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d’après
Pascal Bruckner
mise en scène
Philippe Person
avec
Pascal Thoreau
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Théâtre
du Lucernaire
53, rue Notre-Dame des Champs,
Paris VIe
du mardi au samedi à 20 heures, relâche le jeudi
Durée : 1 h 15
jusqu'au
31 décembre, du mardi au samedi à 20h et les
dimanches 7, 14, 21 novembre et 5, 12 et 19 décembre
à 15h
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Triste
société qui ne connaît pas son bonheur
Au centre
de cette satire d’après Pascal Bruckner,
la notion actuelle du bonheur est malmenée par l’unique
personnage, un commentateur amusé de la prétendue
« Euphorie perpétuelle ».
Pendant une
heure et demie, Pascal Thoreau évite le
monologue. Il ne parle pas seul, mais à un public de semblables,
dans un joli entre nous. Parfois
au bord de la performance solo, les thèmes se dégagent
tout de même clairement. Le rire, la joie et la quête
du bien-être sont traités sous un angle critique sans
doute acéré par la théâtralisation. Pascal
Bruckner et le metteur en scène Philippe Person
tentent de mettre le bonheur individuel à l’abri de
notre société moderne taxée d’hypocrisie.
En mission humoristique, les complices entendent protéger
un sentiment personnel dénaturé par le regard des
autres et la pression médiatique.
Dans une introduction
mal transposée, soit une ouverture trop proche de la technique
rédactionnelle consistant à trouver un bon gros paradoxe
bien populaire, une phrase est répétée sur
tous les tons. « Comment allez-vous ?» est
ensuite déclarée interrogation la plus profonde et
la plus futile au monde… De fait, le monde de Bruckner est
peuplé de nantis un brin névrosés. Pascal Thoreau
en pince les travers et les cheveux blancs qui poussent avec. Fidèle
à la pensée de l’essayiste, sous une lumière
sobre et sans autre élément de décor qu’une
chaise, le comédien paraît figé dans un rôle
de présentateur de télévision, articulant une
série d’idées moins provocatrices que chargées
à vide. Eludés le bien et le mal, aucun bonheur, ni
aucun malheur ne s’offrent à la critique et les angoisses
troublantes contemporaines mentionnées dans le discours de
Pascal Thoreau ne trouvent corps sur scène.
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Mieux
vaut en rire
De
nos légers tracas et de leur amplification démesurée,
mieux vaut en rire, en interpellant le public sur un rythme
savant, plutôt en finesse, sur un ton sympa.
Pascal Thoreau y parvient avec brio, entre deux observations
ou arguments. En maître de cérémonie comique,
il renvoie chacun à son petit « ça
va », en s’incluant, humble, dans le troupeau
des honnêtes aspirants au bonheur. On rit de soi, de
lui, avec ou sans la raison développée au fil
des pages de Bruckner. Le point de vue sur le bonheur vire-volte
et joue sur la fracture entre spectateurs et comédien,
c’est-à-dire la scène. Du jeu de scène,
du théâtre ! … La pièce réussit
alors sur toute la ligne, au-delà d’une brillante
adaptation.
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La pensée
mordante de la satire est armée de bonnes intentions. Il
ne s’agit pas de dénigrer ceux qui, le regard baissé
ou l’esprit obnubilé par le matérialisme, laissent
filer le bonheur.
Gonflée par l’ironie, la lutte contre « l’euphorie
perpétuelle » demande de compatir avec les «exclus»,
ceux qui «n’arrivent pas» à vivre
heureux. En une conclusion hâtée par la brièveté
nécessaire au genre comique, il faut les conforter dans la
candeur et la sincérité. A bas le mot d’ordre
« soyez heureux » ! Bruckner et Person préfèrent
citer le poète Jacques Prévert : « J’ai
reconnu mon bonheur au bruit qu’il a fait en partant ».
Avec trois
ans de recul depuis la première publication, le texte de
Pascal Bruckner semble s’inscrire dans un mouvement de rébellion.
Il remet en question un acquis séculaire de l’homme,
soit la croyance en un bonheur simple, à portée de
tous. En
particulier, l’essai s’oppose à la vague récente
des tenants d’une joie potentielle de tous les instants, cachée
dans les petites choses du quotidien. « La première
gorgée de bière et autres plaisirs minuscules »,
de Philippe Delerm en prend pour son grade, dans une allusion narquoise
prononcée par Pascal Thoreau.
L’année
suivant la sortie de l’essai, un film triomphe à travers
la France. Amélie Poulain emporte tout sur son passage.
La si serviable serveuse montmartroise donne une belle leçon
de bonheur élémentaire, sanctionnée par un
public record et donc par la critique. Comme un retour de manivelle
pour cette Euphorie perpétuelle qui paraît
toujours d’actualité.
François
Cavaillès
(novembre 2003)
François
Cavaillès
est journaliste et critique d'art à Paris. Ancien reporter
en radio, puis en presse, dans la région d'Ottawa (Canada),
il s'intéresse aujourd'hui aux cultures de l'Asie du Sud-Est
et étudie le thaï à l'Institut National des Langues
et Civilisations Orientales de Paris.

http://www.lucernaire.fr/
http://www.edition-grasset.fr/chapitres/ch_bruckner.htm
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