Esperluète
9 rue de noville
5310 Noville-sur-Mehaigne
Belgique

 

Maison établie en Belgique, Esperluète ("Esperluète" (n.f.), c'est le nom donné au mot "et " et au signe typographique qui s'y rattache "&") édite des livres, des livrets, et autres livres-accordéons où se mêlent texte et image, où mots et illustrations (en particulier celles d'Anne Leloup, qui dirige la maison) sont en symbiose poétique ; c'est le cas de Ce qu'on oublie, un ouvrage d'Annick Ghijzelings, complété par les lithographies d'Anne Leloup, qui invente aussi de curieux livres-accordéons, "à colorier, à déposer pour créer son propre terrain de jeux et d'histoires", comme Le Potager, véritable livre-jeu qui ravit les plus jeunes et leur permet de développer leur imagination dans un cadre souple.

Citons aussi un ouvrage récent, Cendres, longue suite de courts poèmes sur le mode haïku composés par Corinne Hoex ; histoire d'une mort, d'un deuil et d'un éloignement, tout évoque, en filigrane, une perte infinie, un apprentissage du renoncement alors qu'un sentiment de plénitude envahit les quelques vers. Le poème est accompagné par les lignes épaisses et déterminées de Bernard Villers, des droites qui suivent sans relâche le rythme des lignes des poèmes, composant un miroir où ne se reflètent pas les mots mais seulement les sensations et la trace de ces mots. La limpidité de ces lignes épurées, pudiques, se trouve dans quelques beaux vers poignants : "Bue par les limaces. / Tétée / jusqu'à redevenir sel. / Autour de moi / le silence / habité / du travail des vers." ou "Te voilà délivré / de ta besogne de chair. / Cette rage du plaisir / où parfois l'amour traîne." Un ouvrage émouvant et graphiquement étonnant.

L'une des dernières parutions (voir le catalogue en ligne) s'intitule La nuit, le silence fait moins de bruit ("Une voix, dans le silence et dans la nuit... Le lecteur l'entendra comme un murmure ou comme un cri. C'est qu'on ne sait pas, la nuit, quelle forme et quelle densité prennent les choses et les êtres. Ce qui les fige ou ce qui les pousse hors d'eux.") écrit par Eva Kavian et illustré par Marilyne Coppée. Mentionnons enfin Commencer par le soir, un texte de Françoise Lison-Leroy, associé aux photographies de Sylvie Derumier.

B. Longre
(août 2002)

 

 

Ce qu'on oublie
Annick Ghijzelings (texte) Anne Leloup (Lithographies)

Ce livre écrit avec une simplicité du quotidien est le "Souvenir trois" de la série, issue de la rencontre entre Annick Ghijzelings et Anne Leloup (Souvenir 1 : Le jardin, 1999 et Souvenir 2 : Et elle, 2000). La narratrice évoque les longues journées d'été, la chaleur, les promenades entre "cimetière et piano, entre silence et musique", un appartement qui donne sur le cimetière, un couple qui s'y promène pour se gorger de silence. C'est la légèreté estivale, le temps qui s'étire ("on pense qu'on est dans le monde, heureux"), des instants de bonheur suspendu. Puis, ce qui est caché, ce que l'on voudrait oublier et qui est pourtant là ; cet enfant dont "il" ne voulait pas et qu'elle n'a pas gardé : "habitée, déshabitée". Le temps qui passe sur une blessure vive. Un jour, après la séparation, elle rencontre de nouveau cet homme qui évoque les jours heureux, alors qu'elle n'a "plus de souvenir".

Les lithographies d'Anne Leloup rendent parfaitement cette intimité du texte et l'oeuf de la couverture parcourt le récit comme une coquille noire, puis beige, puis, à la fin du texte, tout juste esquissée, comme cet enfant qui ne sera pas. C'est un "souvenir" tout en finesse sur le ressenti de chacun, sur la différence et le deuil. Comme le soulignent les quelques phrases en exergue : "Il arrive que la mémoire soit malhonnête, ou qu'elle se trompe, ou qu'elle mente. Il arrive aussi que la mémoire pleure, comme pour oublier, comme si c'était possible."

Cendrine Genin
(juillet 2002)



http://www.esperluete.org

Voir aussi, d'Anne Leloup et Olivier Morel : Terre Délicieuse (Esperluète, 2003)