en tournée jusqu'en avril 2006

spectacle écrit et interprété par Fellag

 

 

Le Dernier Chameau et autres histoires de Fellag
ouvrage paru chez JC Lattès, 2004, 170 pages.

Par amour des histoires ornées d'un français fleuri, par la force sûre d'un humour fatal, Fellag trouve encore, dans ses souvenirs et dans son imagination, de quoi sourire, s'émouvoir et dominer la violence du réel. A chacun des cinq textes de ce recueil brasse-cultures, ses personnages racontent leurs aventures souvent ébouriffantes au bord de la folie ; ainsi un auteur de polars à l'inspiration toujours bloquée au bout de la douzième page ("Le Syndrome de la page 12"), et un amateur de poésie, héros malheureux d'un fait divers de toute brutalité ("Train-train"). Très plaisant à lire, le mot juste, soufflé de lyrisme ou gonflé de parodies marrantes, l'humoriste fait un drôle d'écrivain.
Couchée sur le papier, l'histoire devient plus édifiante. Sur le noir des massacres islamistes en Algérie tranchent des éclairs d'humanité blancs comme la blouse d'une psychiatre totalement dépassée, blancs comme la voix d'une orpheline traumatisée ("Rentrée des classes", un coup de poing)... Le meilleur récit du lot constitue bel et bien une nouvelle. Plus que le nostalgique "Dernier Chameau" (simple retranscription du spectacle à l'affiche jusqu'au printemps prochain), "Un coing en hiver" confirme, par une belle métaphore du déracinement culturel, le talent littéraire aperçu sur scène.

François Cavaillès
(octobre 2005)

 

 

Fellag embobine Bobigny dans ses souvenirs

Le dernier Chameau vaut un bon match de foot, ou un vieux péplum, ou bien les deux.

Son entrée en scène déclenche des gloussements et des hurlements de rires ! Pour un tel accueil, il a suffi à Fellag de traverser le rideau, de marcher quelques pas et de se tenir droit comme un i. Dans cette prestance se lit l’hospitalité d’un grand maître de cérémonie au regard pétillant, un brin polisson, du genre vieux copain rigolard impatient de raconter la dernière.
Au visage du Coluche kabyle, fort de plus de 30 ans de carrière en Algérie et neuf ans en France, le sourire offert en gratitude aux applaudissements vient sincère mais contracté par l’effort à venir, soit 1h30 de monologue sous de sobres projecteurs, presque sans décoration ni accessoires. Servie sans originalité par une équipe technique trop sobre, la performance solo se boit pourtant comme du petit lait.

Aux néophytes (de plus en plus rares de ce côté de la Méditerranée), tout de suite absorbés par tant d’expressivité faciale et corporelle narratrices par excellence, Le dernier Chameau doit paraître une magistrale, magique découverte. Sous la plus simple apparence, en tenue piquée au coin de la rue, Fellag s’adonne à un jeu de scène total, porté par une gestuelle et une diction remarquables. En formidable conteur, il se livre à des jeux de langues époustouflants entre un français excellent au point de sembler s’en moquer, le berbère natal, l’arabe et un peu d’accent pied-noir.
Quant aux connaisseurs, pas moins réjouis, il leur semble retrouver un vieil ami. Très autobiographique, cette caverne d’Ali-Baba théâtrale renferme en effet bien des souvenirs personnels. Bavard dans le meilleur sens du terme, le moulin à parole nommé Mohammed Saïd Fellag tourne avec une précision inouïe pour raconter de nouvelles histoires pas si fraîches que ça, mais bien conservées par l’auteur de « Comment réussir un bon petit couscous » (Lattès, 2003). Au menu figurent les fruits de son imagination et de la mémoire collective d’une génération qui a connu le meilleur et le pire en Algérie.

En direct du ciné-club de Tizi-Ouzou

Dans l’ensemble hétéroclite, les premiers récits donnent déjà le meilleur. La rencontre du troisième type entre villageois montagnards kabyles et tirailleurs sénégalais, la fascination mystérieuse du petit Fellag pour l’opéra observé derrière la vitrine du marchand de télés, les contorsions dans un bus bondé pour les « caleurs professionnels » avides de contacts avec une jeune fille, comment donc le projectionniste interrompt les péplums pour donner l’évolution du score du match de foot local… Fellag peut tout mimer, expliquer ou illustrer. Ainsi pour recréer l’ambiance du ciné-club de Tizi-Ouzou au début des années soixante, le comédien se multiplie en personnages et en émotions. Par de splendides sous-entendus, empreints de poésie tamisée ou de satire éclairée, il plonge au cœur de son goût précoce pour le théâtre classique, navigue au gré des vagues politiques et culturelles en Algérie au siècle dernier, et efface souvent la frontière entre réel et virtuel. Ainsi, béats devant les étreintes au cinéma, les Algériens s’évadent de leur sexualité frustrée de tous les jours.

Parfois irrévérencieux mais jamais déplacé, Fellag concilie la dérive maîtrisée de son imaginaire et la fidélité amoureuse aux histoires des peuples kabyle, algérien et français. Au final, valise en main, son personnage débarque en France. Très ému, il retrouve par hasard, derrière le guichet des ASSEDIC, Jeannette, son grand amour d’enfance. Mélancolique en larmes, elle se dit très touchée de le revoir et lui avoue ne jamais s’être sentie aussi Algérienne depuis qu’elle est revenue en France.

Un sentiment réciproque en Algérie, reprend Fellag, et Le dernier Chameau (titre parabolique de peu de nécessité) se retire en pensées pleines d’espérance pour son pays d’origine. En conclusion, l’espoir fait vivre...
Entre-temps, Fellag a gardé une folle danse du ventre pour le milieu du spectacle ! Cinq minutes de douce euphorie dans les gradins, comme après un but vainqueur, à battre des mains en cadence en criant sa délivrance ! Pour ses vieux jours de repos sans histoire, il reste à Fellag le soin de faire péter ses traditionnelles bretelles pour en être arrivé là, à cette grande joie du public.

François Cavaillès
(mars 2004)

François Cavaillès est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada), il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est et étudie le thaï à l'Institut National des Langues et Civilisations Orientales de Paris.

http://www.fellag.fr/

spectacle précédent, écrit et interprété par Fellag
Un bateau pour l'Australie

http://www.editions-jclattes.fr

Les mille et une histoires de Fellag, la chronique radio hebdomadaire de Fellag sur France Culture
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/fellag/index.php