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| Le
Dernier Chameau et autres histoires
de
Fellag
ouvrage paru chez JC Lattès, 2004, 170 pages.
Par amour
des histoires ornées d'un français fleuri, par
la force sûre d'un humour fatal, Fellag trouve encore,
dans ses souvenirs et dans son imagination, de quoi sourire,
s'émouvoir et dominer la violence du réel. A
chacun des cinq textes de ce recueil brasse-cultures, ses
personnages racontent leurs aventures souvent ébouriffantes
au bord de la folie ; ainsi un auteur de polars à l'inspiration
toujours bloquée au bout de la douzième page
("Le Syndrome de la page 12"), et un amateur de
poésie, héros malheureux d'un fait divers de
toute brutalité ("Train-train"). Très
plaisant à lire, le mot juste, soufflé de lyrisme
ou gonflé de parodies marrantes, l'humoriste fait un
drôle d'écrivain.
Couchée sur le papier, l'histoire devient plus édifiante.
Sur le noir des massacres islamistes en Algérie tranchent
des éclairs d'humanité blancs comme la blouse
d'une psychiatre totalement dépassée, blancs
comme la voix d'une orpheline traumatisée ("Rentrée
des classes", un coup de poing)... Le meilleur récit
du lot constitue bel et bien une nouvelle. Plus que le nostalgique
"Dernier Chameau" (simple retranscription du spectacle
à l'affiche jusqu'au printemps prochain), "Un
coing en hiver" confirme, par une belle métaphore
du déracinement culturel, le talent littéraire
aperçu sur scène.
François
Cavaillès
(octobre 2005)
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Fellag
embobine Bobigny dans ses souvenirs
Le dernier Chameau vaut un bon match de
foot, ou un vieux péplum, ou bien les deux.
Son entrée
en scène déclenche des gloussements et des hurlements
de rires ! Pour un tel accueil, il a suffi à Fellag de traverser
le rideau, de marcher quelques pas et de se tenir droit comme un
i. Dans cette prestance se lit l’hospitalité d’un
grand maître de cérémonie au regard pétillant,
un brin polisson, du genre vieux copain rigolard impatient de raconter
la dernière.
Au visage
du Coluche kabyle, fort de plus de 30 ans de carrière en
Algérie et neuf ans en France, le sourire offert en gratitude
aux applaudissements vient sincère mais contracté
par l’effort à venir, soit 1h30 de monologue sous de
sobres projecteurs, presque sans décoration ni accessoires.
Servie sans originalité par une équipe technique trop
sobre, la performance solo se boit pourtant comme du petit lait.
Aux néophytes
(de plus en plus rares de ce côté de la Méditerranée),
tout de suite absorbés par tant d’expressivité
faciale et corporelle narratrices par excellence, Le
dernier Chameau doit paraître une magistrale,
magique découverte. Sous la plus simple apparence, en tenue
piquée au coin de la rue, Fellag s’adonne à
un jeu de scène total, porté par une gestuelle et
une diction remarquables. En formidable conteur, il se livre à
des jeux de langues époustouflants entre un français
excellent au point de sembler s’en moquer, le berbère
natal, l’arabe et un peu d’accent pied-noir.
Quant aux connaisseurs, pas moins réjouis, il leur semble
retrouver un vieil ami. Très autobiographique, cette caverne
d’Ali-Baba théâtrale renferme en effet bien des
souvenirs personnels. Bavard dans le meilleur sens du terme, le
moulin à parole nommé Mohammed Saïd Fellag tourne
avec une précision inouïe pour raconter de nouvelles
histoires pas si fraîches que ça, mais bien conservées
par l’auteur de « Comment réussir un bon
petit couscous » (Lattès, 2003). Au menu figurent
les fruits de son imagination et de la mémoire collective
d’une génération qui a connu le meilleur et
le pire en Algérie.
En
direct du ciné-club de Tizi-Ouzou
Dans l’ensemble
hétéroclite, les premiers récits donnent déjà
le meilleur. La rencontre du troisième type entre villageois
montagnards kabyles et tirailleurs sénégalais, la
fascination mystérieuse du petit Fellag pour l’opéra
observé derrière la vitrine du marchand de télés,
les contorsions dans un bus bondé pour les « caleurs
professionnels » avides de contacts avec une jeune fille,
comment donc le projectionniste interrompt les péplums pour
donner l’évolution du score du match de foot local…
Fellag peut tout mimer, expliquer ou illustrer. Ainsi pour recréer
l’ambiance du ciné-club de Tizi-Ouzou au début
des années soixante, le comédien se multiplie en personnages
et en émotions. Par de splendides sous-entendus, empreints
de poésie tamisée ou de satire éclairée,
il plonge au cœur de son goût précoce pour le
théâtre classique, navigue au gré des vagues
politiques et culturelles en Algérie au siècle dernier,
et efface souvent la frontière entre réel et virtuel.
Ainsi, béats devant les étreintes au cinéma,
les Algériens s’évadent de leur sexualité
frustrée de tous les jours.
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Parfois
irrévérencieux mais jamais déplacé,
Fellag concilie la dérive maîtrisée de
son imaginaire et la fidélité amoureuse aux
histoires des peuples kabyle, algérien et français.
Au final, valise en main, son personnage débarque en
France. Très ému, il retrouve par hasard, derrière
le guichet des ASSEDIC, Jeannette, son grand amour d’enfance.
Mélancolique en larmes, elle se dit très touchée
de le revoir et lui avoue ne jamais s’être sentie
aussi Algérienne depuis qu’elle est revenue en
France.
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Un sentiment
réciproque en Algérie, reprend Fellag, et Le
dernier Chameau (titre parabolique de peu de nécessité)
se retire en pensées pleines d’espérance pour
son pays d’origine. En conclusion, l’espoir fait vivre...
Entre-temps, Fellag a gardé une folle danse du ventre pour
le milieu du spectacle ! Cinq minutes de douce euphorie dans les
gradins, comme après un but vainqueur, à battre des
mains en cadence en criant sa délivrance ! Pour ses vieux
jours de repos sans histoire, il reste à Fellag le soin de
faire péter ses traditionnelles bretelles pour en être
arrivé là, à cette grande joie du public.
François
Cavaillès
(mars 2004)
François
Cavaillès
est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter
en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada),
il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est
et étudie le thaï à l'Institut National des Langues
et Civilisations Orientales de Paris.

http://www.fellag.fr/
spectacle
précédent, écrit et interprété
par Fellag
Un bateau pour l'Australie
http://www.editions-jclattes.fr
Les
mille et une histoires de Fellag, la chronique radio hebdomadaire
de Fellag sur France Culture
http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/fellag/index.php
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