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Orient et Occident
apparaissent, en surface, comme deux univers diamétralement
opposés, mais recèlent en réalité de
nombreux points communs que seule l'écriture poétique
et la subtilité narrative d'Anita Desai semblent être
capables de révéler.
La trame de ce roman est limpide mais les mondes dans lesquels évoluent
Uma, en Inde, et son frère Arun, étudiant aux Etats-Unis,
sont tous deux si oppressants qu'il paraît difficile de les
départager, de pencher pour l'un plutôt que pour l'autre.
La narration se concentre d'abord sur Uma, une vieille fille que
ses parents (gentiment tyranniques) n'ont jamais pu marier, à
leur grand désespoir, alors qu'elle rêvait d'échapper,
mais sans trop de conviction, à l'atmosphère familiale
débilitante et rétrograde (mais pourtant si rassurante
...). Condamnée à vivre par procuration, elle subit
le système inégalitaire des traditions, sans être
jamais capable de formuler son désir d'ailleurs, contrairement
aux personnages féminins des romans ou nouvelles de Chitra
Divakaruni (Arranged Marriages, Sister
of my heart).
Sa soeur, elle, a fait un beau mariage alors que l'unique garçon,
tant attendu, se soumet sans révolte au gavage intellectuel
et alimentaire de ses parents (désignés le plus souvent
comme "mamapapa", entité inséparable et
unie pour la vie), qui, à force de vouloir le meilleur, créent
un être sans envergure, passif et introverti : à tel
point que son séjour dans une famille américaine vire
insidieusement au cauchemar psychologique. Les Patton appartiennent
à une classe moyenne dont les seuls désirs semblent
pouvoir être assouvis par une visite au supermarché...
Une famille apparemment équilibrée; mais sous le vernis,
se cachent une mère névrosée, une fille anorexique,
un père indifférent et un fils obnubilé par
sa forme physique. Arun, à leur contact, comprend peu à
peu qu'en Inde comme ailleurs, les lacunes affectives et spirituelles
se comblent par une abondance superficielle, matérielle :
en témoigne l'obsession de Mrs Patton, qui ne cesse d'emplir
son congélateur et ses étagères, forçant
Arun à l'accompagner afin d'acheter des épices et
des lentilles qu'il est incapable de cuisiner ... Des scènes
cocasses et pathétiques qui dissimulent un réel désespoir.
Seul le dénouement laisse apparaître un lien entre
les deux parties du roman, et ce lien est véritablement très
ténu. Ce qui importe en réalité, c'est la façon
dont ces deux univers se font face, chacun fonctionnant comme reflet
de l'autre. Et la question demeure en suspens : "fasting or
feasting" ? (jeûner ou festoyer). Une chronique douce-amère,
teintée d'ironie, une fable moderne où abondance et
bonheur se confondent sans cesse...
Blandine
Longre
(janvier 2001)

http://landow.stg.brown.edu/post/india/desai/desaiov.html
http://voices.cla.umn.edu/authors/AnitaDesai.html
http://www.saja.org/anitadesai.html
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