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Danse
de la fière ménagère
Une femme seule…
et quelle solitude ! Un mari aussi infernal que le téléphone
(le genre d’inventions censées vous améliorer
la vie… et qui vous la pourrissent), un beauf handicapé
et pervers, un voisin voyeur, un mioche… Mais Marie (Hélène
Bernard) est trop malheureuse, dans le fond, pour ne pas se libérer
à la moindre occasion ; c’est là que la solitude
devient jouissive, funky à en danser dans le living-room…
À tambours battants, avec une pêche impressionnante,
en peignoir ou en robe multicolore, Hélène Bernard,
seule en scène, dynamite la scène, soutenue par le
monologue du couple italien Dario Fo / Franca Rame ; une actrice
de haute volée, un jeu souple pour un texte pas piqué
des hannetons non plus, et voilà qu’entre machisme
et grand amour, l’Italie montre toute sa double nature de
femme débordée, consciencieuse, voire séquestrée,
mais toujours indépendante, bavarde, fière, et, bon
dieu, énergique !
Simplette, drôle
et tout de même perspicace, profondément humaine, cette
femme de ménage aux élans de femme fatale d’intérieur
pète les plombs, pour sûr, mais Hélène
Bernard lui donne un humour, une finesse, et, encore une fois, une
énergie tels que la séduction est instantanément
réussie. Elle donne le beau rôle au public, une nouvelle
voisine dans l’immeuble d’en face, pour mieux l’accrocher
d’emblée – on se connaît pourtant mal,
mais, allez, je vais vous raconter ma vie la plus intime, mes petits
tourments d’amoureuse tardive et de brave pomme pourtant orgueilleuse,
et folle de musique… Derrière la tchatche à
l’italienne, derrière la chaleur humaine du «
petit peuple » (l’expression reste un compliment), le
couple Fo / Rame offre avec Une femme seule un
texte vivant, social et frais, un de ses drames tellement éternels
qu’on en reste les mains sur les hanches, mazette, avant de
rire et de danser…
Nicolas
Cavaillès
(novembre
2006)

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