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Solange Brillat,
une jeune femme sans histoires, disparaît sans laisser de
traces et son voisin développe alors un comportement voyeuriste
et obsessionnel (Les lumières fossiles)... Un homme
vieux de cinq mille ans réapparaît, délivré
par les glaces, et les scientifiques se l'arrachent (Postérité)...
Un général las de combattre fait une découverte
qui le ramène des années en arrière (Orages
de souvenirs)... Chaque nouvelle de ce recueil magnétique
vit sur le fil ténu d'une nostalgie mélancolique qui
sépare présent et passé et nous livre les tourments
des protagonistes : l'auteur ne cesse de nous faire entrevoir cette
frontière entre temps révolu et réalité
présente qui existe en chacun de nous, la disparition de
Solange Brillat n'étant qu'une métaphore qui affirme
que tout disparaît sans disparaître vraiment, et que
tout demeure à jamais fossilisé dans nos mémoires
ou notre inconscient individuel ou collectif, d'autres prenant le
relais. En témoignent les réflexions d'Otzi, entouré
de visages inconnus entr'aperçus dans ce musée italien
où il a atterri :"Je me persuade qu'il s'agit d'un
enfant de mes arrière-petits-enfants, je ne sais comment
désigner une génération parvenue jusqu'à
maintenant malgré tous les fléaux. Mais j'en suis
certain, parmi ces visiteurs s'embusquent nos rejetons lointains,
notre semence toujours réactivée. Ils sont là,
sans savoir qui je suis pour eux. Je les ai nourris des perdrix
au vol interrompu par mes flèches."
Tout comme l'auteur s'introduit brillamment dans les pensées
d'un Otzi désespéré (un plaisir rare), l'intrusion
du narrateur dans la vie intime de sa voisine disparue en "zone
libre" (Les lumières fossiles) nous rappelle
étrangement une nouvelle de R. Carver
, Neighbors, qui développe des thèmes similaires.
La "zone libre" dont parle Eric Faye (Le palier séparant
les deux appartements dans Neighbors) est une quatrième
dimension dans laquelle les humains (voire les stations de radio
dans Radio Luego...) semblent pouvoir s'évanouir tout
en restant présents.
Dans une écriture lisse et concise, l'auteur entrouvre un
univers étrange que pourtant, chacun porte en soi, et où
chacun devrait pouvoir se retrancher, nos "Chines Intérieures",
comme il les nomme dans la nouvelle du même nom, une aire
neutre et désétatisée qui semble rimer avec
"bonheur".
B.Longre
(décembre 1999)

Du
même auteur
Quelques
nobles causes pour rébellions en panne (2002, José
Corti)
Un clown s'est échappé
du cirque (2005, José Corti)
http://jose-corti.fr/
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