Twilight
(Elabeth 2003 ; distr. DAM)

 

Fabien Mary (trompette), Hugo Lippi (guitare), Nicolas Rageau (contrebasse), Mourad Benhammou (batterie) et Xavier Richardeau sur 2 titres
Enregistrement juin 2002

Ce premier disque sous la signature de ce jeune trompettiste, né en Normandie en 1978, couronné nouveau talent par les Django d’Or 2003, est remarquable à plus d’un titre. D’abord, le choix du répertoire, résolument « classique moderne », nous faisant (re)découvrir des thèmes peu souvent joués (Stockholm Sweetnin’ de Quincy Jones, Tonk de Ray Bryant, Social Call de Gigi Gryce ou Fanfan de Russ Freeman) ou les désormais incontournables standards que sont Perdido et Shiny Stockings. Ensuite, saluons cette démarche qui consiste à modestement payer son dû à une partie de l’histoire du jazz plutôt que de se précipiter tête baissée dans l’aventure (souvent brouillonne) d’une démonstration de son propre univers non encore maîtrisé. Humilité donc, et courage car on prend alors un autre risque, celui de l’imitation, de la référence obséquieuse. A la tête de son quartette sans piano, Fabien Mary a donc su éviter les écueils d’un premier disque (carte de visite ou proclamation) ; il se positionne en haut de l’échelle parmi les jeunes espoirs de l’instrument (ils sont peu nombreux) dans une catégorie qui n’a plus, hélas, les faveurs d’une critique guettant les exploits à la mode d’aujourd’hui et oubliant que la mode, c’est ce qui se démode, selon Jean Cocteau.

Devenu parisien il y a quatre ans, Fabien Mary a fréquenté assidûment les clubs et forgé sa personnalité dans divers contextes. Bien sûr, et ce n’est pas pour nous déplaire (bien au contraire) on remarque que Clifford Brown et Kenny Dorham furent ses premières influences... mais il ajoute à cela un sens du feeling et une cohérence esthétique bien à lui, en compagnie de musiciens de la même obédience sur des arrangements simples et complexes à la fois (encore un oxymoron).
Longue vie à ce groupe (le verra-t-on dans les festivals de l’été) et à ce Twilight qu’il faut traduire comme « aube naissante » plutôt que crépuscule.

Signalons que sur le label Elabeth, on trouve les noms de musiciens français appréciés tels que (les plus connus) : Charles Bellonzi, Christian Escoudé, Jimmy Gourley, Olivier Hutman, Olivier Témine, Luigi Trussardi…
A paraître en février That’s What, album solo du pianiste Alain Jean-Marie… On l’attend avec impatience…

Jacques Chesnel
(janvier 2004)

Jacques Chesnel est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant "jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom. Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

www.elabeth.com