de Thomas Vinterberg et Mogens Roukov
Mise en scène H7 (Grzegorz Jarzyna)
Pologne
Première en France

Durée : 2 h 30

Festival d'Avignon 2002

 

Charte établie par un groupement de cinéastes indépendants venus du Nord, le dogme visait à créer un nouveau courant cinématographique délesté des contraintes techniques habituelles. Tourné en numérique, caméra à l'épaule et en lumière naturelle, Festen, réalisé par Thomas Vinterberg, décontenançait par son habileté à susciter le malaise. Images grisées par les beuveries du banquet, mise en scène brutale, comédiens sortant du champ à tout instant étaient à l'origine de la surprise du festival de Cannes 1998.
Aujourd'hui, personne ne s'étonnera que le dogme déshabille le cinéma de sa luxueuse parure et enfante illégitimement d'une pièce de théâtre. Le scénario est désormais bien connu et Grzegorz Jarzyna, élève puis assistant de Krystian Lupa, relève le défi de s'emparer du film du Danois pour l'adapter au festival d'Avignon. Son travail, que l'on a pu découvrir en 2000 avec Yvonne, princesse de Bourgogne de son compatriote Witold Gombrowicz et L'Idiot de Fédor Dostoïevski se nourrissait jusqu'alors de ses pérégrinations scéniques en compagnie de Peter Brook et de Jerzy Grotowski. Ici, il prend un tour nouveau. Drame en filigrane, Festen, l'inceste en point de mire, contenait dans sa genèse tous les éléments d'une tragédie œcuménique : l'action se déroule en vingt-quatre heures, prend sa source dans une famille en pleine déliquescence, névrosée jusqu'à l'os, et ce, dans un cadre bien déterminé, la famille s'étant réunie à la campagne pour fêter le soixantième anniversaire du père jusqu'alors connu pour être un respectable pasteur. Les corps dénudés et les mouvements de caméra désordonnés de Vinterberg ne prennent que peu de place sur le plateau et Jarzyna de privilégier l'atmosphère de cet éprouvant huis-clos et de coller à la trame du film.

Festen, la pièce, dégage les effluves d'une rédemption attendue et converge vers l'ivresse sans pour autant transporter le spectateur. La mise en scène de Grzegorz Jarzyna s'avère habile, honnête mais sans génie, du moins, comparé au film. Servis par des comédiens irréprochables mais en dessous de la distribution du film, Jarzyna et son Festen s'en sortent honorablement, restituant avec fidélité les forces du film. Cependant, il s'accorde si peu de liberté que l'on se demande pourquoi le Polonais a préféré adapter Festen que de se lancer dans une véritable création. Toujours est-il que la vraie question serait peut-être plutôt de savoir s'il est possible et judicieux d'adapter un film sur les planches… Rien n'est moins sûr.

Philippe Beer-Gabel
(juillet 2002)

Avec Jan Peszek, Ewa Dalkowska, Andrzej Chyra, Marek Kalita, Danuta Stenka, Aleksandra Konieczna, Bronislaw Pawlik, Danuta Szaflarska, Chrystian Emany, Magdalena Cielecka, Aleksandra Poplawska, Wojciech Kalarus, Waldemar Obloza, Lech Lotocki, Mariusz Benoit, Magdalena Kuta, Stanislaw Sparazynski, Marek Kempinski, Tomasz Borkowski, Franciszek Wardynski, Julia Przebierala, Adam Marszalik ; musicien : Marci
Adaptation de Bo hr. Hansen
Traduction de Elzbieta Fratczak-Nowotny
Adaptation musicale H7 ; Chorégraphie : Iwona Olszowska

 

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http://www.theatre-contemporain.net/tv/index.php3

http://www.fluctuat.net/cinema/paris99/chroniq/festen.htm