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La bibliographie
de William Faulkner se distingue par un ensemble de romans - Le
Bruit et la Fureur, Sanctuaire, Sartoris, Tandis que j'agonise
pour ne citer que les plus fameux - figurant parmi les pièces
maîtresses de la littérature américaine et mondiale.
Dans un style onirique et ténébreux, l'écrivain
y développe les destinées des habitants du comté
imaginaire de Yoknapatawpha - propriétaires terriens déchus
après la guerre de Sécession, fermiers blancs démunis,
serviteurs noirs autrefois soumis à l'esclavage - subissant
les lois implacables de la condition humaine et de la fuite du temps.
En marge de
cette œuvre singulière et essentielle, Faulkner a composé
un nombre important de recueil de nouvelles qui restent plus confidentiels.
La parution du Docteur Martino et autres histoires chez
Folio est donc l'occasion de découvrir cette autre facette
de l'écriture de Faulkner. On y retrouve les thèmes
chers à l'écrivain et plusieurs personnages familiers
: les Sutpen, Snopes ou autres Sartoris (dans Il était
une reine, on assiste aux derniers instants de Miss Jenny,
figure tutélaire de la série éponyme). De nombreuses
nouvelles de jeunesse évoquent par ailleurs des récits
de la Grande Guerre - même si l'écrivain n'a jamais
pu y participer, à son grand regret. Ainsi, Chacun son
tour évoque les destins croisés d’un pilote
américain et d’un lanceur de torpilles anglais qui
se lient d’amitié ; alors que le second connaît
la mort en patrouille, le premier est décoré pour
une mission périlleuse, mais il conserve cependant une lucidité
face à la guerre au moment de bombarder sa cible : «
Si seulement ils étaient tous là, tous les généraux,
tous les amiraux, tous les présidents, tous les rois, les
leurs, les nôtres, tous ! ».
L'ensemble
de ces nouvelles constitue donc un ensemble plutôt hétéroclite,
tant sur le plan des sujets traités que sur celui du style.
Même si le niveau des récits apparaît parfois
inégal, Faulkner réussit à y introduire un
suspense propre à captiver le lecteur, digne du roman policier.
On sera également sensible au regard profondément
humain que l'écrivain porte sur ses personnages. Tout en
gardant leurs identités propres, ces histoires permettent
de suivre l'évolution de l'écrivain et doivent être
considérées comme une ébauche de l’œuvre
romanesque, dans laquelle Faulkner ne manquera pas de puiser : la
nouvelle "Le Chien" – dans laquelle un
assassin est confondu par les hurlements de l’animal de sa
victime - est ainsi reprise, sous une forme remaniée, dans
un épisode du Hameau.
Olivier
Weber
(septembre 2003)

Gallimard
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