Voyage musical
d'hiver à Lyon

17- 20 janvier 2002

Orchestre National
de Lyon

Direction
Michel Plasson
violoncelle
Henri Demarquette

 

A l'Auditorium de Lyon et à la salle Molière

Les voyages musicaux d'hiver conçus par Françoise Falck et réalisés en co-production avec l'ONL font désormais partie des grands rendez-vous annuels des mélomanes lyonnais. Cette année, c'est Franck et Fauré qui investiront la salle Molière.
En cinq concerts, outre la soirée inaugurale symphonique donnée à l'Auditorium le 17 janvier avec l'ONL, la quasi-totalité de la musique de chambre de Franck et Fauré pourra résonner, sous les doigts et les archets d'une pléiade de jeunes talents (Henri Demarquette, Le Quatuor Debussy, le Trio Wanderer, les pianistes Claire Désert, Vincent Coq et Bruno Robilliard, le violoniste Raphaël Oleg...)


Claire Désert

Auditorium de Lyon
149 rue Garibaldi
69003 Lyon
renseignements
04 78 95 95 95

Salle Molière
18-20, quai de Bondy
69005 Lyon
renseignements
04 78 22 57 56

 



Soirée inaugurale symphonique
à l'Auditorium le 17 janvier 2002

Le concert de ce soir s'inscrivait dans le cadre du cycle Voyage Musical d'Hiver à Lyon.
Cette année, à l'honneur, deux musiciens français de la période dite romantique, Gabriel Fauré et César Franck. Sous la direction de Michel Plasson, le chef permanent du Capitole de Toulouse, la première partie du concert fut consacrée à Fauré.
Pélléas et Mélisande, opus 80, débuta la soirée. L'adaptation de l'œuvre de Maeterlinck fut proposé à Fauré par l'actrice anglaise Mrs P.Campbell. Il accepta et travailla dans la hâte : ouvrage écrit en un mois, orchestré par un de ses élèves. Au bout, une grande œuvre.
Le premier mouvement, Prélude, énonce deux fois le thème de Mélisande, dans un médium calme, paisible, presque blanc. Le second thème, au violoncelle, basson et flûtes, conduit à des accents déchirants, annonciateur du drame. Le deuxième mouvement, La Fileuse, évoque Mélisande filant la laine (premiers violons). Le premier thème est exposé au hautbois, puis le second contient la chanson de Mélisande que l'on retrouvera dans l'adagio final.
La Sicilienne, troisième mouvement, est une des pages les plus connues de Fauré. Le solo de flûte accompagné par la harpe est lumineux, fluide comme ce mouvement, coulant comme la fontaine, un des rares moments heureux de la pièce de Maeterlinck.
Enfin, le dernier mouvement, La Mort de Mélisande, pendant du prélude, fait jouer le registre grave, solennel mais sans mélo. Ce n'est que dans les dernières mesures que Fauré revient au ton calme et murmuré.
Sous l'impulsion de Michel Plasson, L'ONL a magnifiquement rendu le Fauré contemplatif qui allie fraîcheur et ligne mélodique somptueuse comme un flot continu. Le hautbois, dans le deuxième mouvement, et la flûte dans le troisième se dégage d'une interprétation parfaitement ciselée par le chef. Un réel grand moment…
Masques et Bergamasques, Opus 112, suivit. Cette œuvre est un divertissement sur le thème des Fêtes Galantes. L'Ouverture y ressemble à un lever de rideau d'opérette à la Mozart ; les violons sautillent, se répondent et la ligne mélodique est enjouée. Le Menuet qui suit assume un certain caractère de pastiche de cette musique du 18e siècle très reprise (pensons au Tombeau de Couperin de Ravel, à peine antérieur). Là encore, les violons donnent le pas de danse. La Gavotte, pleine de mordant, n'est pas seulement un exercice de style : les percussions marquent le temps puis le ton se fait plus intimiste pour retrouver le ton enjoué qui sied au genre. Pour finir, joyau de cette œuvre, La Pastorale, respire la joie, le soleil. Le compositeur l'a d'ailleurs écrite dans le Midi de la France… L'orchestre sait retranscrire cette quiétude, le Hautbois répondant aux violons avec majesté.
Michel Plasson insiste fortement dans l'alternance mezzo forte, piano, contribuant à nous offrir un final plein de poésie musicale.
Elligie pour Violoncelle et Orchestre acheva cette première partie de concert consacrée à Gabriel Fauré avec, en soliste, au violoncelle, Henri Demarquette. Ici, ce sont les accents poignants qui succèdent à la grâce et à l'élégance. Le propos très sombre ne cède pourtant jamais à un excès de romantisme. Le violoncelle d'Henri Demarquette nous séduit dès la première phrase musicale. Le musicien sait faire vivre la voix de cet instrument que l'on dit proche de la voix humaine. Après l'exposé du thème, un jeu de questions réponses entre le soliste et l'orchestre s'installe puis c'est le retour à l'ambiance initiale.

La deuxième partie nous proposa de (re)découvrir La Symphonie en Ré Mineur de César Franck. Destinée à un ensemble imposant comprenant flûtes, hautbois et cors anglais, clarinettes et clarinettes basses, bassons ainsi qu'un groupe de cuivres (cors, trompettes, cornets à pistons, trombones, tubas), la Symphonie en Ré Mineur est l'unique œuvre symphonique du compositeur. L'amplitude et la majesté imposée par les cuivres, le registre grave dans lequel sont tenus contrebasses et violoncelles, se conjuguent néanmoins sans peine avec la douceur des cordes. Les thèmes, tout au long de ces trois mouvements apparaissent, disparaissent, se superposent.
Commencé en ré mineur, Le premier mouvement "Lento puis Allegro non troppo ", expose, sans précipitation, ces motifs cycliques en tonalité mineure puis majeur. Le deuxième mouvement, "Allegretto ", expose deux motifs : Le premier, avec cordes et harpes, fait ressortir la gravité du cor anglais, réminiscence de la musique allemande. Le deuxième motif est plus léger (prédominance des cordes) et plus enlevé (présence des percussions). Puis c'est le retour du thème initial sur un ton apaisé. Enfin, le troisième mouvement, "Allegro non troppo ", écrit en ré majeur, expose deux nouveaux thèmes : Le premier à la basse dans un enchevêtrement mélodieux des cordes, le second, dans le registre des cuivres. On revient, ensuite, aux motifs antérieurs, dans l'amplitude, à nouveau, des cuivres, les graves des violoncelles et des contrebasses, les percussions expressives. Le final nous ramène aux réparties paisibles cordes-cuivres avant que l'orchestre tout entier ne se déploie dans sa puissance. Magnifique interprétation, par l'ONL de cette œuvre majeure de ce compositeur si souvent injustement décrié.
Michel Plasson, tout au long de cette soirée, et peut-être plus particulièrement pour la symphonie de Franck, nous a ébloui par sa maîtrise (le chef dirigea sans partition), sa connaissance au plus intime des œuvres interprétées, son investissement total dans ce parcours musical. Qu'il en soit vivement remercié !
Avec un tel chef, les musiciens de L'ONL ne pouvaient que se situer dans le registre de l'excellence sans oublier la remarquable prestation sur L'Elligie d'Henri Demarquette.
Décidément, tout était en parfaite osmose en cette soirée de musique française. Le public, nombreux et enthousiaste, ne s'y est pas trompé.

Philippe Anthonioz
(janvier 2002)

 

Après "Aimez-vous Brahms ?", "Un Rendez-Vous avec Schumann", "Beethoven passionnément", "Hommage à Mendelssohn" et "Voyage musical d'hiver, Franz Schubert" je consacrerai cette année, en co-production avec l'Orchestre national de Lyon, ces Rencontres de Musique de Chambre à la musique française avec un "Voyage musical d'hiver, César Franck et Gabriel Fauré" au mois de janvier 2002. C'est à la Salle Molière, lieu exceptionnel à l'acoustique rare, que se retrouveront tous ces artistes de talent, unis dans la même passion d'un travail musical de qualité et d'une complicité nécessaire à l'interprétation de ces œuvres.
C'est donc avec plaisir que j'invite les mélomanes, initiés ou non, à partager avec les compositeurs et les musiciens interprètes, ce grand moment de musique intime et plein d'émotion.
Françoise Falck, Directeur Artistique




http://www.france.diplomatie.fr/culture/france/musique/composit/faure.html

http://mac-texier.ircam.fr/textes/c00000760/

http://www.france.diplomatie.fr/culture/france/musique/composit/franck.html