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Nouveau
spectacle : Le dernier Chameau
(2004)
Fellag sait
rire (et nous faire rire) de tout et de tous, des Algériens
comme des Français ou des Kabyles, des présidents
et des polices, des chiens et des amoureux, ou encore de Jésus
et des maris musulmans ; un irrespect universel et salvateur qui
permet de tourner le pire en ridicule et de se moquer des pénuries
dramatiques, de la crise du logement, des dictatures et de l'histoire
mouvementée de son pays, des travers et de l'obscurantisme
de son peuple, ou encore des absurdités politiques et familiales
de l'Algérie. La peinture qu'il en fait n'est certes pas
tendre, plutôt misérable, mais rend aussi hommage à
la ténacité d'une population qui veut survivre à
tout prix, à l'image de cette mère de famille nombreuse
(vingt-sept enfants, sans compter l'oncle ou la belle-soeur !) qui
a instauré un régime culinaire uniforme (ce qu'il
appelle le "triptyque éternel" : haricots / macaronis
/ couscous / haricots / haricots...) : une fable qui rappelle aussi
que les régimes politiques ont beau aller et venir, le menu
reste toujours le même...
La parabole est véritablement le terrain de prédilection
de l'humoriste qui, tout en amusant par de l'anecdotique, autorise
à lire entre les lignes, entre deux bons mots ou deux histoires
à tiroirs. Les défauts et les dysfonctionnements sont
décortiqués, finement analysés, comme grossis
à la loupe, passés au microscope de son humour et
chacun de ces gros plans schématiques mais drôles nous
faire entrevoir une réalité politique surréaliste
et absurde, où l'individu ne peut compter que sur son sens
de la débrouillardise. C'est ainsi qu'il s'acharne sans relâche
sur le microcosme familial pour dénoncer à plus grande
échelle, s'attaquant, en excellent conteur, aux naissances
à répétition, aux mariages arrangés
et consanguins, à la répudiation (le "divorce
TGV " !), aux inégalités entre hommes et femmes,
tout en réservant quelques parenthèses bien senties
aux Français (qui traitent mieux leurs chiens que leur prochain...)
On ne peut que saluer le courage que requièrent son effronterie
de trublion et cette autodérision constante, procédé
qui fonctionne à merveille, et on pardonnera à Fellag
quelques piques trop prévisibles, des jeux de mots un peu
faciles (mais efficaces) et un comique de situation qui semble parfois
un peu forcé, mais qui lui permet de mettre de son côté
une majorité des spectateurs. On regrette cependant que le
comédien ait oublié de nous parler de ce mythique
"bateau pour l'Australie" et le public serait volontiers
resté quelques instants de plus en sa compagnie.
B.
Longre
(mai 2002)
Il
y a une quinzaine d'années, une rumeur se répandit
comme la poudre dans Alger : un énorme bateau allait
emmener des chômeurs en Australie où ils trouveraient
du travail. Des milliers de jeunes se précipitèrent
alors au consulat d'Australie pour obtenir un visa. Un visa
pour une chimère, bien sûr. Devant l'interminable
file d'attente, Fellag reconnut alors ses frustrations et ses
révoltes d'adolescent. "J'ai éprouvé
le besoin de me shooter à la rage de dire."
Ainsi est né Un bateau pour l'Australie.
(...) Après Djudurassique Bled,
Fellag nous dit toutes les patries de la jeunesse algérienne,
réelles ou rêvées : l'Algérie, l'Australie,
la Tragédie. La première est une blessure, la
deuxième un mensonge, la troisième un destin.
A celles-là, en ajouter également deux autres,
que l'exil rend inséparables : la France et la souffrance.(...)
Fellag installe, en effet, le public algérien et le public
français côte à côte, dans les mêmes
rangées de fauteuils. Il parle des uns aux autres, et
des autres aux uns. Il se fout de leur gueule indifféremment,
pardon, il traque les travers et les archaïsmes des uns,
il pointe les défauts et les suffisances des autres,
pour faire rire les uns à leurs dépens, tandis
que les autres ne perdent rien pour attendre.
Claude-Henri Buffard
TNP,
Villeurbanne
04 78 03 30 00 |
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TNP
http://www.tnp-villeurbanne.com
http://www.humanite.presse.fr/journal/1999
http://membres.lycos.fr/chouk1/fellag1.htm
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