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Théâtre
de La Bastille, Paris
20 sept-19 oct 2002
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pièces de Fabrice Melquiot, mises en scènes
par Emmanuel Demarcy-Mota
L'inattendu
19h30. Dimanche 15h30. Relâche lundi.
Le Diable en partage
21h. Dimanche 17h. Relâche lundi.
chronique
en ligne
Théâtre
de La Bastille
76 rue de La Roquette, Paris, XIe
01 43 57 42 14
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Le
Diable en partage / Kids
(L'Arche, novembre 2001)
Entre
deux feux
Les Petits
Mélancoliques, pièce parue en 1999 aux éditions
L'école des loisirs, et admirablement monté par Julie
Goudard, il y a peu, à la Mairie du VI ème arrondissement
de Paris lors de la 25ème édition de la foire Saint-Germain,
révélait sur scène toute la sensibilité
de l'écriture d'un nouvel auteur âgé d'une trentaine
d'années : Fabrice Melquiot. Saisissante, d'une vivacité
peu commune, son écriture, alliée à une mise
en scène lumineuse, fit sensation et jaillit comme l'eau
d'une fontaine : un bain de jouvence dans le paysage des jeunes
auteurs de théâtre volontiers ostentatoires. En cette
fin du mois de juin, on en apprenait encore un peu plus sur cet
auteur originaire de la petite ville de Modane, qui fit, donc, ses
premières passes d'armes avec des pièces pour enfants,
dont Perlino Comment,
parue à L'Arche en 2001.
Les enfants
se sont métamorphosés en petits anges traversant les
sombres paysages de la guerre tandis qu'hommes, femmes, eux, sont
toujours les mêmes animaux. Pulsions et sentiments mêlés,
exacerbés par la bataille, débouchent sur l'irréparable
haine et dégoût de soi comme l'écrit Pascal
Rambert. Les images et les bombes déposées
sans coup férir par Fabrice Melquiot subliment l'horreur
du champ de bataille yougoslave. Aux constats misérabilistes,
il oppose la poésie et cultive, au passage, un champ infini
d'idées scénographiques tels ces embryons, extensions
de la bouche d'Elma, la musulmane, la proscrite, ou bien encore
ces tricots qui ensevelissent bientôt Alexandre dont l'étendue
de chair humaine ne cesse de s'amenuiser. Droguées par l'ivresse
de la guerre, violence et poésie sont plus que jamais deux
maîtres mots pour évoquer les pièces d'un auteur
à qui l'on prédit d'ores et déjà un
avenir doré. Ses premières pièces, notamment
L'Inattendu ou bien encore Percolateur
blues, impressionnaient par leur maturité, par
leur maîtrise de la langue, par leur impact et Le Diable
en partage confirme les espoirs que l'on avait placés
en lui et dynamite les codes du texte théâtral. En
fait, l'influence du cinéma (et plus particulièrement
du montage, prégnante de bout en bout) est évidente
et si son écriture nous saisit à bras le corps, elle
parle largement à nos yeux émerveillés par
le grand écran. Le texte de théâtre et le scénario
cinématographique, supports destinés à être
transformés, semblent comme fusionner chez Fabrice Melquiot
pour créer quelque chose de neuf : Le théâtre
cinématographique. L'adéquation entre texte, didascalies
et éléments sonores s'avère tout bonnement
ahurissante. De cet alliage parfait naît un tableau, un tableau
violemment onirique et d'une beauté inouïe, telles ces
meutes de chiens cavalant autour d'une Elma en plein recueillement.
On a coutume de dire (à tort ou à raison) que le théâtre
se joue sur les planches, que les lectures des pièces n'ont
en général aucun sens, voire pour certains, aucun
intérêt, que finalement tout est entre les mains des
comédiens et du metteur en scène. Or, Fabrice Melquiot
prouve le contraire. Ses textes sont d'une telle précision
dans les intentions de mise en scène, d'une telle intelligence
dans leur construction, dans cette science du flash-back, dans cet
art de l'intertextualité, nourris d'un tel sens du visuel
et du sonore, qu'à eux seuls, à leur simple lecture,
se produit déjà du théâtre taillé
dans les pierres blondes d'Avignon. Dans Le Diable en partage
(le titre à lui seul est un summum de poésie), Lorko,
emprisonné dans les geôles de Knin, est envoyé
à la guerre. Bientôt, il fuit et laisse famille et
petite amie derrière lui. En proie aux affres de sa conscience
malade, il erre de ville en ville, se rappelle les siens empêtrés
dans une guerre qu'ils subissent de plein fouet. Les relations fraternelles
de deux frères, la plume virtuose de Melquiot la restitue
comme jamais auparavant. La guerre et ses errances, il les transcende.
Le crime, le genre humain, il les transfigure. La vivacité
de ses pièces, la profondeur, l'humanité qui s'en
dégagent, font de lui le jeune fleuron le plus passionnant
de la scène contemporaine française. Emmanuel Demarcy-Mota,
metteur en scène de Six personnages en quête d'auteur
de Pirandello au Théâtre de la ville ne
s'y est d'ailleurs pas trompé, s'emparant de L'Inattendu
et du Diable en partage pour la prochaine
saison du théâtre de la Bastille.
Coincé
entre Le Requiem des innocents de Louis
Calaferte et Gummo d'Harmony
Korine, Kids soulève le cur,
tire des larmes dont on ne sait si elles sont de joie ou de tristesse.
Le combat d'après-guerre mené par ces enfants soulève
tant d'émotion que l'on devient immédiatement muet,
pris à la gorge, en quête d'oxygène. L'innocence,
la guerre leur a enlevé. Les parents ? Tués à
la guerre. Leur maison ? Perdue dans les décombres. Toutes
détruites. Toutes sauf une. L' école. Ils s'y réfugient
comme ils se cachent dans des nippes qui jurent dans le décor.
Curieux bataillon que ces petites têtes sales, ces petits
corps frêles et hurlants
Désespérés,
insolents, toujours crachant à la gueule de la vie, ces petits
mélancoliques aux fronts fiers et aux envies pressantes apprennent
l'anglais, survivent d'herbe et de baisers, subviennent à
leur besoin par quelques vols sur l'occidental de passage avec pour
seule perspective, s'en aller, survivre envers et contre tous.
Philippe
Beer-Gabel
(juillet
2002)
Le
Diable en partage / L'inattendu
Théâtre de la Bastille
Mise en scène Emmanuel Demarcy Motta
On attendait
beaucoup de la double affiche du Théâtre de la Bastille,
deux textes d'un auteur des plus vivifiants, Fabrice Melquiot,
monté par un jeune metteur en scène qui connaît
un parcours fulgurant, alias Emmanuel Demarcy Motta, bref,
tout concordait pour que l'on assiste à un spectacle jubilatoire
se démarquant de la production française moyenne.
Si L'Inattendu débute par une scène
d'exposition assez incongrue pour le public (de grandes feuilles
de plexiglasses lui renvoient violemment son image, celle d'un énième
spectateur tassé, assis sur un des sièges rouges de
la salle à l'étage) dès que la lumière
s'éteint tout devient un petit peu trop convenu. Marie
Armelle Deguy prend le texte à bout de bras et lui règle
son compte, ni une ni deux, débite en un peu plus d'une heure
affres de la passion amoureuse et solitude arachnéenne. Texte
court relatant la disparition de l'amant noir, L'Inattendu
révèle des bijoux d'inventivités, de mirifiques
trouvailles littéraires mais trouve sur scène un écho
moindre, ce qui ne remet pas en question le travail d'Emmanuel Demarcy
Motta, sérieux mais sans génie. Les éclairages
crus instaurent un rapport intime avec le public, le plateau est
fidèle aux descriptions du livre, Marie Armelle Deguy parvient
à ne pas sombrer dans l'hystérie en flirtant avec
les lignes, au risque de laisser filtrer un jeu très technique
où l'on entend parfaitement césures et jeux de mots,
mais ne sert pas véritablement la prose poétique de
l'auteur, originaire de Modane. Cela ne pardonne pas, l'écriture
est si forte que la moindre tiédeur sur le plateau refroidie
la complexion tout à l'étroit du spectateur engoncé
dans son siège.
La même artificialité se retrouve dans la mise en scène
très "contemporaine" voire "institutionnelle"
du Diable en partage. Les comédiens sont irréprochables,
la scénographie est certes bien pensée, à la
mode pourra-t-on entendre, (des trappes séparent les différents
espaces temps), mais la pièce ploie sous une action et
un rythme trop soutenus. La mise en scène mord sur le texte.
Chose rare. Toujours dans l'entre-deux, elle ne se mesure jamais
vraiment à l'intransigeante beauté du texte et de
ses violentes métaphores. Elle contourne les sommets de l'écriture
et plonge dans le naturalisme au point de ressembler à une
énième pièce de guerre alors que le texte se
défend bien de faire partie de ce genre en soi. On succombe
certes aux assauts de l'auteur, à ses lignes d'une pureté
peu commune, aux élans poétiques à couper le
souffle, à l'humour corrosif, lui qui au-delà de toute
mise en scène, s'impose comme une plume passionnante et intarissable.
La frustration ne l'emportera pas au paradis, il est certain que
le prolixe connaîtra sans nul doute des soirées qui
feront éclater au grand jour son talent rare et inespéré.
Peut être dès le mois de février à l'occasion
de la mise en scène de Bouli
Miro paru il y a peu dans la collection jeunesse de
l'Arche Editeur.
Philippe
Beer-Gabel
(septembre
2002)


du
même auteur
Albatros
(L'Arche, Théâtre jeunesse, 2004)
Perlino Comment
(L'Arche, Théâtre jeunesse, 2001)
Percolateur Blues / La Semeuse
(L'Arche, 2001)
Bouli Miro (L'Arche,
Théâtre jeunesse, 2002)
http://www.arche-editeur.com
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/M/melquiot2.htm
http://www.theatre-bastille.com/

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