de tournages avec les titans Bertolucci, M. Night Shyahmalan et Gus Van Sant). Sur les traces de Johnny Depp (dans Benny et Joon) et de Leonardo DiCaprio (dans Gilbert Grape), le jeune Américain interprète, dans Rhinoceros Eyes, un bel idiot, gentil et naïf, l’accessoiriste, très dévoué et très amoureux, d’une décoratrice.


Rhinoceros Eyes

Peuplé de personnages étranges, couvert de lumières bien léchées, ce premier long métrage d’Aaron Woodley, sous forme d’hommage joueur au fantastique de série B, effleure un thème intéressant : comment chacun se crée son monde (en particulier à travers le cinéma). Toutefois Rhinoceros Eyes laisse un arrière-goût de personnages pas assez approfondis. Un travers typique d’un film nord-américain ? Gaz Bar Blues déchire le cliché. Dans ce solide film québécois de gars, concentré sur l’envers du décor d’une station-service, l’action s’appuie sur des fondements personnels, soigneusement couchés sur le papier par le scénariste et metteur en scène Louis Bélanger.

L’esprit communautaire en Nouvelle-Zélande

Au contraire du très stylé Rhinoceros Eyes, le néo-zélandais For Good souffre d’un manque de trouvailles visuelles et d’un surplus d’écriture. Sans doute trop collé à sa source théâtrale (une pièce intitulée «Portraits»), il donne envie d’une réadaptation pour les planches, avec vidéo ! Lisa, jeune femme marquée par un fait divers survenu dans sa communauté, dans son enfance, se fait passer pour journaliste dans le but de s’entretenir, en prison, avec un assassin. En cellule, elle interroge en fait le meurtrier de son amie d’enfance. Dans ces entrevues, le lien, évoqué, entre la victime et le bourreau se renoue, se transforme et la tragédie remonte petit à petit à la surface civile, dans les mémoires, sur les lieux du crime… Densifiée par la mise en scène originale de Stuart McKenzie, la quête intérieure de Lisa monte en puissance, alors que le propre traumatisme de la jeune femme semble se réaliser. Tendu vers un violent climax, For Good rend bien compte de l’esprit communautaire anglo-saxon, peut-être accentué par l’insularité néo-zélandaise… A l’inverse, le film israélien anglais Shem, une promenade baroque moderne à travers l’Europe, table, lui, sur l’appartenance aux communautés juive et homosexuelle. En dehors des sentiers battus, la metteuse en scène Caroline Roboh ne manque ni de hardiesse, ni du goût de l’aventure pour élaborer ce qui ressemble à une version techno-«Europass» du mythe du juif errant… La curiosité de la sélection du Cercle de la Presse!

Tous ces films en attente d’une exploitation en France en dehors des festivals en évoquent donc fatalement d’autres, plus établis. Engorgés entre production et exploitation, ils souffrent du jeu facile de la comparaison avec de glorieux aînés. Ainsi Happy Hour, du New-Yorkais Mike Bencivenga, le journal pâlot d’un publiciste alcoolique consumé par son vice jusqu’à la mort dans les bras d’un amour découvert trop tard, renvoie à Leaving Las Vegas, le poème inspiré de Mike Figgis, porté par les interprétations de Nicolas Cage et Elisabeth Shue. Comme trop écrit, le film de Bencivenga (dramaturge avant de passer cinéaste) se complaît dans la narration de la déchéance à la première personne du singulier.

Happy Hour

Mais, à l’agonie, le pilier de bar demande à son collègue et meilleur ami (Eric Stoltz, le type british propret du cinéma de genre américain) de conclure son roman posthume par la rédaction de la «scène de la mort». Le lourd pathos autobiographique est donc transféré à un sobre second rôle et le terne Happy Hour s’ouvre enfin vers la lumière, dans la mort. Mieux vaut tard que jamais.

Tourne-t-on trop de films en France?

Avant de prendre l’affiche à travers le pays, telle œuvre ou telle autre présentée au festival en avant-première doit d’abord prendre patience, bloquée dans un long embouteillage. A cette conclusion, est arrivé un colloque matinal intitulé «Tourne-t-on trop de films en France ?». Cette question judicieuse n’est guère restée en suspens, en dépit du constat initial de l’encombrement du marché par le réalisateur Bertrand Tavernier (la télévision française refuse de diffuser aux heures de grande écoute ce qu’elle produit pourtant au prix fort, une poignée de films squattent les écrans aux Grands-Boulevards). Trop de films tournés en France, ou pas assez ? Les producteurs invités à débattre en veulent plus, pour davantage de diversité (mais quelles différences?), pour se rapprocher du niveau de consommation aux Etats-Unis («on a de la marge!») et, selon Tavernier, pour asseoir le rôle culturel dominant de la France (en tant que producteur et qu’exploitant) dans le monde. Par conséquent, rien n’arrête la politique industrielle apparemment lancée sur le long terme, pour tant de DVD, tant de diffusions télé en catimini, tant de parcours du combattant cinéphile… Mais à force de klaxonner dans le bouchon, à force de chercher le regard d’un public perdu parmi les supports, la rencontre, tant attendue, du film avec les spectateurs risque de se réduire à un péage.

François Cavaillès
(avril 2004)

François Cavaillès est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada), il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est et étudie le thaï à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris.

 

 

 

films chroniqués

Tomorrow’s Weather de Jerzy Stuhr
Danny Deckchair de Jeff Balsmeyer
Marchant sur les nuages de Vincente Amorim
La Caméra de bois de Ntshavheni Wa Luruli
Hollow City de Maria Joao Ganga
Jing Zhe de Wang Quanan
Deadlines de Ludi Boeken
Le Grand Rôle de Steve Suissa
Old, New, Borrowed and Blue de Natasha Arthy
Hypnotic de Nick Willing
Rhinoceros Eyes de Aaron Woodley
For Good de Stuart McKenzie
Happy Hour, du New-Yorkais Mike Bencivenga
Shem de Caroline Roboh
Gaz-Bar Blues de Louis Bélanger

www.festivaldufilmdeparis.com