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du
même auteur :
Albatros
(L'Arche, Théâtre jeunesse, 2004)
Perlino Comment
(L'Arche, Théâtre jeunesse, 2001)
Le diable en partage / Kids
(L'Arche, 2002)
Bouli Miro (L'Arche,
Théâtre jeunesse, 2002)
Les travellings de l'imagination
Fabrice Melquiot peut se targuer de pratiquer une écriture
marquée par le grand écran : vive, hachée,
elliptique, cette écriture déliée jongle avec
les images et séduit à la faveur d'une jouissante
et bondissante naïveté. Incisif, laissant libre cours
à une pensée vivace en perpétuel mouvement,
Melquiot interpelle par une fausse simplicité, car il s'agit
ici dans Percolateur Blues d'un véritable travail
de montage que de faire coexister Cyril et Toi, personnage fantomatique
qui plane au dessus de son auteur. Toi, fille errante, Nagra (format
d'enregistrement analogique utilisé par les ingénieurs
du son et destiné au cinéma) toujours à portée
de main afin d'enregistrer le monde. Toi qui n'aura existé
qu'une semaine, une misère dans la vie d'un homme.
Elle meut pourtant Cyril à travers les décors interchangeables
de cette fable sur l'impossible perte de l'autre. Le souvenir rémanent,
transparent, poisseux de cette jeune fille convoque tout ses sens.
L'implacable résurgence de sa moitié dans le quotidien
l'empêche d'avancer. En cela le début du livre n'est
qu'un leurre. Car derrière une exubérance fortement
prononcée se cache un homme d'une humilité rare, qui
a, qui plus est, le courage de s'avouer que le bonheur se trouve
sans doute au milieu et non aux extrémités. Vivant
en de multiples rêves éveillés, tour à
tour aux prises avec un gardien de phare vendeur aux puces, puis
avec une vieille femme dans un opéra tout de guingois, Cyril
s'invente une réalité autre, un ailleurs où
puiser la force de continuer à vivre.
L'ellipse, figure emblématique du cinéma, Fabrice
Melquiot en use à la perfection de sorte que fragments de
vies rapides et incisifs deviennent autant d'aventures romanesques.
Il en va de même en ce qui concerne l'abondante élision
des pronoms personnels qui témoigne de l'envie d'en découdre
et non d'un étiolement dans la narration. La force du texte
réside sans doute dans le mariage incongru d'une rage canalisée
par l'inhérente bienveillance de son auteur, sans pour autant
inspirer une quelconque stylisation, un maniérisme agaçant
que l'on pourrait taxer de "jeunisme". Veilleur de nuit, Cyril l'est
jusque dans sa vie, toujours au chevet de l'absente, de l'être
aimé, de l'évanescente qui a pris place en son coeur.
Tout comme
Cyril dans Percolateur Blues, La Semeuse
se trouve être un personnage atypique. A la montagne ou en
Italie, elle dégringole, trop attentive à se saouler
de bière, à s'étourdir de café. Orgueilleuse,
désinvolte, parfois insipide, elle se purge tant bien que
mal de son inconstant amant. Petit poucet vomissant son histoire
amoureuse, elle remplace miettes de pains par poèmes disséminés
tout au long de son voyage et trace malgré elle la cosmogonie
menant à son amant-pointillé. L'écriture cursive
et profondément poétique de Fabrice Melquiot insuffle
un courant d'air frais sur une littérature moribonde quant
il s'agit d'aborder des thèmes aussi éculés
que celui de l'utopie amoureuse.
L'efflorescence de ce jeune talent n'a pas échappé
à L'Arche et il est fort à parier que dans les années
à venir Fabrice Melquiot ne veille plus seulement sur son
aimée.
Philippe
Beer-Gabel
(novembre
2001)

http://www.arche-editeur.com
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/M/melquiot2.htm
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