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Maison
établie en Belgique, Esperluète ("Esperluète"
(n.f.), c'est le nom donné au mot "et "
et au signe typographique qui s'y rattache "&")
édite des livres, des livrets, et autres livres-accordéons
où se mêlent texte et image, où mots et
illustrations (en particulier celles d'Anne Leloup, qui dirige
la maison) sont en symbiose poétique ; c'est le cas
de Ce qu'on oublie, un ouvrage
d'Annick Ghijzelings, complété par les lithographies
d'Anne Leloup, qui invente aussi de curieux livres-accordéons,
"à colorier, à déposer pour créer
son propre terrain de jeux et d'histoires", comme
Le Potager, véritable livre-jeu qui ravit
les plus jeunes et leur permet de développer leur imagination
dans un cadre souple.
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Citons
aussi un ouvrage récent, Cendres, longue
suite de courts poèmes sur le mode haïku composés
par Corinne Hoex ; histoire d'une mort, d'un deuil et d'un éloignement,
tout évoque, en filigrane, une perte infinie, un apprentissage
du renoncement alors qu'un sentiment de plénitude envahit
les quelques vers. Le poème est accompagné par
les lignes épaisses et déterminées de Bernard
Villers, des droites qui suivent sans relâche le rythme
des lignes des poèmes, composant un miroir où
ne se reflètent pas les mots mais seulement les sensations
et la trace de ces mots. La limpidité de ces lignes épurées,
pudiques, se trouve dans quelques beaux vers poignants : "Bue
par les limaces. / Tétée / jusqu'à redevenir
sel. / Autour de moi / le silence / habité / du travail
des vers." ou "Te voilà délivré
/ de ta besogne de chair. / Cette rage du plaisir / où
parfois l'amour traîne." Un ouvrage émouvant
et graphiquement étonnant. |
L'une des dernières
parutions (voir le catalogue en ligne) s'intitule La nuit,
le silence fait moins de bruit ("Une voix, dans
le silence et dans la nuit... Le lecteur l'entendra comme un murmure
ou comme un cri. C'est qu'on ne sait pas, la nuit, quelle forme
et quelle densité prennent les choses et les êtres.
Ce qui les fige ou ce qui les pousse hors d'eux.") écrit
par Eva Kavian et illustré par
Marilyne Coppée. Mentionnons enfin Commencer par le
soir, un texte de Françoise Lison-Leroy, associé
aux photographies de Sylvie Derumier.
B.
Longre
(août
2002)
Ce qu'on
oublie
Annick Ghijzelings (texte) Anne Leloup (Lithographies)
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Ce
livre écrit avec une simplicité du quotidien est
le "Souvenir trois" de la série, issue
de la rencontre entre Annick Ghijzelings et Anne Leloup (Souvenir
1 : Le jardin, 1999 et Souvenir 2 : Et elle, 2000).
La narratrice évoque les longues journées d'été,
la chaleur, les promenades entre "cimetière et
piano, entre silence et musique", un appartement qui
donne sur le cimetière, un couple qui s'y promène
pour se gorger de silence. C'est la légèreté
estivale, le temps qui s'étire ("on pense qu'on
est dans le monde, heureux"), des instants de bonheur
suspendu. Puis, ce qui est caché, ce que l'on voudrait
oublier et qui est pourtant là ; cet enfant dont "il"
ne voulait pas et qu'elle n'a pas gardé : "habitée,
déshabitée". Le temps qui passe sur une
blessure vive. Un jour, après la séparation, elle
rencontre de nouveau cet homme qui évoque les jours heureux,
alors qu'elle n'a "plus de souvenir". |
Les lithographies
d'Anne Leloup rendent parfaitement cette intimité du texte
et l'oeuf de la couverture parcourt le récit comme une coquille
noire, puis beige, puis, à la fin du texte, tout juste esquissée,
comme cet enfant qui ne sera pas. C'est un "souvenir"
tout en finesse sur le ressenti de chacun, sur la différence
et le deuil. Comme le soulignent les quelques phrases en exergue
: "Il arrive que la mémoire soit malhonnête,
ou qu'elle se trompe, ou qu'elle mente. Il arrive aussi que la mémoire
pleure, comme pour oublier, comme si c'était possible."
Cendrine
Genin
(juillet 2002)

http://www.esperluete.org
Voir
aussi, d'Anne Leloup et Olivier Morel : Terre
Délicieuse (Esperluète, 2003)
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