La maman et la putain
Jean Eustache
Mise en scène d’Olivier Rey

Lyon, Théâtre des Ateliers, du 27 novembre au 21 décembre 2007

 

Théâtre Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

 


Se contredire et s’en aller

Epopée cinématographique pamphlétaire, mise à mort de l’amour libre, texte truffé de bons mots et autres pépites indépendantistes à en faire exploser la montagne morose des pensées toutes faites (qu’elles soient bourgeoises ou « contestataires »), La Maman et la Putain (film de 1973) ressuscite au théâtre, bien condensé dans la mise en scène d’Olivier Rey (création de 2003), dynamique et insouciante, ironique et distanciatrice, non moins pertinente et percutante que le long chef d’œuvre de Jean Eustache.

Pour l’ennui, contre le travail, pour l’amour, contre la baisade, Alexandre est partagé entre deux femmes, et emporté dans une spirale de coucheries à laquelle il se soumet avec un plaisir mêlé d’autodestruction, excusant sa lâcheté par un bagout de métaphysicien marginal, faussement naïf, ultime résistance des belles phrases dans un monde à syntaxe réduite, oriflamme mollasson d’un idéalisme de misanthrope atterré devant le désespoir muet de la masse (qui ne pense qu’à bosser et, bien sûr, à « baiser »). Autour de lui, deux femmes, donc, la Maman qui le nourrit (Mahaut d’Arthuys) et la Putain qui le détruit (excellemment interprétée par Marianne Pommier), déchaînées dans ce spectacle nonchalant et rythmé, qui parodie avec efficace les splendeurs et les misères du café-théâtre, comme il décompose avec vigueur les ébats d’un Quartier Latin auto-mythifié, repaire de crétins qui se disent libres penseurs, et tombeau artificiel de quelques rares libres penseurs qui s’y sentent crétins, à en mourir.

Se contredire et s’en aller, tels sont les droits fondamentaux qui manquent à la Déclaration des Droits de l’Homme – nous est-il dit dans l’un des innombrables traits de génie qui ponctuent le texte. C’est de cette liberté, c’est de cette intelligence, c’est de cette dignité, que nous parle encore et toujours La Maman et la Putain, avec tour à tour la bonhomie du clown triste et l’amertume de la femme blessée.

Nicolas Cavaillès
(novembre 2007)

http://www.theatrelesateliers-lyon.com