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Le cynisme en société
C’est un monde mesquin, injuste et cru, que la pièce
à saynètes Du sang sur le cou du chat
donne à voir. Sous couvert de libéralisme,
ou de liberté de mœurs, la société –
celle des années 1970 pour le dramaturge et cinéaste
allemand Fassbinder, mais les choses ont-elles changé ? –
est un monstre de cynisme, qui assume sa cruauté au nom même
de la cruauté originelle de l’existence. Un monde où
les instituteurs battent les enfants pour les habituer à
souffrir, en pensant aux heures pénibles qui les attendent.
Les saynètes se suivent, qui nous amènent immédiatement
à l’essence des différents protagonistes, tristes
solitaires hargneux que convoitent la folie et les guerres intestines
: la Policière vit de lois et d’agressivité,
la Femme du soldat mort survit dans la misère et dans l’amertume,
le Boucher fait du profit, le Gigolo vit en solitaire satisfait
grâce au plaisir des autres, le Modèle méprise
le monde pour le soumettre, le Soldat boit sa conscience tragique,
l’Instituteur essaie en vain de ne pas renoncer à la
poésie dans un monde mercantile et funèbre, et enfin
la Fille (mentionnons Malvina Plegat, formidable, au sein d’un
groupe de comédiens homogène et de qualité),
la Fille aime et ne veut pas comprendre que le monde ne soit pas
fait pour son amour…
L’amour
est au centre des préoccupations ; moteur de l’existence,
il est le plus durement touché par le déchéance
de l’humanité dans l’économie : l’amour
ne se trouve plus, il se vend, s’achète, et finit par
céder la place aux seuls désir et plaisir, en un mot
à la possession. Les larmes bonhommes de la Fille, son amour
naïf et dramatique, marquent la prédominance incontestable
de l’économique sur le sentimental, du financier sur
l’existentiel, du politique sur l’esthétique.
Et la pièce de se conclure, un peu lourdement, par un montage
absurde de sentences enregistrées par un témoin venu
d’hors du monde (personnage de peu d’intérêt,
seul point noir de cette œuvre riche et souvent subtile) :
l’écriture devient fabrication, l’industrialisation
touche l’œuvre dans sa nature même, et le délire
rationnel final (qui évoque Heidegger tant par son caractère
abscons que par sa portée critique) porte d’une voix
ironiquement insipide le coup de grâce contre cette société
conceptualo-mercantile inhumaine.
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Antiteater,
résolument politique, Du sang sur le cou
du chat convoque son public pour un face à
face avec les personnages, ce que la bonne mise en scène
de Clémentine Verdier permet avec efficacité
dès son tout début et une antichambre scénique
où la galerie en miroir nous révèle un
mauvais goût, une médiocrité qui sont
bien celles de notre ère. Outre le recours, non dépourvu
d’humour, à l’imaginaire cinématographique,
les effets musicaux, particulièrement réussis,
participent également de cette construction-déconstruction
mimétique des pratiques modernes (de l’artistique
à l’artificiel…). Un spectacle de grande
valeur, donc, qui réussit à aider cette pièce,
manquant ici ou là de finesse, à faire encore
vigoureusement mouche.
Nicolas
Cavaillès
(octobre 2005) |

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Preparadise
Sorry Now de Fassbinder
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