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avec
Summer Phoenix (Esther Kahn), Ian Holm (Nathan Quellen), Frances
Barber (Rivka Kahn), Laszlo Szabo (Ytzhak Kahn), Emmanuelle Devos
(Sylvia)
Au début
du film adapté de la nouvelle éponyme d'Arthur Symons,
Esther Kahn est une petite fille taciturne, renfermée, hors
du monde. Ses parents, des émigrants juifs, tiennent un atelier
de couture dans le Londres de la fin du XIXe Siècle, et survivent
modestement au gré des commandes. Les ruelles étriquées
de l'East End, l'appartement-atelier, admirablement photographiés,
sont autant de lieux labyrinthiques où règne une obscurité
diffuse qui brouille leurs contours, à tel point que l'on
s'interroge sur leur degré de réalité.
Le quatrième
film de Desplechin est totalement centré sur l'histoire de
cette fille étrange et étrangère au monde,
sur son passage du non-être à l'être, pour reprendre
des termes de philosophie, discipline chère au réalisateur.
Pour Esther le monde n'est doté d'aucune évidence
ou de certitude : lors de certaines scènes familiales, les
adultes s'effacent d'ailleurs peu à peu de l'écran,
comme s'évanouissent des images rêvées.
" L'enfant
sauvage " de Truffaut en mémoire, Desplechin écrit
qu'il s'agit de " l'histoire d'une sauvage, un petit singe comme
l'appellera sa mère, qui devient humain, non en apprenant
à parler mais en apprenant le théâtre ". Le
film montre ce travail du négatif (Hegel), de la pensée
qui se cherche et qui doute (Descartes), des traumas de l'enfance
qui iront se sublimer sur une scène de théâtre,
une autre scène (Freud).
Adolescente,
Esther Kahn, reste murée dans son silence et son refus du
réel. Car si le réel c'est ce contre quoi on se cogne
selon Lacan, force est de constater que la jeune fille le rejette,
le nie en pensée, jusqu'à refuser tout stigmate, blessure
ou marque sur son propre corps. Elle est déjà " ailleurs ",
dans un désir de théâtre et un devenir-actrice,
projetant son corps et ses paroles sur cette autre scène,
imaginaire et symbolique.
Le milieu théâtral,
omniprésent tout au long du film, n'en est pourtant pas l'essentiel.
Celui-ci réside plutôt dans cette application passionnée
à filmer la naissance d'un désir chez une jeune fille
et par conséquent son passage à l'existence. Summer
Phoenix assume de manière remarquable (l'actrice est, dans
tous les sens du terme, sublime) ce rôle de jeune fille d'une
beauté minérale, roc ou diamant sur lequel vient se
dissoudre la réalité. Pure présence, observatrice
désabusée, en proie à une opposition muette
vis à vis de sa famille (sa mère surtout), Esther
Kahn demeure à la surface des choses, sur leur peau, et son
regard d'adolescente ne s'illumine qu'au paradis d'un théâtre
londonien, rivé sur les déplacements et le jeu des
acteurs. Il y a chez elle une véritable pulsion vers le théâtre,
pulsion sauvage et analphabète. Esther s'avère incapable
de parler de la pièce à laquelle elle vient d'assister,
elle n'a d'yeux que pour les interprètes en tant qu'entités
animées de mouvements précis. Elle juge une pièce
à sa seule quantité de mouvement et apprendra ses
textes en tant qu'ensembles de sonorités suscitant certains
déplacements des lèvres. Mais sur les planches la
vie parvient à passer et Esther à effectuer sa métamorphose.
Arnaud Desplechin
signe là un film philosophique d'une intensité troublante,
porté par une actrice fascinante. On regrettera simplement
la présence d'une voix off trop didactique et appuyée,
quelques poncifs concernant le monde du théâtre (la
couleur verte qui porte malheur, l'apprentissage avec un vieil acteur
raté, etc..), et certains rôles secondaires peu convaincants
(Emmanuelle Devos et Fabrice Desplechin).
Jean-Emmanuel
Denave

Site
officiel
http://www.bacfilms.com/estherkahn/
Arthur Symons
http://homepages.nildram.co.uk/~simmers/symons.htm
Cannes
2000
http://www.ifrance.com/draven/ames/s-esther.html
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