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La
pièce a fait l'objet d'une création Am
Stram Gram Le Théâtre, Genève
mise
en scène
Dominique Catton et Christiane
Sutter
Théâtre
pour tout public à partir de 9/10 ans (durée
1h20)
interprété
par
Louis Arene / Sarah Marcuse / Nicolas Rinuy / Erik Desfosses
/ Michel Zimmermann / Nathalie Boutin / Emmanuelle Annoni
Scénographie
Jacques Gabel
Lumières Christian Pinaud
Son Jean Faravel
Vidéo Thierry Stalder
Costumes Marie Ange Soresina
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dates
2006
Théâtre
de Narbonne, du 24 au 25 janvier
Toulouse,
TNT, du 1er au 4 février
Annemasse, Château Rouge, du 7 au 8
février
Villefranche sur Saône, du 11 au 14
février
Bordeaux, Théâtre National,
di 21 au 23 février
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Le
bonheur est un drôle d'oiseau…
Fabrice
Melquiot, que l’on sait maintenant prolifique, écrit
aussi bien du théâtre tout court que pour le jeune
public (un théâtre qui, on le sait, n’est pas
réservé aux seuls enfants…) : à Perlino
Comment et Bouli Miro,
succède une pièce qui a pour sujet, bien naturellement,
l’enfance, mais pas seulement.
Une enfance
meurtrie, mais sur laquelle le rêve et la puissance de l’imaginaire
ont encore prise ; l’enfance fonctionne ainsi à la
fois comme source poétique et source tout court, comme un
moyen de retracer ses pas pour revenir aux origines et se projeter
vers l’avenir, de la naissance à la mort. Retour aux
origines donc, à travers la fin du monde — et du renouveau
qui doit nécessairement s’ensuivre — que le Génie
de l’Huile de Coude annonce tout de go à Casper, douze
ans, l’un des héros de ce conte moderne.
Le garçon a pour mission de sauver l’espèce
humaine de l’extinction et a le devoir de choisir sept individus
qui l’accompagneront dans sa barque. Sept, pas un de plus
: « tu fais comme tu le sens, petit. Mais que de la qualité.
Parce qu’avec ces sept personnes, il faudra refaire le monde.
» L’ultimatum du Génie irrite Casper, qui
a du mal à accepter son statut de héros, et à
s’imaginer en « sauveur de l’humanité
», comme dans les contes ou les aventures pour enfants
: « Connerie de coude ! qui je vais sauver moi ? Les génies,
c’est de l’arnaque. (…) Un déluge ! C’est
du réchauffé leur truc. Mon père, il dit que
l’histoire se répète. Il a sûrement raison,
parce qu’à peine il m’a mis une taloche, il recommence.
» Le choix s’avère donc plus compliqué
que prévu et Tite Pièce, l’amie du garçon,
une petite déjà abîmée par la vie elle
aussi, va tenter de l’aider à imposer quelques critères.
Casper et Tite
Pièce n’ont plus beaucoup d’illusions, et le
garçon préfère un bon bain d’imaginaire
à la morne réalité ; c’est là
qu’interviennent les mots et leur pouvoir à transformer
le réel ainsi que l’importance de la narration (une
façon de dire, indirectement, combien le théâtre
ou la littérature tout court sont essentiels à l’humain)
: « des histoires que si tu te les racontes tu n’es
plus seul parce que les bonnes histoires c’est comme un ami.
C’est pas les fous qui parlent tout seul, c’est les
gens qui cherchent quelqu’un à qui parler. »…
un peu à la façon du dramaturge, tel un « fou
» moderne, qui espère que ses personnages vont trouver
un metteur en scène, ne vont pas s’adresser à
une salle vide ou qu’un lecteur va bien finir par ouvrir son
ouvrage…
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Photos
: Marc Vanappelghem
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Les
deux enfants, trop tôt confrontés à une
existence marquée par la violence et les dysfonctionnements
adultes (parents alcooliques, désaxés qui font
payer à leurs enfants la médiocrité de
leur propre vie), conservent malgré tout une certaine
forme d'innocence, qui prend corps dans le langage et dans les
interprétations qu’ils en font ; en prenant fréquemment
les choses au pied de la lettre : «L’école
buissonnière qu’on prenait pour de l’école
dans les buissons.» raconte Tite Pièce. |
Casper aussi
joue naïvement sur les mots et leurs sonorités : «
Vous êtes vieux comme Matou Salem. (…) Un chat très
connu, c’est très connu que les chats ça vit
très vieux parce que ça contient neuf vies. »
De même, quand L’Homme qui n’a plus Rien lui conseille
de sauver du déluge de « grands hommes »,
Casper rétorque : « Des basketteurs?»…
Cet humour omniprésent allège les tensions dramatiques
et l’âpre tristesse d'une Tite Pièce «malheureuse
comme une malheureuse », qui retourne la violence parentale
sur elle, en se cognant régulièrement la tête
contre les murs. La lucidité de cette dernière va
parfois au-delà de celle de Casper et comme elle, le spectateur/lecteur
se prend à ne plus pouvoir distinguer l’illusion (théâtrale)
de la réalité :
Tite pièce
: Est-ce que je suis en train de rêver ?
Casper : Je crois.
Tite Pièce : C’est un rêve tout ça
?
Casper : Je ne suis pas spécialiste non plus, mais je
crois, oui.
(…)
Tite Pièce : A quoi ça sert de continuer de rêver
quand on sait que de toute façon ce n’est qu’un
rêve ?
(…)
Casper : Faut voir ce qu’il y a au bout du rêve.
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Et
Casper a peut-être raison, en fin de compte : au-delà
des questionnements existentiels des personnages et du mal-être
incessant qui imprègne l'intrigue, l’auteur tente
cependant d’arrêter une définition du bonheur,
un bonheur fondé sur le rêve qui, à son
tour, peut transformer le réel. L’icône de
ce bonheur est l’albatros du titre ; image saugrenue au
premier abord, mais qui illustre le pouvoir du verbe tout en
soulignant son authentique soumission aux rêves, aux sentiments
et aux espoirs qui peuvent naître dans un cœur et
un esprit. En manipulant ainsi ouvertement le langage et en
multipliant les rebondissements inattendus, Fabrice Melquiot
montre encore une fois son talent poétique et dramaturgique,
un talent au service de l’humain et de l'enfance : «
La seule chose qui compte, c’est ne pas insulter l’avenir.
Ne pas imposer le désespoir aux enfants. Ce qui ne veut
pas dire qu’un « happy end » est nécessaire
à chaque fin de texte, loin de là. C’est
de ménager dans chaque histoire une attente, une ouverture,
un mouvement. Dépasser les constats, ne rien figer, croire
aux métamorphoses.» |
Blandine
Longre
(janvier
2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.fabricemelquiot.com/
du
même auteur, sur Sitartmag :
Marcia Hesse / Salât al-Janâza
suivie de Je peindrai des étoiles filantes et mon tableau
n’aura pas le temps et de Faxxman - L’Arche, 2005
Perlino Comment (L'Arche, 2001,
théâtre jeunesse)
Percolateur Blues / La semeuse
(L'Arche, 2001)
Le Diable en partage / Kids (L'Arche,
2002)
Bouli Miro (L'Arche, Théâtre
jeunesse, 2002)
http://www.arche-editeur.com
D'autre
parutions récentes de l'auteur à
L'Arche
Autour de ma pierre il ne fera pas nuit, La dernière
balade de Lucy Jordan, 2003
C'est ainsi mon amour que j'appris ma blessure, Le Laveur de
visages, L'Actrice empruntée, 2003
Le Gardeur de silence, 2003 Théâtre Jeunesse
L'Inattendu, 2001
Ma vie de chandelle, 2004
Veux-tu?, 2004 (recueil de poèmes)
et à l'Ecole
des Loisirs :
Le jardin de Beamon 1999
Les petits mélancoliques 1999
L'Enfant-Dieu 2003
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