Falstafe, d’après Henri IV de Shakespeare
Valère Novarina
Mise en scène Claude Buchvald

Théâtre National de Chaillot, Paris, 12 mars au 5 avril 2008

 



Ecce homo grosso

Comédie inspirée par la tragédie Henri IV de Shakespeare, Falstafe est la chanson à boire de l’hénaurme personnage éponyme, un vieil homme très ventru et un peu pourri, une chaleureuse canaille à la gouaille heureuse, un monstre de bonhomie apolitique devenu dans le contexte novarinien l’homme dans toute sa ridicule faiblesse, à bon dos et bien dodue. Sur fond de guerre, de drame de filiation (d’Henri IV le rugueux à Henri V le débauché repentant), et de joyeuse décadence menacée par la belliqueuse virilité ambiante (incarnée par l’impétueux Percy, joué par Jean-Christophe Folly), Novarina déverse tout son génie dans la bedaine truculente du vieux Sir Falstafe, jeux verbaux et inventions langagières rendant un bel hommage à l’art de l’insulte et de la virulence shakespearien. Économe et propice aux comédiens, la mise en scène de Claude Buchwald (qui avait déjà monté plusieurs pièces de Novarina dans les années 1990) fait la belle part au ludisme, à une vivace simplicité, et au respect d’un texte riche et de facture léchée, où l’humour prime, admirablement servi par Gilles Privot, qui joue Falstafe le vieux bon vivant, ou par l’excellent Olivier Martin-Salvan, qui avait déjà traumatisé bien des zygomatiques par ses irrésistibles dons linguistico-musico-farfelus au sein de la troupe de Novarina lui-même (en Avignon pour L’acte inconnu, notamment, l’année dernière). Peut-être trouvera-t-on moins d’aisance dans le pan « sérieux » de la pièce, politique, tragédie de palais, mais il permet sans doute d’intéressants retournements de situation métaphysiques face à la guerre et face à la mort – de quoi achever de rapprocher l’œuvre de Novarina d’une anthropologie carnavalesque toute rabelaisienne, au point de faire de son Falstafe une pièce moins d’après que d’avant Shakespeare.

Nicolas Cavaillès
(avril 2008)

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