|
L'ENSATT,
bien installée sur la colline de Saint-Just, offrait ce lundi
soir L'éveil du printemps de Frank Wedekind. Confrontés
à la réalisation d'un spectacle dans les mêmes
conditions que les professionnels, (les élèves sont
en début de troisième année), metteurs en scène,
comédiens, scénographes, costumiers, réalisateurs
son, réalisateurs lumières et administrateurs travaillent
ensemble afin de mener à bien cette aventure.
La pièce, commencée en octobre 1890 et terminée
à Pâques 1891, est empreinte de bout en bout d'une
grande poésie héritée du romantisme. La nature,
la forêt y jouent un rôle prépondérant.
La tension qui monte peu à peu n'altère en rien la
naïveté, la spontanéité de ces tous jeunes
adolescents découvrant, en même temps que la sexualité,
les contraintes morales et religieuses. Tous les non-dits de ces
adolescents pressentant les choses et ne pouvant les exprimer face
aux adultes, qui eux aussi restent muets face aux réalités
du corps (voir la très belle scène de Wendla avec
sa mère au sujet de la naissance de son neveu), laissent
entrevoir les drames qui ne sauraient manquer d'arriver.
Il faut remettre cette pièce dans son contexte historique.
Il a fallu attendre 15 ans avant qu'elle soit montée par
Reinhardt, l'oeuvre étant considérée comme
de la pornographie pure. Wedekind, en écrivant cette " tragédie
enfantine ", sera reconnu comme un précurseur de la génération
expressionniste et comme un éducateur par des esprits aussi
divers que K. Kraus, H. Mann ou B. Brecht. Il le dit d'ailleurs
lui même : " Presque toutes les scènes correspondent
à des événements réels ".
La spontanéité et la gaieté de la mise en scène
(qui joue particulièrement sur les ressources symboliques
de la verticalité) n'enlèvent rien à la rigueur
de l'ensemble. Les adolescents heureux, insouciants, lumineux (remarquable
Wendla) vont voir leur destinée sombrer dans le malheur :
et, au dénouement, le choix ambigu de la vie ne peut faire
oublier que celle-ci repose sur une incessante confrontation avec
la mort.
F.
L.-A.
"Le
propre de l'enfance, comme le disait Truffaut, " c'est qu'on fait
tout pour la première fois ". Ces découvertes existent
donc par-delà la joie et la souffrance, par-delà le
bien et le mal. Aussi avons nous choisi de mettre en valeur l'humour
de Wedekind, y compris au sein de scènes particulièrement
poignantes. Réduire la pièce à un drame reviendrait
en effet à en extraire l'enjeu fondamental : laisser le spectateur
face à son propre désir, au-delà d'un jugement
moral, sentimental ou culturel. La pièce, qui présente
l'effet, sur des adolescents naïfs, des forces réelles
de l'existence (la sexualité et le poids des contraintes
morales, religieuses et sociales) ne prend pas, à proprement
parler, de parti, puisqu'il s'agit bel et bien, ici, du désir.
Comment en effet, imposer une solution à ce qui ne saurait
se définir que dans la singularité de chaque être
(même s'il appartient à un groupe) et dans la découverte
de l'Autre?"

L'ENSATT
http://www.artotal.com/form/ensatt.htm
http://www.ensatt.fr
|