Quelle affaire avec les papas et les mamans
L'Ecole des loisirs, Pastel, 2004
à partir de 4 ans

 

Portrait de famille

Aladin porte un regard tour à tour amusé, décontenancé et naïf sur son arbre généalogique, certes particulier, mais pas tant que cela. Il se charge de faire les présentations : son papa Jami (« mais moi je lui dis « papa » parce que c’est mon papa. »), sa maman Eléonore, ses grands-parents paternels et maternels (Mamouchka, Papouche – « parce qu’il porte souvent des babouches » ! – Bon papa et Bonne maman) ; jusqu’ici, rien d'inhabituel. Mais quelques pages plus loin, on apprend qu’il a un autre papa (Papapol), une sœur (« mais on n’a pas le même papa »), une autre maman (Mamamia) et un frère, Ali (« mais on n’a pas la même maman » !)…

La famille d’Aladin, métissée, décomposée, recomposée, rafistolée, apparaît comme très heureuse, rayonnante, et le résultat de multiples brassages qui ne sont en rien des entraves au bonheur, même si le petit garçon se plaint parfois de trouver cela très « compliqué », tout en prouvant sa capacité à exposer ces données avec clarté – montrant par-là qu’il a bien compris et assimilé quels liens unissaient les différents membres de sa famille : ses repères sont limpides et bien posés, son identité et ses origines fermement établies et il nous apparaît comme très équilibré malgré ces péripéties familiales (que l’on devine, sans qu’elles ne soient jamais évoquées directement).

Les superbes portraits pleine page rendent hommage au jeune narrateur et à chacun des personnages — une belle galerie que l’on aimerait pouvoir contempler en plus grand format encore ; des illustrations chaleureuses, dans les tons ocres, qu’accompagnent un code couleur et de petits signes qui correspondent à chaque sous-famille (lune, étoile, etc.), une manière d’aider les plus jeunes lecteurs à s’y retrouver. Quelle affaire avec les papas et les mamans, au-delà des problèmes évoqués en filigrane par Aladin, est une belle histoire de tolérance et d’ouverture qui, avec humour et légère impertinence, illustre les nouvelles donnes familiales et qui témoigne là encore combien l’album jeunesse peut être un moyen de transmission adéquat et un outil de réflexion inégalable.

B. Longre
(novembre 2004)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

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