Les lumières fossiles
janvier 2000, José Corti


 

Solange Brillat, une jeune femme sans histoires, disparaît sans laisser de traces et son voisin développe alors un comportement voyeuriste et obsessionnel (Les lumières fossiles)... Un homme vieux de cinq mille ans réapparaît, délivré par les glaces, et les scientifiques se l'arrachent (Postérité)... Un général las de combattre fait une découverte qui le ramène des années en arrière (Orages de souvenirs)... Chaque nouvelle de ce recueil magnétique vit sur le fil ténu d'une nostalgie mélancolique qui sépare présent et passé et nous livre les tourments des protagonistes : l'auteur ne cesse de nous faire entrevoir cette frontière entre temps révolu et réalité présente qui existe en chacun de nous, la disparition de Solange Brillat n'étant qu'une métaphore qui affirme que tout disparaît sans disparaître vraiment, et que tout demeure à jamais fossilisé dans nos mémoires ou notre inconscient individuel ou collectif, d'autres prenant le relais. En témoignent les réflexions d'Otzi, entouré de visages inconnus entr'aperçus dans ce musée italien où il a atterri :"Je me persuade qu'il s'agit d'un enfant de mes arrière-petits-enfants, je ne sais comment désigner une génération parvenue jusqu'à maintenant malgré tous les fléaux. Mais j'en suis certain, parmi ces visiteurs s'embusquent nos rejetons lointains, notre semence toujours réactivée. Ils sont là, sans savoir qui je suis pour eux. Je les ai nourris des perdrix au vol interrompu par mes flèches."
Tout comme l'auteur s'introduit brillamment dans les pensées d'un Otzi désespéré (un plaisir rare), l'intrusion du narrateur dans la vie intime de sa voisine disparue en "zone libre" (Les lumières fossiles) nous rappelle étrangement une nouvelle de R. Carver , Neighbors, qui développe des thèmes similaires. La "zone libre" dont parle Eric Faye (Le palier séparant les deux appartements dans Neighbors) est une quatrième dimension dans laquelle les humains (voire les stations de radio dans Radio Luego...) semblent pouvoir s'évanouir tout en restant présents.
Dans une écriture lisse et concise, l'auteur entrouvre un univers étrange que pourtant, chacun porte en soi, et où chacun devrait pouvoir se retrancher, nos "Chines Intérieures", comme il les nomme dans la nouvelle du même nom, une aire neutre et désétatisée qui semble rimer avec "bonheur".

B.Longre
(décembre 1999)

Du même auteur
Quelques nobles causes pour rébellions en panne (2002, José Corti)
Un clown s'est échappé du cirque (2005, José Corti)

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