Le docteur Martino et autres histoires
(Titre original : Doctor Martino & other stories)
traduit de l'américain par
R.-N. Raimbault et Ch.-P. Vorce
Folio Gallimard, 2003

 

La bibliographie de William Faulkner se distingue par un ensemble de romans - Le Bruit et la Fureur, Sanctuaire, Sartoris, Tandis que j'agonise pour ne citer que les plus fameux - figurant parmi les pièces maîtresses de la littérature américaine et mondiale. Dans un style onirique et ténébreux, l'écrivain y développe les destinées des habitants du comté imaginaire de Yoknapatawpha - propriétaires terriens déchus après la guerre de Sécession, fermiers blancs démunis, serviteurs noirs autrefois soumis à l'esclavage - subissant les lois implacables de la condition humaine et de la fuite du temps.

En marge de cette œuvre singulière et essentielle, Faulkner a composé un nombre important de recueil de nouvelles qui restent plus confidentiels. La parution du Docteur Martino et autres histoires chez Folio est donc l'occasion de découvrir cette autre facette de l'écriture de Faulkner. On y retrouve les thèmes chers à l'écrivain et plusieurs personnages familiers : les Sutpen, Snopes ou autres Sartoris (dans Il était une reine, on assiste aux derniers instants de Miss Jenny, figure tutélaire de la série éponyme). De nombreuses nouvelles de jeunesse évoquent par ailleurs des récits de la Grande Guerre - même si l'écrivain n'a jamais pu y participer, à son grand regret. Ainsi, Chacun son tour évoque les destins croisés d’un pilote américain et d’un lanceur de torpilles anglais qui se lient d’amitié ; alors que le second connaît la mort en patrouille, le premier est décoré pour une mission périlleuse, mais il conserve cependant une lucidité face à la guerre au moment de bombarder sa cible : « Si seulement ils étaient tous là, tous les généraux, tous les amiraux, tous les présidents, tous les rois, les leurs, les nôtres, tous ! ».

L'ensemble de ces nouvelles constitue donc un ensemble plutôt hétéroclite, tant sur le plan des sujets traités que sur celui du style. Même si le niveau des récits apparaît parfois inégal, Faulkner réussit à y introduire un suspense propre à captiver le lecteur, digne du roman policier. On sera également sensible au regard profondément humain que l'écrivain porte sur ses personnages. Tout en gardant leurs identités propres, ces histoires permettent de suivre l'évolution de l'écrivain et doivent être considérées comme une ébauche de l’œuvre romanesque, dans laquelle Faulkner ne manquera pas de puiser : la nouvelle "Le Chien" – dans laquelle un assassin est confondu par les hurlements de l’animal de sa victime - est ainsi reprise, sous une forme remaniée, dans un épisode du Hameau.

Olivier Weber
(septembre 2003)

Gallimard
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http://www.mcsr.olemiss.edu/~egjbp/faulkner/faulkner.html