Du 2 au 13 octobre 2000 à 20h
à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT)


Texte
Frank Wedekind
mise en scène Rafaèle Huou et Anne Girouard
par les élèves 60ème promotion


L'ENSATT, bien installée sur la colline de Saint-Just, offrait ce lundi soir L'éveil du printemps de Frank Wedekind. Confrontés à la réalisation d'un spectacle dans les mêmes conditions que les professionnels, (les élèves sont en début de troisième année), metteurs en scène, comédiens, scénographes, costumiers, réalisateurs son, réalisateurs lumières et administrateurs travaillent ensemble afin de mener à bien cette aventure.

La pièce, commencée en octobre 1890 et terminée à Pâques 1891, est empreinte de bout en bout d'une grande poésie héritée du romantisme. La nature, la forêt y jouent un rôle prépondérant. La tension qui monte peu à peu n'altère en rien la naïveté, la spontanéité de ces tous jeunes adolescents découvrant, en même temps que la sexualité, les contraintes morales et religieuses. Tous les non-dits de ces adolescents pressentant les choses et ne pouvant les exprimer face aux adultes, qui eux aussi restent muets face aux réalités du corps (voir la très belle scène de Wendla avec sa mère au sujet de la naissance de son neveu), laissent entrevoir les drames qui ne sauraient manquer d'arriver.

Il faut remettre cette pièce dans son contexte historique. Il a fallu attendre 15 ans avant qu'elle soit montée par Reinhardt, l'oeuvre étant considérée comme de la pornographie pure. Wedekind, en écrivant cette " tragédie enfantine ", sera reconnu comme un précurseur de la génération expressionniste et comme un éducateur par des esprits aussi divers que K. Kraus, H. Mann ou B. Brecht. Il le dit d'ailleurs lui même : " Presque toutes les scènes correspondent à des événements réels ".

La spontanéité et la gaieté de la mise en scène (qui joue particulièrement sur les ressources symboliques de la verticalité) n'enlèvent rien à la rigueur de l'ensemble. Les adolescents heureux, insouciants, lumineux (remarquable Wendla) vont voir leur destinée sombrer dans le malheur : et, au dénouement, le choix ambigu de la vie ne peut faire oublier que celle-ci repose sur une incessante confrontation avec la mort.

F. L.-A.


"Le propre de l'enfance, comme le disait Truffaut, " c'est qu'on fait tout pour la première fois ". Ces découvertes existent donc par-delà la joie et la souffrance, par-delà le bien et le mal. Aussi avons nous choisi de mettre en valeur l'humour de Wedekind, y compris au sein de scènes particulièrement poignantes. Réduire la pièce à un drame reviendrait en effet à en extraire l'enjeu fondamental : laisser le spectateur face à son propre désir, au-delà d'un jugement moral, sentimental ou culturel. La pièce, qui présente l'effet, sur des adolescents naïfs, des forces réelles de l'existence (la sexualité et le poids des contraintes morales, religieuses et sociales) ne prend pas, à proprement parler, de parti, puisqu'il s'agit bel et bien, ici, du désir. Comment en effet, imposer une solution à ce qui ne saurait se définir que dans la singularité de chaque être (même s'il appartient à un groupe) et dans la découverte de l'Autre?"

ENSATT
04 78 15 05 07
4 rue Sœur Bouvier
69005 Lyon

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