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L'histoire de
Huang Shijian, rebaptisée Suzi à l'âge de treize
ans par un père politiquement versatile et désireux
de plaire aux autorités, est rocambolesque à souhait
: rejetée par ses parents, détestée par ses
frères et soeurs, l'héroïne se replie peu à
peu sur elle-même et son mutisme cède la place à
une schizophrénie qu'elle parvient encore à contrôler
à l'adolescence. En dépit d'excellents résultats
scolaires et d'une carrière prometteuse dans l'informatique,
elle est la risée de ses camarades étudiants, puis
de ses collègues et de son directeur : une réaction
engendrée par son sérieux outrancier et par sa mine
blafarde, et son apparente indifférence aux vexations que
lui infligent son père ou ses camarades.
En réalité, elle s'est confectionnée une arme
intérieure : une liste inexhaustible de jurons qu'elle a
concoctée au fil des ans et qu'elle égrène
en silence, au besoin, parfois jusqu'à la jouissance... Une
façon comme une autre de survivre à la cruauté
morale ambiante.
Ce roman tient véritablement de la farce macabre et explore
une conscience malmenée par ses semblables et ainsi contrainte
à la duplicité. Huang Suzi se fabrique peu à
peu un personnage à multiples facettes, psychiquement d'abord,
puis physiquement. La fureur accumulée au cours des ans sort
alors au grand jour, mais elle ne s'attend peut-être pas suffisamment
au pire, tant les événements l'ont ballottée
sans résistance de sa part...
Mais ce roman se lit aussi à un niveau politique, il est
aussi la satire d'une société en métamorphose,
qui hésite encore entre un capitalisme entreprenant et un
communisme qui a tant habitué les gens à se laisser
mener. Sous des airs de petit conte cruel, Début Fatal
est une allégorie politique narquoise : Huang Suzi est
la Chine, schizophrène, incapable de prendre une voie, malmenée
et humiliée par tous, quoique gardant fierté et courage
; une Chine à la fois appliquée et travailleuse, muette
et disciplinée face à la prostitution capitaliste
qui s'est déjà bien annoncée... La métaphore
est implicite (probablement pour des raisons politiques...) et habilement
déguisée et l'on prendra de toute façon du
plaisir à la lecture de ce court roman, métaphoriquement
ou non.
B.Longre
Paru
cette année : La rue de la boue jaune de Can
Xue (Bleu de Chine, 2001) chronique
en ligne

Chine,
du côté des livres
L'éditeur
http://www.editions-stock.fr/
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