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Ecce homo grosso
Comédie
inspirée par la tragédie Henri IV
de Shakespeare, Falstafe est la chanson
à boire de l’hénaurme personnage éponyme,
un vieil homme très ventru et un peu pourri, une chaleureuse
canaille à la gouaille heureuse, un monstre de bonhomie apolitique
devenu dans le contexte novarinien l’homme dans toute sa ridicule
faiblesse, à bon dos et bien dodue. Sur fond de guerre, de
drame de filiation (d’Henri IV le rugueux à Henri V
le débauché repentant), et de joyeuse décadence
menacée par la belliqueuse virilité ambiante (incarnée
par l’impétueux Percy, joué par Jean-Christophe
Folly), Novarina déverse tout son génie dans la bedaine
truculente du vieux Sir Falstafe, jeux verbaux et inventions langagières
rendant un bel hommage à l’art de l’insulte et
de la virulence shakespearien. Économe et propice aux comédiens,
la mise en scène de Claude Buchwald (qui avait déjà
monté plusieurs pièces de Novarina dans les années
1990) fait la belle part au ludisme, à une vivace simplicité,
et au respect d’un texte riche et de facture léchée,
où l’humour prime, admirablement servi par Gilles Privot,
qui joue Falstafe le vieux bon vivant, ou par l’excellent
Olivier Martin-Salvan, qui avait déjà traumatisé
bien des zygomatiques par ses irrésistibles dons linguistico-musico-farfelus
au sein de la troupe de Novarina lui-même (en Avignon pour
L’acte inconnu, notamment, l’année dernière).
Peut-être trouvera-t-on moins d’aisance dans le pan
« sérieux » de la pièce, politique, tragédie
de palais, mais il permet sans doute d’intéressants
retournements de situation métaphysiques face à la
guerre et face à la mort – de quoi achever de rapprocher
l’œuvre de Novarina d’une anthropologie carnavalesque
toute rabelaisienne, au point de faire de son Falstafe une pièce
moins d’après que d’avant Shakespeare.
Nicolas
Cavaillès
(avril 2008)

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