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Une heureuse
initiative, dans un contexte qui donne à réfléchir
et à espérer : la poésie, après la disparition
des " grands " du siècle et la déprime qui a suivi,
fait aujourd'hui l'objet d'un renouveau incontesté, de manifestations
publiques et officielles bien fréquentées (" Le printemps
des poètes ", dernière en date), de représentations
sonores et collectives dont le succès va grandissant… Il
fallait faire une sorte de point, et Jean-Michel Espitallier s'y
est employé avec beaucoup de soin, en traçant un chemin
personnel mais suffisamment large dans le maquis des textes et des
auteurs.
Entreprise risquée,
car chacun un jour ou l'autre veut tirer la couverture à
soi ; à commencer par l'auteur lui-même qui, s'il reste
d'une (trop) grande discrétion sur sa propre oeuvre poétique,
choisit de ne citer ici que des poètes "ayant publié
au moins une fois dans la revue Java". Critère de sélection
bien arbitraire (ou trop médité), qui occulte l'existence
d'autres revues poétiques et d'autres poètes importants.
Et si l'on peut comprendre qu'une anthologie de la poésie
" aujourd'hui " laisse de côté les oeuvres déjà
reconnues de poètes comme Denis Roche, Jacques
Réda, Bernard Delvaille, Maurice Roche, Bernard Noël
et autres, certains lecteurs auraient peut-être aimé
y voir des textes de Patrice Delbourg ou Christian Prigent, par
exemple, une place plus objective laissée à la nouvelle
"poésie sonore", et pourquoi pas une ouverture sur la poésie
francophone.
Mais baste.
Voilà un bon livre, qui a de nombreux mérites, à
commencer par celui de son existence. Publié pour tous, dans
une collection de poche, maniable et abordable, il témoigne
de la diversité et de la richesse de la poésie actuelle.
De Bernard Heidsieck, emblème de la poésie " action
", au langage poétique-théâtral de Valère
Novarina, 33 auteurs, auxquels J.M. Espitallier laisse le plus
possible le soin de se présenter, déclinent des échantillons
de leurs textes, et leur liste à elle seule est tout un poème,
comme le rappellent les " lettres d'effigie " de Jude Stéfan
(p. 196). On rencontre dans cette liste, avec un plaisir renouvelé,
les figures de Gherasim Luca, Jean-Luc Parant, Jacques Roubaud,
Jean-Marie Gleize, et l'on fait des connaissances, ou des reconnaissances
dans la jungle d'une mémoire encombrée de fatras médiatique
et de patrimoine officiel.
J.M. Espitallier
a couru le risque, et son itinéraire poétique est
à la fois séduisant et didactique ; il est à
mettre entre les mains, sous les pas de tous ceux qui, connaisseurs
ou non, se posent la question : où en suis-je avec la poésie
contemporaine ?, et qui veulent poursuivre le chemin entamé
par cette " cartographie d'un coin de ciel ", ce " Meccano multicolore
en construction ". Disons aussi, crions-le : poètes, ne décevez
pas le lecteur qui veut poursuivre ce chemin, ne le laissez pas
dépérir, ravitaillez-le en cours de route !
J-P.
Longre
(décembre 2000)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

http://www.magazine-litteraire.com/dossiers/dos_396.htm
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