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La
SF au service de la réflexion
Fabrice Colin
arpente les Autres mondes depuis le début de la collection.
il y eut tout d’abord Les enfants de la lune,
excellente uchronie dont le point de départ se situe dans
un Paris en guerre , puis Projet Oxatan,
roman haletant et presque oppressant où quatre adolescents
vivent un terrible huis clos dans le cratère d’une
planète perdue, et puis encore Cyberpan,
qui revisitait dans un monde SF le conte de Peter Pan, suivi du
Mensonge du siècle, consacré
aux manipulations et aux rencontres de plein de types différents.
Autant de romans de SF explorant des thèmes différents,
dans des tons différents aussi, mais où Fabrice Colin
montre le souci constant de mettre la narration au service d’une
réflexion sur l’état d’une société
qui ne contrôle pas bien ses avancées et ses démons.
Avec Invisible, l’auteur nous entraîne
cette fois dans les nanotechnologies, ce monde de l’infiniment
petit, technologies ultra sophistiquées que l’on commence
à expérimenter sinon à apprivoiser aujourd’hui
et dont on peut espérer que les développements n’aillent
pas là jusqu’où mène l’extrapolation
de l’auteur !
Tiago vit dans les bidonvilles de Rocinha, à Rio de Janeiro,
dans un avenir très proche du nôtre. Il n’a plus
de parents, seulement son grand-père muet depuis qu’on
lui a coupé la langue lors de représailles. Il n’a
pas de travail, pas d’amis, sinon Douglas, un bidouilleur
surdoué. Il appartient à un gang dirigé par
Angel, 20 ans seulement. Il ne sait pas s’il a un avenir.
Rio de Janeiro, la ville la plus belle du monde ? Cela dépend
pour qui ! Les pauvres s’entassent dans des bidonvilles tentaculaires
et prient Dieu entre deux combines pour survivre tandis que les
riches sont bien à l’abri dans leurs villes sécurisées
aux technologies high tech. La population est sous contrôle,
grâce à l’IAS, Indicateur d’Adéquation
Sociale, un système qui dote chaque citoyen de 100 points,
que l’on retire au fur et à mesure des infractions
commises, un permis de vie en somme ! C’est dans ce contexte
particulièrement violent et injuste que vit Tiago et qu’un
jour, avec Douglas, ils dévalisent un camion pour le compte
de leur gang. L’opération qui devait être rapide
et sans bavures tourne mal, Douglas emporte une valise scellée
qui se fend malencontreusement. Peu de temps après l’adolescent
tombe malade et son corps subit des transformations inquiétantes.
Ce sont ces assembleurs moléculaires, invisibles mais terriblement
menaçants, qui attaquent. Qui les a fabriqués, qui
les utilise, pourquoi ? Tiego doit faire vite s’il veut comprendre
et faire en sorte que l’Apocalypse ne se produise pas.
Dans la postface, fabrice Colin dit très clairement que «
Le rôle de la SF – si elle en a un autre que divertir
- est de mettre en garde, de prévenir, au moins d’attirer
l’attention. » Mission parfaitement réussie
dans ce roman construit sur un rythme haletant et dynamique. Le
personnage de Tiago est intéressant, qui se débat
entre la volonté de se sortir d’un monde qu’il
sait sans issue acceptable, mais pas à n’importe quel
prix tout de même, le choix qu’il fait de se rebeller
avec ses conséquences. Autour de lui, les personnages secondaires
sont aussi réussis, son ami Diego, le prêtre qui l’aide
depuis son enfance et qui sait que Dieu n’est pas le seul
remède aux maux de ses ouailles, la jeune fille gosse de
riches qu’il aime dont il découvre le monde luxueux,
ce qui lui permet aussi de mesurer la distance infinie qui sépare
les riches et les pauvres…
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Le
récit alterne habilement les passages d’action
et de tendresse avec des moments plus forts, qui permettent
aux lecteurs de s’interroger sur les dangers réels
de ses nanotechnologies, surtout lorsque les dirigeants veulent
les utiliser à des fins de contrôle et d’asservissement
encore plus forts de la population, sans les maîtriser
totalement. Autres thèmes fortement présents
dans le roman : ce qui existe réellement derrière
les plages mythiques de Copacabana et dans les favelas de
Rio : misère extrême, violence, maladies, solitude.
Et cela, ce n’est pas de la science-fiction ! |
Catherine
Gentile
(septembre 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

http://dreamericana.free.fr/fabricecolin.htm
http://www.editions-mango.com
http://www.noosfere.com/autres%2Dmondes/ |