Bouli Miro
théâtre jeunesse

L'Arche, septembre 2002

 

mise en scène
Patrice Douchet
CréationThéâtre de la Tête Noire

au Théâtre des Jeunes Années, Lyon
21-31 janvier 2003

à partir de 8 ans

Avec
Jacques Courtès , Sébastien Crinon , Sylvie Gauduchon , Stéphane Jaubertie , Elsa Royer , Marème Ndiaye

tournée 2005

• Equinoxe- scène nationale, Chateauroux (36)
24 et 25 mars
• Centre culturel, Sevran (93)
14 et 15 avril
• Théâtre Thalia, Halle (Allemagne)
18 au 22 mai
Biennale du Théâtre jeunes publics, Lyon
du 7 au 10 juin 2005

du même auteur

Albatros (L'Arche, Théâtre jeunesse, 2004)
Percolateur Blues / La semeuse (L'Arche, 2001)
Le Diable en partage / Kids (L'Arche, 2002)
Perlino Comment (L'Arche, 2001, théâtre jeunesse)

 

Bienvenue dans le monde de Bouli, nourrisson obèse et terrorisé, né d'un amour fou et improbable entre Mamma Binocla, mère malvoyante et Daddi Rotondo, père en forme de kiosque à journaux. Le fruit volumineux de leur union devait s'appeler Rahan mais la chose s'avère impossible car le petit, en plus d'être énorme, a peur de tout et n'a rien d'un caïd. Quoi de plus normal pour un bébé ? Surtout quand on a une tante nympho, un oncle qui a une voix de film d'horreur et une mère qui vous prend pour un bilboquet…
Heureusement, il y a l'Amour, une arme infaillible pour sortir de cette situation inextricable. L'amour fou de ses parents qui prendront le temps (une fois n'est pas coutume) de le rassurer, et l'amour fou de sa cousine Pétula Clark. Un amour bien utile quand, sorti du nid, Bouli apprendra à l'Ecole des Enfants qu'on materne des mots aussi rassurants et gentils que " tas de graisse " ou " gros lard ". Hélas, Petula doit partir en Espagne et Bouli de pleurer les "Larmes du Ventre Tordu".
Mais c'est de la langue plus que de l'histoire que nous vient le plaisir de lire Bouli Miro. Les télescopages entre parole enfantine encore innocente et emploi incongru d'expressions toutes faites produisent à tous les coups un big-bang poétique, une libération tumultueuse du sens qui permet à l'intensité des sentiments de s'exprimer sans retenue.
Le texte, à l'image des personnages, ne s'embarrasse pas d'explications rationnelles. Rien d'étonnant, dès lors, à ce que Sharon Stone tombe amoureuse d'un chef de gare dépressif ou que des pays se déclarent la guerre pour des " bananes ". Le jeu des sonorités dans Bouli Miro est parfois plus éloquent qu'un long discours. Ainsi, le père de Bouli, Daddi Rotondo, équarrisseur de métier " tue des vaches avec des haches ", le Pape n'est pas mort mais " il dort " et nous conviendrons tous, comme Bouli, que " ça caille à Calais ".
Cette délicieuse légèreté du verbe permet à l'auteur d'aborder en douceur des thèmes plus graves, comme la guerre, l'inceste, ou des questions existentielles qu'on refuse ordinairement d'attribuer aux enfants : les ravages de la méchanceté ordinaire sur le pauvre cœur des hommes, la fin d'un amour, la peur de grandir ou d'être soi-même parce que " c'est drôle et terrifiant à la fois ".C'est en ce sens que Fabrice Melquiot dit* ne pas écrire "[…] pour les enfants, mais depuis l'enfance ", L'enfance, où les choses qui nous dépassent prennent encore des majuscules. Le texte fonctionne comme un "jeu de société où les mômes peuvent jouer avec les grands et où les grands expliqueraient un peu la règle quand l'enfant ne comprend pas".
Dans Bouli Miro, comme dans la vie réelle, les enfants ont parfois des mots d'adultes et les grands bidouillent des réponses approximatives avec leur cœur d'enfant : Petula sait déjà qu'aimer est " déraisonnable ", et Daddi Rotondo rassure son fils qui a peur du noir en lui expliquant que " la nuit faut faire avec ". Au détour des répliques naissent des images d'une justesse et d'une poésie qu'on ne rencontre que rarement en ces temps où l'écriture s'apparente à la rédaction de slogans publicitaires. Ainsi, sous la plume de Fabrice Melquiot, les didascalies deviennent des haïkus, la méchanceté dans l'air a " un son de pioche " et l'amour est " plus fort que les requins qui tuent."

Anne Pauly
(septembre 2002)

(* Revue Mouvement. Septembre-Octobre 2002)

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http://www.arche-editeur.com/Catalogue/M/melquiot2.htm

http://www.theatre-tete-noire.com/