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les pièces à l'affiche
Je
peindrai des étoiles filantes et mon tableau n’aura
pas le temps
Mise en scène Michel Belletante, Théâtre &
Cie
avec Marème N’Diaye & Younouss Diallo - Création
L'amphithéâtre
de Pont de Claix
12-14
janvier 2006 L'amphithéâtre - place des Iles
de Mars - 38 800 Pont de Claix
24 janvier 2006 Centre
Culturel Théo Argence - Place Ferdinand Buisson - 69800
Saint-Priest
28 janvier 2006 Théâtre
de la Tête Noire - 45770 Saran
Marcia
Hesse
Mise en scène Emmanuel Demarcy-Mota - création Comédie
de Reims.
jusqu'au 26 novembre 2005 Théâtre
des Abbesses, Paris-18e
Vies
et morts mêlées : la réponse est dans la poésie.
Quatre pièces,
quatre histoires (auxquelles s’ajoutent divers récits
insérés ou croisés), des contextes, des textes
et des décors bien différents et pourtant, en filigrane,
une ligne directrice immuable incarnée par des personnages
rarement au repos et qui, comme leur créateur, s’affairent
à chercher du sens, à interpréter ou à
comprendre les chaos de l’existence et les énigmes
de la mort.
La mort, justement,
est au coeur de Marcia Hesse : le personnage
éponyme, un fantôme qu’aucun des vivants présents
sur scène ne peut voir (contrairement au lecteur/spectateur),
se promène paisiblement parmi eux. La pièce se déroule
un soir de Saint-Sylvestre ; un repas se prépare, les membres
épars d'une famille se retrouvent, comme à l’accoutumée,
dans la maison de Georgia, la mère de feu Marcia. La réunion
familiale se déroule sans heurts, du moins en surface : au
départ, rien qui ne sorte de l’ordinaire, mais des
failles se lisent peu à peu au creux des mots et au fil des
échanges embrouillés – Marcia est parmi eux
mais ceux qui l'ont connue ne parviennent pas à s’extirper
du non-dit qui irradie et accentue dans le même temps l’absence
contre-nature de la jeune fille ; c’est la grand-mère,
Yvonne, qui rompt la première le pacte muet, par inadvertance,
mais les autres la font taire. Il semble pourtant difficile de ne
pas évoquer Marcia, en dépit des conversations délibérément
anodines (la robe du vin, les coquillages à faire cuire,
la distribution de cadeaux…) lors desquelles on tâche
de masquer l’essentiel, le chagrin et le manque. Amanda, la
cousine de Marcia, l’a bien compris et exprime ainsi le gouffre
qui se creuse inexorablement entre les mots et les pensées
: « Je n’arrête pas de penser à elle.
J’ai l’impression qu’elle est cachée derrière
chacun des mots qu’on échange et qu’à
un moment ou à un autre, elle va surgir, comme on s’écarte
d’un arbre. » Jérôme, le frère,
est comme agacé par la joie ou l’indifférence,
feintes, affichées par d’autres, et qui confèrent
à l’atmosphère une tessiture plus pesante encore
: « Tout est tendu, à se rompre. Dans les silences,
dans les phrases, dans n’importe quel geste. Tout le monde
se demande s’il choisit les bons mots pour parler, tout le
monde vérifie qu’il n’a rien fait tomber. »
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Rien
ne bascule franchement, il est vrai, l'équilibre familial
se fragilise mais ne s'effondre pas : les protagonistes ne cessent
de s'approcher puis de s'écarter du grand tabou de la
soirée, à petits pas hésitants, en des
allées et venues laborieuses, tournant autour des mots...
Quand Franck Hesse, l’oncle célibataire de Marcia,
livre brusquement un autre secret, longtemps enfoui : «
Je suis homosexuel, voilà c’est dit. Plus de
vingt ans à fermer ma gueule, à faire comme si
– ». En mettant enfin sa vérité
au grand jour, Franck a libéré une parole authentique,
et ouvert la voie à d’autres mots, enfin en adéquation
avec les pensées et les sentiments de chacun, puis à
des actes décisifs. Puis ce sont les mots de Marcia qui
se superposent aux autres, des mots qu’elle écrivait
dans un cahier et que sa mère se met à lire à
haute voix, comme pour libérer sa fille du silence imposé
par la mort… et ainsi libérer les vivants des morts. |
De Marcia
Hesse à Salât al-Janâza
(signifiant « la prière sur le mort
»), il n’y a qu’un pas – en dépit
de la construction non-linéaire de cette deuxième
pièce et de situations hors du temps ; mais là encore,
les vivants affrontent les morts et vice-versa, et l’on ne
sait plus, par instants, à quel monde appartiennent les protagonistes,
s’ils se trouvent encore à la frontière ou si,
dans leur égarement, ils sont passés de l’autre
côté ; en alternance, trois scénarii parallèles,
disjoints et cependant reliés par une histoire familiale
commune : deux frères et une sœur, chacun aux prises
avec la mort, dans trois lieux différents. Le premier, Nour,
vient de provoquer une « tempête » en
lançant un «papillon » fatal sur Nulle
part, ville anonyme désormais peuplée de petites filles
fantômes, où Nour erre à la recherche du paradis
et de ses vierges, promis par son dieu ; au même moment, sa
sœur Nadia, accompagnée d’une petite cousine,
arrive au terme de son voyage, entrepris pour honorer la tombe de
leur père enterré près d’Oran ; elle
vient de Lyon, où elle a laissé son autre frère,
Nabil, qui travaille comme taxi pour un jour vivre son rêve
: partir loin, à Tahiti, un paradis différent de celui
de Nour, mais tout aussi illusoire. Chaque séquence semble
empiéter sur la suivante, s’éparpillant en de
multiples échos alors que l’on passe d’un univers
à l’autre, de mondes bien réels (à Oran,
où Nadia, consciencieuse Antigone, reconstruit la tombe du
père, puis à Lyon) au cauchemar expressionniste de
Nour, jonché de cadavres, de symboles et de scènes
glaçantes : même Superman y perd ses moyens («
Superman et je suis foutu » constate le héros
de pacotille), et tandis que les façades des maisons, comme
des décors de théâtre sans résistance
face à la vérité, continuent de s’effondrer,
le fantassin égaré reste fidèle à son
devoir, les petites filles comptent les morts (ou bien sont elles-mêmes
souillées par la mort) et Nour cherche encore et encore son
chemin.
C’est
derrière les mots et les décors qu’il faut creuser
pour saisir la multiplicité des vérités entremêlées
que convoque Fabrice Melquiot – ne cherchant pas à
donner raison à l’un ou à l’autre ou à
juger ses personnages, apportant simplement quelques clés
permettant d’entrevoir ces vérités fugaces -
à travers une écriture tendue, tantôt délibérément
prosaïque, tantôt chargée de métaphores,
où même les didascalies se font poèmes. «
Ce que j’attends du théâtre, c’est qu’il
me mette sur le chemin de l’éveil et qu’il m’aide
à poursuivre la critique du monde », dit l’auteur
(dans un passionnant entretien reproduit en fin de recueil) et c’est
à l’évidence ce que l’on perçoit
dans chacun de ses textes : une critique en mouvement perpétuel,
qui n’impose rien, mais explore sans relâche les facettes
de l’humain avec intelligence et empathie.
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Des
évidences qui se vérifie à nouveau dans
Je peindrai des étoiles filantes et mon tableau
n’aura pas le temps et Faxxman,
deux courts textes composés à la manière
de chants qui se font écho, empreints d’une belle
sensibilité, et qui en disent long sur le lien extensible
qui unit l’auteur et ses personnages - une relation qui
constitue à l’évidence une caractéristique
d'une œuvre dramaturgique déjà abondante
et dont chacun doit faire l’expérience de lecture.
Ces duos, bouleversants, donnent à voir des personnages
dont la désespérance est le lot quotidien : d’abord
Ibou, exilé en France, et sa femme Rokhaya, restée
en Afrique, qui dialoguent et se répondent à distance,
sans pourtant entendre ce que l'autre dit. Ibou se révolte
à l’idée que personne ne puisse l’aider
à guérir Rokhaya : « Je m’énerve
Parce que la vie, c’est de la poubelle
Notre habitation : juste de la mort. » |
Là encore,
la mort et la vie s'embrasse, de manière indissociable ;
une image qui revient dans Faxxman quand
Khalifa, enfant perdu de Dakar, exprime sa rage :
«
je ne pardonnerai rien à personne
Dans aucune vie qu’on me donnera
Toutes, elles seront comme celle-là
Puantes et froides
Et dégueulasses à pleurer. »
Lors d'une
errance nocturne, Khalifa rencontre Aïda, une petite prostituée
blessée qui fait naître en lui un sentiment nouveau,
qu’il ne peut tout à fait dissimuler sous ses airs
bravaches et farouches (« Si tu veux je suis ta famille
», lui propose-t-il entre deux jurons). La connivence
précaire qui s’installe entre deux orphelins si tôt
confrontés à la noirceur des choses rappelle la belle
amitié entre Casper et Tite Pièce (Albatros,
L’Arche, 2004), deux enfants dont les illusions déjà
s'écrasaient contre les murs de la ville environnante.
Mais de belles choses peuvent parfois sortir du fond d'une poubelle
– là encore il faut parfois fouiller un peu loin, sous
les mots et sous « la merde plastique » dans
laquelle Aïda est allongée… Et le poète-dramaturge
de rendre à ces enfants leur capacité d'émerveillement,
dont il ne subsiste que des miettes, mais qui transcende l'atrocité
de leur existence de morts-nés et leur connaissance intime
du malheur. L’irracontable et l’impensable se trouvent
rassemblés et métamorphosés sous la plume de
Fabrice Melquiot, qui donne vie à des personnages attachants,
et qui leur apporte surtout le langage poétique et les moyens
d'ainsi échapper aux non-dits qui rongent et anéantissent
les êtres, vivants ou disparus, et de faire émerger
quelques étincelles d'espoir.
Blandine
Longre
(novembre
2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.fabricemelquiot.com/
du
même auteur, sur Sitartmag :
Albatros (L'Arche, 2004)
Perlino Comment
(L'Arche, 2001, théâtre jeunesse)
Percolateur Blues / La semeuse
(L'Arche, 2001)
Le Diable en partage / Kids
(L'Arche, 2002)
Bouli Miro (L'Arche,
Théâtre jeunesse, 2002)
http://www.arche-editeur.com
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/M/melquiot2.htm
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