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Hymne à la liberté
d'expression.
Le
conte est un medium narratif qui touche les enfants mais qui permet
aussi de tendre à l'universel, tout en abordant des thèmes
parfois délicats. Patrice Favaro et Françoise Malaval
ont choisi cette approche pour parler de la dictature des généraux
birmans, dont on entend peu parler mais qui n'ont eu de cesse que
de dénier les droits les plus fondamentaux aux habitants
de Myanmar. Derrière le personnage de Princesse Laque, c'est
de la militante pacifiste Aung San Suu Kyi dont il est ici question,
Prix Nobel de la paix, toujours emprisonnée, mais dont la
voix ne peut être étouffée. Princesse Laque
est une jeune fille qui elle aussi résiste, passivement,
par le biais de son art (la décoration des objets en laque
fabriqués par son père artisan) et s'oppose à
la tyrannie de celui qui se fait modestement appeler "Plus-brillant-que-le-Soleil".
Elle est réputée pour son talent et ce roi exige qu'elle
consacre son art à lui seul ; elle accepte, sans pour autant
céder : les objets qu'elle crée sont couverts de gravures
décrivant les souffrances subies par son peuple aux mains
du tyran. La colère de ce dernier, aveuglé par sa
toute-puissance, sa paranoïa montante et une arrogance à
toute épreuve, s'abat sur l'artisan et sa fille : le vieil
homme est banni tandis que Princesse Laque est enfermée dans
une tour aveugle, privée de la lumière du jour. Mais
comme Aung San Suu Kyi , muse de cette histoire, Princesse Laque
continue de s'exprimer, de raconter ce qu'elle a vu, encourageant
d'autres artisans à prendre sa place et à dénoncer
à leur tour les abus et le comportement criminel du roi,
par le biais du travail sur la laque.
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La
liberté d'expression est le pivot de ce conte (qui,
justement, est parole), un récit intemporel pourtant
ancré dans l'histoire birmane ; de même, en s'inspirant
des arts picturaux traditionnels pour créer les illustrations
soignées de cet ouvrage, Françoise Malaval reste
fidèle à l'atmosphère asiatique ; son
patient travail
rend hommage aux techniques pointillistes qui mettent en valeur,
par un jeu de contraste, la beauté des courbes (en
particulier dans le rendu gracile des personnages) et la délicatesse
des traits du visage de l'héroïne. Une attention
extrême a été portée au détail
(costumes et coiffes, paysages et architecture, jarres et
récipients laqués reproduits en gros plan) et
à la diversité des mises en page, toujours changeantes.
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Pourquoi
la Birmanie ? Les auteurs ont eu l'opportunité de visiter
ce pays différemment, hors des sentiers battus par les touristes
(habituellement bien encadrés). Cette liberté de mouvement
leur a permis de voir autre chose que ce que l'on veut bien montrer
aux occidentaux, et c'est ainsi que "de ce voyage, de nos
rencontres et de nos observations, mais aussi de notre sentiment
de révolte envers un régime tyrannique et corrompu
qui piétine les droits de l’homme les plus élémentaires,
est né un album", pour que les choses se sachent,
tout simplement ; cet objectif louable fait écho à
celui des artisans du conte qui, encouragés par les paroles
et les consignes de Princesse Laque, prennent part à une
lutte silencieuse mais efficace, à travers un langage visuel.
Certes, ce n'est pas un album qui fera de la Birmanie un pays démocratique,
mais en éveillant les jeunes consciences, l'on peut espérer
changer peu à peu le monde, et cet ouvrage engagé,
édité en partenariat avec Amnesty International, sert
ce valeureux dessein.
Blandine
Longre
(octobre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.syros.fr/
http://patricefavaro.free.fr/
http://samadama.hautetfort.com/
http://www.amnesty.asso.fr/
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