Exposition


au Musée des Beaux-Arts de Lyon
jusqu'au 20 septembre 2004

 

Musée des Beaux-Arts de Lyon
20 place des Terreaux 69001 Lyon
Tél. 04 72 10 17 40

(Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10 à18h00 - Le vendredi de 10h30 à 20h00)

Léger de retour au Musée, cinquante ans plus tard...

Fernand Léger, décédé en août 1955, eut l'honneur de voir ses oeuvres exposées au Musée des Beaux-Arts de Lyon cet été-là. De l'abstraction au cubisme, de l'impressionnisme au néo-réalisme, du géométrique à la courbe, du mécanique au vivant, l'artiste n'a cessé de faire évoluer son art, toujours mouvant, jamais figé (excepté sur la toile), et cette exposition, qui présente environ une soixantaine de ses œuvres (dont certaines, comme La botte de navets - don de Mme Léger - et Les deux femmes au bouquet - un legs de Jacqueline Delubac - appartiennent au fond du Musée des Beaux-arts de Lyon), retrace ce parcours atypique de manière chronologique - un procédé certes classique, permettant cependant d'apprécier en douceur les nuances des métamorphoses artistiques contenues dans l’œuvre de Léger.

En dépit de cette évolution constante, quelques grands invariants traversent son oeuvre, que l'on retrouve au fil de la visite : les notions croisées de déconstruction/reconstruction, la fascination pour le répétitif et le mécanique - de la machine mais aussi de l'humain ; un objet de recherche que l'on retrouve dans son film expérimental (diffusé en boucle sur le mur d'une des salles), Le ballet mécanique, réalisé avec Man Ray et Dudley Murphy en 1924 : assemblage d'images déconstruites, qui se succèdent parfois à une telle vitesse qu'il n'est plus possible de distinguer les objets les uns des autres ; angles de vue décalés, écran découpé, morcellé, visages ou détails déstructurés, montrés/montés à l'envers... bref, d'amusants jeux d'optique ; toute narration est absente de cet amalgame que Léger a longtemps retravaillé et transformé, mais derrière l'incohérence de surface, se dessine un souci constant, à savoir la captation du mouvement "mécanique" (que ce soit celui qui naît d'une rangée de bouteilles à la verticale, alternant rapidement avec la même rangée filmée sous un autre angle, ou celui d'une vieille femme montant péniblement quelques marches, un ballot sur le dos).
En réalité, ce petit film éclaire peut-être davantage que la plupart des commentaires conventionnels que l'on peut faire sur sur la peinture de Léger : car c'est à travers cet artefact (qui réjouira beaucoup les jeunes visiteurs) que l'on saisit ce que l'artiste peintre souhaite exprimer sur ses toiles - non pas le mouvement mécanique (la plupart des personnages ou des objets y sont volontairement figés), mais l'idée de ce mouvement, l'idée de cette mécanique qui sait se faire poétique ; c'est du moins ce que l'on ressent en observant le façonnage des corps, les articulations, la musculature ou les poitrines : totalement déstructurés (à l'époque cubiste), puis partiellement morcelés (des résidus cubistes ?) comme si chaque partie de ces corps, de ces machines ou de ces paysages était à la fois indépendante des autres, tout en demeurant indissociable...
L'exposition ne propose que quelques oeuvres de "jeunesse", de l'ordre de l'expérimental (la plupart ayant été détruites par Léger ou bien égarées), puis des toiles des années 1910, plus abouties (Femme couchée, Les toits de Paris, Le pot à tisane), marquée par l'influence cubiste. C'est après la première guerre mondiale que les machines et leurs dérivés font leur entrée dans sa peinture (Le grand remorqueur) et peu à peu, c'est au tour du vivant d'y apparaître (Le déjeuner, La femme au bouquet, etc.). Une oeuvre en apparence plus accessible - car, dès les années 1930, ouvertement figurative - mais le néo-réalisme de l'artiste reste toujours très "mécanisé", les corps formatés et la gestuelle figée. Le peintre se met cependant davantage à la portée du grand public, en reconstruisant, à sa façon, quelques grands "mythes", comme la Joconde aux clés ou Adam et Eve (dont une autre version, plus colorée, peut être admirée au Kunstsammlung Nordrhein-Westfalen de Düsseldorf) ; il s'inspire aussi du thème du spectacle (le cirque, la danse...) et des acquis sociaux du citoyen moderne (Les loisirs, La partie de campagne, entre autres).

D'un point de vue technique, son rejet de la perspective reflète sa fidélité à la tradition picturale médiévale : un refus paradoxal, quand Léger, à travers ses toiles, se fait le chantre de la représentation de la modernité... Mais pas si surprenant que cela quand on sait combien le peintre s'est nourri de peintures traditionnelle et moderne pour mieux les adapter, les retranscrire par le biais de son imaginaire, et construire patiemment une oeuvre multiforme mais cohérente dans son évolution, polychrome et contrastée, souvent joyeuse et déterminée à mettre l'accent sur la notion de bonheur. S'y entrechoque une multitude de signifiés et de symboles, où le signe se fait conséquemment multiple et la lecture de chaque tableau polysémique à souhait.

Quant à l'exposition, l'absence d'interactivité (pourtant profitable, à tout âge), la pénurie d'explications "pédagogiques" — afin de donner au visiteur lambda quelques clés qu'il ne possède pas nécessairement — accompagnant les toiles (hormis un film documentaire, diffusé sur un ... petit écran de télévision et d'une durée de... 50 minutes) et l'agencement ultra-conventionnel des œuvres trahissent un manque d'imagination et de didactisme fréquemment rencontré dans les musées français... Il reste que Fernand Léger, en tant qu'artiste véritable (comme tous les autres avant et après lui, qu'ils soient peintres, écrivains, musiciens...), n'a cessé "d'emprunter", puis d'altérer et de transformer à sa guise, laissant derrière lui un style et une vision uniques, et que l’événement mérite véritablement le détour…

B. Longre
(septembre 2004)


Le musée sera ouvert gratuitement aux couples le jour de la Saint-Valentin, lors de la journée des femmes (8 mars) ou encore à l’occasion de la fête des pères (20 juin).

http://www.mairie-lyon.fr/vdl/sections/fr/evenements/fernand_leger9559/