une pièce de Bertolt Brecht
La chute de l’égoïste Johann Fatzer
(1927/1931)
Texte paru aux éditions de l’Arche

Texte français : François Rey
Mise en scène : Philippe Vincent
Quatuor Satie
Frédéric Aurier, Aude Lefèvre
Patrick Oriol, Guillaume Lafeuille

 

mises en scène de Philippe Vincent
Richard III de Shakespeare
Anatomie Titus Fall of Rome Shakespeare / Heiner Müller

Avec : Fabien Grenon, Anne Ferret, Samuel Hercule, Benoit Monneret, Philippe Vincent, et six autres comédiens (distribution en cours)

du 28 mai au 2 juin 2001
Théâtre de la Croix Rousse, Hors les murs, aux Subsistances
Quai Saint-Vincent, Lyon 1er
renseignements et location :
04 72 07 49 50 et http://www.croix-rousse.com/

Texte méconnu de Brecht, Fatzer nous plonge dans l'Allemagne de la Première Guerre Mondiale avec ses hommes qu'on enterre et sa population rongée par le désespoir et la famine. Fatzer et trois autres tankistes fuient la boucherie des champs de bataille et parviennent à Mülheim où ils se réfugient dans un appartement. Leur temps sera occupé principalement par la recherche de nourriture. Fatzer, plus égoïste et individualiste, revendique un statut à part dans le groupe de déserteurs, refusant que celui-ci ne constitue un obstacle à ses propres désirs…
Rarement jouée, enveloppant des enjeux politiques et philosophiques majeurs, cette pièce avait donc de quoi attiser la curiosité du spectateur, et ce d'autant plus qu'on nous promettait une mise en scène pour le moins originale : chaque représentation constitue une étape d'un tournage cinématographique et les spectateurs sont appelés à participer à l'événement ! L'idée, fort intéressante a priori, de Philippe Vincent est de monter un long-métrage à partir des différentes représentations de la pièce ( déjà jouée à Marseille et Vaulx-en-Velin ).

Vêtus de costumes d'époque, nous pénétrons dans la « verrière » des Subsistances transformée en immense réfectoire. Les décors, les couleurs militaires et ternes des costumes, le volume impressionnant de l'endroit, créent une atmosphère singulière et pesante, propre à nous immerger dans le contexte de l'époque.
La représentation peut alors commencer : elle est organisée selon l'alternance entre le tournage d'une scène (montrée en direct sur un écran) et la projection de la scène suivante ( tournée lors de précédentes représentations ). Ainsi la pièce conserve une certaine continuité narrative. Le problème est que le projet d'éclater le temps et l'espace, et de déconstruire un objet théâtral, ne fonctionne pas du tout : la voix des acteurs est souvent inaudible (problème technique ?), les scènes tournées sont difficilement visibles et les images projetées de qualité médiocre.

Au-delà de ces gros problèmes pratiques, toute idée de représentation théâtrale est littéralement absorbée par les images et l'écran. Dans la salle il ne se passe pas grand chose, les acteurs n'y font que de brèves et chaotiques apparitions. Philippe Vincent n'utilise finalement l'espace des Subsistances et son public costumé que comme un vague décor parfaitement statique.
A vouloir mêler théâtre et cinéma, il perd en fait sur les deux tableaux : l'espace théâtral est vidé de toute substance par le dispositif cinématographique et le film projeté ne propose qu'une matière assez ampoulée (du théâtre filmé sans grand intérêt). A aucun moment le public ne participe à la pièce : simples figurants figés, il aurait été honnête de nous rémunérer et non l'inverse. Le travail de distanciation (antienne brechtienne) tenté en nous montrant l'envers du décor et la construction d'un objet n'opère pas : nous ne percevons pas grand chose, ne participons à rien, n'entendons pas beaucoup du texte lui-même, et en définitive nous passons deux heures accablantes d'ennui.

Jean-Emmanuel Denave


Entre théâtre et cinéma

"Fatzer l'asocial, le révolutionnaire virtuel, fait surgir la révolution de ce qui est tout simplement son contraire, le capitalisme..." Philippe Vincent nous entraîne dans La chute de l'égoïste Johann Fatzer. Pour chaque représentation, le public est autant spectateur qu’acteur, participant à la construction narrative d'un film. Il est intégré à l'espace scénique. Chaque série de représentations est unique. Elle est le fragment synthétique d’un ensemble qui fait l’objet de prises de vue. Différents moments filmés lors des représentations serviront de base à un long métrage regroupant les spectacles présentés à Marseille, Vaulx-en-Velin et Lyon. Ces prises de vue pourront également faire l’objet de projections dans les autres villes, pendant les tournages, servant de fond en surimpression. Cette création s’appuie sur une équipe permanente d’une quinzaine de comédiens, musiciens, techniciens... Et dans chaque ville, en plus des spectateurs, d’autres musiciens, comédiens ou des groupes amateurs seront invités à participer au projet Fatzer. Fatzer, texte méconnu de Brecht, sera ainsi vu dans une mise en scène radicale mêlant étrangement théâtre et cinéma, spectacle et participation du public.

Brecht, chroniques en ligne :
La bonne âme du Setchouan, Ensatt, juin 2001
La vie de Galilée, Maison de la Danse, octobre 2000
Antigone, Les Ateliers, janvier 2001

Brecht
http://www.comedie-francaise.fr/biographies/brecht.htm
http://www.monde-diplomatique.fr/1998/02/PATZOLD/10015.html

Le théâtre de la Croix-Rousse
http://www.croix-rousse.com/