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Autoportrait
: quand l’enfer, c’est effectivement les autres…
Fabcaro a cédé
à la tentation d’un exhibitionnisme salutaire, voire
thérapeutique : mettre en images et en mots quelques épisodes
de sa propre existence ; une intéressante prise de risque
- cependant atténuée par le fait que d’autres
ont pratiqué l'exercice avant lui, plus ou moins ouvertement
(des d’auteurs-illustrateurs comme Craig
Thompson ou Paul Hornschemeier… dont les ouvrages frisent
l’autofiction). Il reste que cet album que l’on suppose
donc autobiographique s’attarde sur les défaillances
sociales de son auteur-narrateur, proposant des tranches de vie
loin d’être hagiographiques, et à travers lesquelles
chacun reconnaîtra (peut-être, selon son tempérament)
quelques-unes de ses propres angoisses – dans une société
où le besoin exacerbé de communication remplace souvent
le dialogue véritable, constructif ou tout simplement plaisant.
Fabcaro-le-personnage souffre depuis l’enfance d’une
grande timidité et d’une incapacité à
s’imposer socialement, et il l’explique en ces termes
: « Ce jour-là [à sept ans] furent posés
les deux grands fondements de mon existence : problèmes de
communication et lâcheté, deux tares qui, associées,
font des ravages… ». Ces difficultés sont
alors exposées dans le détail tout au long de séquences
drôles et savoureuses, où l’auteur assume en
permanence le rôle peu reluisant du anti-héros, en
proie à des bavards qui le phagocytent, englué dans
des situations ridicules qui souvent virent à l’absurde
mais dont la vraisemblance n’est pas à mettre en doute
: dans ses relations amoureuses, avec ses camarades (face auxquels
il se sent en décalage constant), avec les commerçants,
avec ses collègues (à qui il n’ose plus avouer
que son prénom est Fabrice, alors qu’ils ont pris l’habitude,
dès le départ, de l’appeler Fabien…),
voire même avec ses parents (auxquels il n’a pas le
courage d’expliquer que sa passion pour Lucky Luke est passée,
quand ces derniers, chaque année, continuent à compléter
fidèlement sa collection…). Il nous confie sa fascination
pour Zelig, personnage éponyme du film de Woody Allen : comme
lui, il se camoufle en société, s'efforçant,
tant bien que mal, de renvoyer l’image d’un homme affable
et en osmose avec les autres, s’adaptant aux différents
milieux traversés : « Moi je n’aimais pas
le foot (c’est toujours le cas, d’ailleurs) mais je
faisais semblant d’adorer ça pour être comme
les autres. A cette époque, je me suis même inscrit
dans un club avec mes copains… » ; une méthode
qui n’est pas sans conséquences psychologiques : «
Parfois je me déteste, et parfois je me dis qu’on a
chacun notre mode de survie. »
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Les
quiproquos s’enchaînent et se ressemblent (un inconnu
qui le prend pour une ancienne connaissance mais qu’il
ne détrompe pas, les parents de son amie qui le croient
informaticien, et non dessinateur au RMI…), mais certaines
séquences (Le sucre, la répartie, L’oral,
etc.) s’attardent aussi sur de menus détails du
quotidien, des saynètes où tout sonne juste, d’infimes
défaillances qui laissent le lecteur partagé,
entre rire, compassion et autodérision – car ces
histoires sans prétention, dessinées avec simplicité,
sans fioritures inutiles, en révèlent beaucoup
sur la nature humaine en général ; et même
si la plupart des protagonistes sont des caricatures fonctionnelles,
ils sont représentés avec une telle sagacité,
qu'ils témoignent en tout cas des qualités d’observation
de Fabcaro et de son étonnante capacité à
communiquer son mal-être… |
B.
Longre
(juillet 2005)

http://www.lacafetiere.org/index.html
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