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Musée
des Beaux-Arts de Lyon
20 place des Terreaux 69001 Lyon
Tél. 04 72 10 17 40
(Ouvert
tous les jours sauf le mardi, de 10 à18h00 - Le vendredi
de 10h30 à 20h00)
Léger
de retour au Musée, cinquante ans plus tard...
Fernand Léger,
décédé en août 1955, eut l'honneur de
voir ses oeuvres exposées au Musée des Beaux-Arts
de Lyon cet été-là. De l'abstraction au cubisme,
de l'impressionnisme au néo-réalisme, du géométrique
à la courbe, du mécanique au vivant, l'artiste n'a
cessé de faire évoluer son art, toujours mouvant,
jamais figé (excepté sur la toile), et cette exposition,
qui présente environ une soixantaine de ses œuvres (dont
certaines, comme La botte de navets - don de Mme Léger
- et Les deux femmes au bouquet - un legs de Jacqueline
Delubac - appartiennent au fond du Musée des Beaux-arts de
Lyon), retrace ce parcours atypique de manière chronologique
- un procédé certes classique, permettant cependant
d'apprécier en douceur les nuances des métamorphoses
artistiques contenues dans l’œuvre de Léger.
En dépit
de cette évolution constante, quelques grands invariants
traversent son oeuvre, que l'on retrouve au fil de la visite : les
notions croisées de déconstruction/reconstruction,
la fascination pour le répétitif et le mécanique
- de la machine mais aussi de l'humain ; un objet de recherche que
l'on retrouve dans son film expérimental (diffusé
en boucle sur le mur d'une des salles), Le ballet mécanique,
réalisé avec Man Ray et Dudley Murphy en 1924 : assemblage
d'images déconstruites, qui se succèdent parfois à
une telle vitesse qu'il n'est plus possible de distinguer les objets
les uns des autres ; angles de vue décalés, écran
découpé, morcellé, visages ou détails
déstructurés, montrés/montés à
l'envers... bref, d'amusants jeux d'optique ; toute narration est
absente de cet amalgame que Léger a longtemps retravaillé
et transformé, mais derrière l'incohérence
de surface, se dessine un souci constant, à savoir la captation
du mouvement "mécanique" (que ce soit celui qui
naît d'une rangée de bouteilles à la verticale,
alternant rapidement avec la même rangée filmée
sous un autre angle, ou celui d'une vieille femme montant péniblement
quelques marches, un ballot sur le dos).
En réalité, ce petit film éclaire peut-être
davantage que la plupart des commentaires conventionnels que l'on
peut faire sur sur la peinture de Léger : car c'est à
travers cet artefact (qui réjouira beaucoup les jeunes visiteurs)
que l'on saisit ce que l'artiste peintre souhaite exprimer sur ses
toiles - non pas le mouvement mécanique (la plupart des personnages
ou des objets y sont volontairement figés), mais l'idée
de ce mouvement, l'idée de cette mécanique qui sait
se faire poétique ; c'est du moins ce que l'on ressent en
observant le façonnage des corps, les articulations, la musculature
ou les poitrines : totalement déstructurés (à
l'époque cubiste), puis partiellement morcelés (des
résidus cubistes ?) comme si chaque partie de ces corps,
de ces machines ou de ces paysages était à la fois
indépendante des autres, tout en demeurant indissociable...
L'exposition ne propose que quelques oeuvres de "jeunesse",
de l'ordre de l'expérimental (la plupart ayant été
détruites par Léger ou bien égarées),
puis des toiles des années 1910, plus abouties (Femme
couchée, Les toits de Paris, Le pot à tisane),
marquée par l'influence cubiste. C'est après la première
guerre mondiale que les machines et leurs dérivés
font leur entrée dans sa peinture (Le grand remorqueur)
et peu à peu, c'est au tour du vivant d'y apparaître
(Le déjeuner, La femme au bouquet, etc.). Une oeuvre
en apparence plus accessible - car, dès les années
1930, ouvertement figurative - mais le néo-réalisme
de l'artiste reste toujours très "mécanisé",
les corps formatés et la gestuelle figée. Le peintre
se met cependant davantage à la portée du grand public,
en reconstruisant, à sa façon, quelques grands "mythes",
comme la Joconde aux clés ou Adam et Eve
(dont une autre version, plus colorée, peut être admirée
au Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen de Düsseldorf) ; il s'inspire
aussi du thème du spectacle (le cirque, la danse...) et des
acquis sociaux du citoyen moderne (Les loisirs, La partie de
campagne, entre autres).
D'un point de
vue technique, son rejet de la perspective reflète sa fidélité
à la tradition picturale médiévale : un refus
paradoxal, quand Léger, à travers ses toiles, se fait
le chantre de la représentation de la modernité...
Mais pas si surprenant que cela quand on sait combien le peintre
s'est nourri de peintures traditionnelle et moderne pour mieux les
adapter, les retranscrire par le biais de son imaginaire, et construire
patiemment une oeuvre multiforme mais cohérente dans son
évolution, polychrome et contrastée, souvent joyeuse
et déterminée à mettre l'accent sur la notion
de bonheur. S'y entrechoque une multitude de signifiés et
de symboles, où le signe se fait conséquemment multiple
et la lecture de chaque tableau polysémique à souhait.
Quant à
l'exposition, l'absence d'interactivité (pourtant profitable,
à tout âge), la pénurie d'explications "pédagogiques"
— afin de donner au visiteur lambda quelques clés qu'il
ne possède pas nécessairement — accompagnant
les toiles (hormis un film documentaire, diffusé sur un ...
petit écran de télévision et d'une durée
de... 50 minutes) et l'agencement ultra-conventionnel des œuvres
trahissent un manque d'imagination et de didactisme fréquemment
rencontré dans les musées français... Il reste
que Fernand Léger, en tant qu'artiste véritable (comme
tous les autres avant et après lui, qu'ils soient peintres,
écrivains, musiciens...), n'a cessé "d'emprunter",
puis d'altérer et de transformer à sa guise, laissant
derrière lui un style et une vision uniques, et que l’événement
mérite véritablement le détour…
B.
Longre
(septembre
2004)
Le
musée sera ouvert gratuitement aux couples le jour de la
Saint-Valentin, lors de la journée des femmes (8 mars) ou
encore à l’occasion de la fête des pères
(20 juin).

http://www.mairie-lyon.fr/vdl/sections/fr/evenements/fernand_leger9559/
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