La gifle
de François David, images de Sandrine Martin

Le Baron Perché, collection Les orpailleurs, 2007
à partir de 10 ans

 

 

 

De l'intérieur

Nathalie se rend tranquillement à son cours de danse, pleine d’un bonheur qu’elle exprime avec finesse (« j’ai l’impression qu’une rivière coule sur ma nuque, qu’elle traverse l’intérieur de mes épaules et se jette au bout de mes doigts. »), quand soudain, à l’arrêt du bus, elle tombe sur deux garçons qu’elle ne connaît pas, mais qui ont pourtant décidé de lui jouer un mauvais tour : la gifler et partir en courant. Un incident sans gravité, en surface seulement, car il bouleverse la jeune narratrice ; le geste, « indélébile », est un acte gratuit et, à l’incompréhension, s’ajoutent la honte, la tristesse, la colère, la peur mais aussi l’idée d’être coupable d’un crime invisible… Le sentiment d’avoir subi un affront et d’avoir été souillée (elle va jusqu'à comparer le geste, symboliquement, à un viol) transforme son quotidien, ce qui inquiète ses parents – à qui elle a tout raconté. Mais parfois, il ne suffit pas de pouvoir se confier pour effacer...
Nathalie tâche aussi de comprendre. C’est sur le web qu’elle découvrira la pseudo motivation de ses assaillants et le fin mot de l’incident : une mode surnommée « happy slapping », qui consiste à filmer sur téléphone portable une agression orchestrée par un ou plusieurs camarades… Une pratique qui ressemble fort à une forme d’entartage, mais en plus pervers et violent, et en moins drôle – un phénomène venu d’Outre-atlantique, qui va s’amplifiant (on recenserait des dizaines de cas par an dans les établissements scolaires) et ne se résume généralement pas à la simple baffe, on l’aura compris.

C’est donc à partir d’un fait de société qui touche d’abord les adolescents et une histoire du quotidien très simple en apparaence que l’auteur déroule son récit : un roman court et percutant qui s’adresse aux jeunes lecteurs aguerris (à partir de 10 ans), et où François David s’intéresse avant tout aux sentiments contraires qui se succèdent dans l’esprit de la jeune fille, habilement mis en mots. Un récit de l’intime, donc, très introspectif, qui montre à la perfection comment les émotions se chevauchent mais évoluent aussi, puis s’achèvent sur une pitié qui libère Nathalie de sa « colère, celle qui m’avait dévoré l’estomac, tout dévasté… ». Les « méchants » ne seront pas punis et le dénouement abrupt, en demi-teinte, ne propose ni « recette » ni solution miracle (ouf !), mais laisse néanmoins une porte de sortie très réaliste qui satisfait amplement.

Blandine Longre
(juillet 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

www.baronperche.com

François David
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